‹ Utilisation des forces motrices du Rhône: et régularisation du Lac LémanChapitre 47 sur 126 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Les égouts col lecteurs des deux rives

^^ (Voir Atlas, Planche 21)

La création de col lecteurs destinés à recevoir les eaux des canaux d*égout se déversant sur les rives du lac et du Rhône, dans le périmètre de l'agglomération genevoise, avait préoccupé ta Direction des travaux de la Ville depuis un certain nombre d'années.

Le problème à résoudre présentait des difficultés assez sérieuses en raison du niveau uniforme des quartiers bas de la Ville et de ses abord s^ et du peu de hauteur des quais au-dessus de la nappe d'eau qui les baigne -

Cette situation se justifie par raction régulatrice du lac Léman qui met la Ville de Genève à Vabri des inondations, mais elle rend» par contre, difficile l'écoulement normal des eimx souterraines et du contenu des égouts. Cette difficulté se fait particulièrement sentir à l'époque des hautes eaux du lac, qui coïncide précisément avec celle des pluies d'orage.

L'ancien réseau, quoique basé sur un principe rationnel, n'avait pas reçu un développement en rapport avec l'extension de la Ville et de sa banlieue. 11 n'avait pas été modifié en suite de la création des nouveaux quartiers construits sur les anciennes fortifications, de Taugmentation de population des communes suburbaines des Eaux-Vives, de Plainpalais, et du Petit-Saconnex, toutes tributaires du réseau dégoûts de la Ville, et de Tusage toujours plus répandu de régulariser récoulement des eaux de pluie et d'assurer leur introduction dans les canaux par les gouffres de trottoirs.

LMusuffisance des égouts se manifestait surtout lors des pluies d'été. Dans cette circonstance les canaux descendant des quartiers hauts et doués d'une forte, pente précipitent à un moment donné dans les égouts à pente faible des deux rives, une masse d'eau très supérieure à ce qu'ils peuvent débiter, de sorte que leau reflue, par les embranchements, dans le sous-sol des habitations, occasionnant ainsi des dégâts matériels et compromeLLant la salubrité pubHque.

Diverses solutions propres à prévenir des accidents semblables avaient été étudiées par l'administration municipale, notamment l'exécution de canaux de trop-plein destinés à conduire directement au fleuve par des orifices fonctionnant automatiquement, l'excédent de liquide contenu dans les égouts ; après examen, on reconnut que des expédients de ce genre présenteraient des inconvénients sérieux et ne seraient pas d'un fonctionnement assez sûr-

Il fallut donc en revenir à la solution rationneUe du problème, consistant à créer sur chaque rive des collecteurs à grande section susceptibles, malgré la faible pente disponible^ de conduire en aval de la Ville même en temps de forte pluie, toutes les eaux charriées par les égoutS-

II est fait diverses allusions à ce projet dans les comptes rendus déjft anciens de l'administration municipale-

Il fallait pour le faire éclore, Toccasion des travaux d'utilisation des forces motrices du Rfaône^ dont les barrages devaient rendre impossible le maintien des bouches d'égout disposées de distance en distance sur les deux rives.

En 1881, la demande de concession des forces du Rhône présentée pai* la Société Henneberg fut l'occasion d'une première étude de collecteurs destinés à rejeter en aval de l'usine projetée l'apport des égouts des deux rives. Cette demande n'ayant pas abouti, la question ne fut pas poussée plus en avant et fut reprise seulement lorsque la Ville de Genève reçut elle-même la concession de la force motrice du Rhône.

En 1882, le Conseil administratif s'adressa au Conseil d'Etat pour lui proposer la formation d'une commission mixte composée de délégués de l'autorité cantonale, du Conseil administratif et des conseils municipaux des trois communes suburbaines intéressées, afin de suivre à l'étude projetée.

Cette proposition ayant reçu un accueil favorable, la commission fut composée de

MM. Héridier. j Conseillers d'Etat Gavard. J

D'' Vincent, directeur du Bureau de Salubrité. Wurlh, ingénieur cantonal.

Pictet.

Turrettini ' Conseillers administratifs de la Ville de Genève.

Odier, ingénieur municipal.

Merle d'Aubigné, directeur du service des Eaux.

^ î!, ', ^ ' [Délégués de la commune du Petit-Saconnex. D»* Pasteur. j

Bezuchet, maire, j Délégués de la commune de Plainpalais. Collon. J

Mu lier-Brun, maire. 1 r^xi^ x ^ i ^ r? tt-

J n Yïf ^ I Délégués de la commune des Eaux- Vives.

Au cours de son mandat les mutations suivantes ont été opérées dans la composition de cette commission.

M. Héridier, Conseiller d'Etat fut remplacé par M. A. Dunant, conseiller d'État; M. Wurth, ingénieur cantonal, décédé, par M. Hug, son successeur.

M. Bezuchet, maire de la commune de Plainpalais, par M. Page, son successeur.

Cette commission se. constitua sous la présidence de M. Turrettini. Les délégués du Conseil d'Etat reconnurent que l'entreprise projetée revêtait un caractère d'intérêt général et justifiait une participation financière du canton; de leur côté les délégués des communes se déclarèrent prêts à appuyer, au sein de leurs conseils municipaux, les demandes de crédit nécessaires. Le bureau, des Travaux de la Ville fut chargé de l'étude d'un projet d'ensemble susceptible de satisfaire aux besoins des divers intérêts engagés.

Dans une agglomération urbaine dotée d'un service de voirie méthodiquement organisé, les égouts doivent être susceptibles de débiter à un moment donné, les apports d'eau fournis non seulement par les ménages et les services publics, mais aussi par les pluies. Dans une ville où les eaux des toits, des cours et des rues sont invariablement dirigées dans l'égout, la proportion

de Teau recueillie, par rapport à Teau tombée est relativement considérable ; elle est beaucoup moindre dans les quartiers de banlieue où la superficie des jardins et chantiers favorise rabaorption par le soL

L'observatoire de Genève a enregistré une chute d'eau de 1"^^44 par minute, soit par seconde et par hectare de 0;2i'""; sans s'arrêter à un chifi're aussi exceptionnel, on peut admettre que, comme à Paris^ le chiffre de 0,125i"* par seconde et par hectare représente le maximum des éventualités admissibles. Mais, pour tenir compte des divers facteurs qui tendent à absorber une notable partie de cette eau, il convient de réduire encore de moitié la quantité d'eau tombée pour évaluer à peu près exactement le volume de liquide qui pénètre dans les égouts. Dans ces conditions, le calcul montre que la proportion de Teau de pluie est environ quatre-vingt fois plus forte que celle de Teau employée à Genève pour les besoins des ménages et des services publics^

Cest sur cette base que M Odier, ingénieur de la Ville, a fait l'étude d'un réseau de rollecleurs applicable au territoire desservi par le réseau ancien aussi bien qu*à une notable partie des communes suburbaines. Sur la rive gauche le tracé devait remonter jusqu'à la bifurcation de la route d'Hermance avec l'ancienne route des Eaux-Vives et avoir son débouché A Texlrémité aval de la presqu'île de la Jonction. Sur la rive droite, Torigine amont devait se trouver à l'extrémité nord du quai du Léman et le débouché au jardin de Saint-Jean,

Tout en prévoyant une profondeur suffisante des collecteurs, la pente disponible se trouvait être de 3"*,84 sur la rive gauche pour un parcours de :î538^ et de '2™,iO sur la rive droite sur un développement de 2085"\

L'examen du relief de terrain montrait, en outre, la convenance de diriger, par la rue Pierre Fatio et le cours de Rive, un embranchement secondaire destiné à recueillir les eaux du plateau des Tranchées et du quartier de la Terrassière, pour les verser dans le collecteur vers l'angle sud du jardin anglais. Ces divers tracés une fois arrêtés, l'auteur du projet fut conduit à envisager un certain nombre de bassins hydrographiques nettement séparés^ soit par une ligne naturelle de partage des eaux, soit par le tracé même des égouts projetés; ces régions distinctes au nombre de quatre sur la rive gauche, et de deux seulement sur la rive droite, devaient se trouver desservies par les sections d'égouts désignées au tableau ci -après.

Leur superficie totale peut être évaluée à tî58 hectares sur la rive gauche et 200 sur la rive droite.

L'adoption de ce programme plus vaste que celui qui a été réalisé, tenait compte dins une large mesure des éventualités de 1* avenir et il importait d'une manière essentielle, d'arrêter les niveaux qu'il comportait, de façon à admettre l'achèvement ultérieur du réseau en suite de Tex tension probable de Tagglomération genevoise.

Un des éléments esisentiels à examiner dans l'étude d'un égout réside dans la pente qu'il est possible de lui attribuer. Ce facteur influe fortement sur son bon fonctionnement ; comme le débit est le produit de la section du vide par la vitesse d'écoulement, il s*en suit que pour un volume d'eau délerminéj la dimension de la galerie peut-être réduite dans la mesure où la vitesse d'écoulement est augmentée.

Il y a donc un intérêt majeur à utiliser toute la pente disponible, d'autant plus qu'en dessous de certaines vitesses, les sables et autres éléments solides, ont la tendance à se déposer et à nécessiter des frais de curage par Tintervention de procédés spéciaux.

A Londres et à Paris, quelques grands collecteurs ont une pente qui ne dépasse pas 0"^,;30 par kilomètre, aussi est-on obligé de recourir continuellement à l'emploi de wagons et de bateaux-vannes manoeuvres par des équipes d^ouvriers. Les collecteurs de Genève ont dans la

règle une pente de 1 mètre par kilomètre, portée même à 4°*30 sur la section du quai des Eaux-Vives et à 4"^ sur le quai des Pàquis.

Dans ces conditions, on peut admettre que, moyennant quelque surveillance, lea collecteurs se nettoient d'eux-mêmes, sans qu'il soit nécessaire de recourir à des moyens artificiels.

Il eût été néanmoins imprudent de ne pas utiliser l'auxiliaire énergique auquel il était possible de recourir avec une dépense minime, en lançant, de distance en distance, dans les galeries des deux rives, l'eau du lac, en toute saison notablement plus élevée que le radier des égouts. On pouvait provoquer à un moment doîmé des chasses d'eau d'un effet utile considérable.

Deux de ces vannes de chasse ont, en conséquence, été disposées sur chaque rive, l'une d'elles se trouve à l'extrémité amont de chaque collecteur.

Quant au choix des sections à adopter pour la galerie, si la forme ovoïde est la plus rationnelle au point de vue de l'écoulement de l'eau, par contre le profil à banquettes, permettant la circulation à pied sec et le parcours de wagonnets de service est d'un emploi plus pratique. Cette forme de galerie favorise aussi la pose et la surveillance des fils électriques et des canalisations d'eau à haute pression qui y sont logées, c'est pourquoi elle a été adoptée sur le parcours de la rive gauche entre le débouché aval et l'origine du quai des Eaux- Vives; pour toutes les autres sections, la forme ovoïde a été préférée.

Sur ces données les apports maximums à prévoir en temps de pluie d'orage sur les différentes sections ressortent aux chiffres suivants :

DÉSIGNATION

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