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CHAPITRE XIII

Le développenienl des înslallntioiis hydrauliques en 1886 et 1887

Le programme des travaux arrêté en 1883 par le Conseil administratif avait été fidèlement suivi, (voir page 110) et Tinauguration solennelle put avoir lieu le 17 mai 1880 par la mise en marche des cinq premières turbines et pompes. L'exécution de tous les travaux de la première période avait donc été accomplie en '2 V^ années.

Conventions pour la fourniture d'eau aux communes voisines

Dans le but de développer son système hydraulique en même temps que d'améliorer le régime des communes ahmentées antérieurement par des sociétés particulières, la Ville passa en 1H86 les conventions suivantes:

1*^ Avec la Société des eaux du Rhône, rive droite, pour le rachat de son réseau et la reprise du service hydraulique. Cette Société alimentait depuis une vingtaine d'années les communes du Petit-Saconnex, Grand-Saconnes, Vernier, Pregny, Bellevue et Genthod. La vente d'eau s'élevait à environ 500 litres à la minute, correspondant à une recette annuelle de Fr. 20,000.

Ce rachat fut opéré moyennant remboursement à la Société de Fn 35,600 d'actions privilégiées et réchange des actions ordinaires contre 220 obligations de Fr. 1^000 de la Ville de Genève, rapportant trois pour cent et remboursables en quarante années.

2^ Avec la Société des eaux du Rhône, rive gauche, pour le rachat de son réseau et la reprise de son service hydraulique.

Cette Société alimentait les conmiunes de Lancy et Ooex d'environ 150 litres à la minute, correspondant à une recette annuelle d'environ Fn 7,000.

Ce rachat fut opéré pour Fr. 47,500.

3^ Avec les communes de Carouge, Petit-Saconnex, Grand-Saconnex, Vernier, Pregny, Bellevue, Genthod, Lancy, Onex, Bernex, Configoon^ Plan-les-Ouates, Cologny et Vandœuvres, pour la distribution de Teau sur le territoire de ces diverses communes.

Ces conventions sont toutes semblables, sauf celle avec la commune de Carouge, Elles donnent droit à la Ville de canaliser les chemins communaux et stipulent des conditions spéciales pour la fourniture d'eau aux dites communes,

La convention avec la commune de Carouge ne concerne que la distribution d'eau motrice et industrielle, à l'exclusion de l'eau ménagère, cette commune ayarit auparavant donné un monopole à une société particulière pour la fourniture de Teau d'alimentation.

Le Conseil administratif demanda deux crédits, pendant le courant de 188û pour développer son réseau hydraulique:

L'un, de Fr, 200^000, en date d'avril 1886, avait pour but de subvenir aux frais de raccordément avec les réseaux des deux sociétés rachetées.

L'autre^ de novembre de la même année^ s'élevant à Fr, 105,000, avait pour but de prolonger

le réseau de la rive gauche de façon à alimenter les communes du Plan-les-Ouates, Berriex et Confignon avec lesquelles des conventions venaient d'être passées.

 la même date, le Conseil administratif demanda au Conseil municipal un crédit de Fr. 35.000 pour doubler le raccordement de canalisation entre la nouvelle usine hydraulique et l'ancien nœud des canalisations à basse pression qui se trouvait en l'Ile.

L'ancien réseau hydraulique ayant été, jusqu'en 4880, complètement alimenté par les machines placées en l'Ile, toutes les canalisations maîtresses destinées à desservir la Ville venaient converger dans ce quartier.

Lorsque le réservoir du Bois de la Bâtie avait été construit, une canalisation de 50 centimètres avait relié l'ancien réseau avec ce réservoir, et ce fut sur cette canalisation que vinrent se brancher les machines hydrauliques à vapeur qui n'étaient considérées alors que comme machines de secours. Dans ces conditions, l'alimentation principale se faisant au centre du réseaa, la conduite reliant le centre avec le réservoir était encore suffisante. ,

Une fois les anciennes pompes et les machines à vapeur arrêtées, toute l'eau destinée à alimenter le réseau à basse pression venant du bâtiment des machines, à la Coulouvrenière, devait passer par cette même canalisation venant du réservoir et se réduisant à un diamètre de 35 centimètres, du boulevard de Plainpalais au centre du réseau de l'Ile.

Il en résultait que l'eau devait prendre dans ces canalisations, d'une capacité insuffisante pour un débit de 25,000"** par jour, des vitesses telles que les pertes de charge devenaient énormes, et que la pression devait être maintenue à 60"* au bâtiment des turbines pour obtenir les 50™ nécessaires en l'Ile. Le réservoir était de ce fait rendu absolument inutile. Il restait plein, jour et nuit, et ne rendait plus aucun service.

Pour y remédier, il fallait établir sur le milieu du fleuve, le long de la digue longitudinale, une nouvelle canalisation de 50 centimètres de diamètre permettant d'alimenter directement le centre du réseau et de rendre l'ancienne canalisation à sa destination primitive, c'est-â-dire à l'alimentation du Bois de la Bâtie et à l'emploi en retour de l'eau revenant du dit réservoir.

Crédits pour la création d'an réservoir à Bessinges

L'augmentation considérable de la consommation d*eau dès les premiers mois de la mise en marche des nouvelles installations amena TAdministration municipale â étudier, dès la fin de 1886, le moyen d'augmenter le volume d'eau sous pression disponible.

Deux solutions étaient en présence :

1^ L'augmentation du nombre des turbines et des pompes dans une proportion telle qu'à chaque instant le volume d'eau nécessaire puisse être refoulé dans les conduites.

2<> La création d'un réservoir permettant de réutiliser pendant le jour le travail de nuit des turbines.

D'autre part les conventions passées avec les communes environnant la Ville nécessitaient que la hauteur du réservoir fût à 425" au moins au-dessus du lac, si l'on voulait desservir les points culminants du canton.

L'emplacement du réservoir était donc tout désigné au point le plus élevé dans le voisinage le plus rapproché de la Ville.

C'était le coteau de Bessinges au-dessus du village de Cologny, à 4 kilomètres de la Ville. Le point culminaot de ce coteau qui se trouvait à une hauteur de 125"" au-dessus du niveau du lac était dans la propriété de M-Tronchin, Le Conseil administratif s'entendit avec ce propriétaire pour obtenir une servitude de construire le réservoir sur son terrain, moyennant la fourniture gratuite d'un certain volume d'eau.

Une fois cette convention passée, le Conseil administratif demanda au Conseil municipal les crédits nécessaires à Texécution du réservoir ; ces crédits se décomposaient comme suit :

Réservoir de Bessinges

Canalisation allant de la Ville au réservoir

Fr. 200,000 » 270,000

Fr. 470,000

Le réservoir devait avoir une capacité de 12500 mètres cubes, et la canalisation de jonction était prévue à 600 millimètres de diamètre; sa longueur jusqu'à son raccordement avec le réseau à haute pression, à ?angle du Jardin Anglais, était de 4 kilomètres.

Il avait été question dans le rapport de 1883, à l'appui de la première demande de crédit pour les travaux du Rhône, de la création d*un réservoir au Grand-Saconnex, mais ce réservoir devait avoir à ce moment là, dans Vesprit de M. Turrettini, une autre fonction que celle qu'avait à remplir le réservoir demandé en 1886 ; il s'agissait en 1883 simplement d'un réservoir destiné à régulariser la force ; on estima alors que de simples réservoirs en tôle placés dans le bâtiment des turbines et contenant de Tair comprimé, permettraient de régulariser suffisamment le service encore réduit au fonctionnement de deux turbines à haute pression; cette manière de faire était plus économique que la création d'an grand réservoir

A la fin de 1886, la force disponible étant absolument absorbée, il y avait à examiner si il y avait avantage à emmagasiner le travail des turbines existantes, pendant les heures où il serait inutilisé, ou bien à créer de nouvelles turbines.

Le Conseil administratif proposa la première de ces alternatives, c'est-à-dire la création d'un réservoir.

En effet la dépense pour la création de trois nouvelles turbines était, à peu de chose près, la même que pour la création du réservoir demandé, mais cette seconde solution avait l'avantage de rendre en même temps beaucoup plus régulière la distribution de la force aux divers industriels, puisqu'elle permettait de ne pas se préoccuper d'avoir toujours au bâtiment des turbines un volume d eau fourni exactement égal au volume d'eau consommé par l'industrie, le réservoir faisant la différence au moment voulu pour parfaire aux variations du service. Ce réservoir permettait à Texcès d'eau causé tout à coup (à midi, par exemple, au moment où l'on arrête les ateliers) d'avoir un exutoire et empêchait ainsi des ruptures qui seraient devenues inévitables dans une colonne sous pression alimentée par six turbines dont les principales issues se seraient trouvées brusquement fermées.

La restitution de force par un réservoir ordinaire offrait cependant un inconvénient assez grave; grâce aux pertes de charge^ la pression aurait varié de 12 à 15 mètres dans les différentes heures de la journée, suivant que le réservoir aurait fourni l'appoint nécessaire à la consommation ou aurait servi à emmagasiner ; cette différence de pression aurait été fort sensible, du moment où il s'agissait de transmettre une force constante et régulière dans tous les points du réseau.

Pour obvier à cet inconvénient^ M. Turrettini trouva la solution suivante : une pompe centrifuge, capable de débiter l'équivalent d'eau fourni par trois turbines à haute pression,

se trouverait placée entre la Ville et le réservoir de Bessinges, dans un des points les plus bas du réseau ; cette pompe serait actionnée par une turbine de 100 chevaux mue par l'eau sous pression de la canalisation allant au réservoir ; le travail de cette pompe aurait pour résultat d'augmenter de 12 à 15 mètres la pression de la canalisation, entre le point où elle serait installée et le réseau de la ville, de façon à compenser, par une surélévation de pression équivalent, la perte de charge due au frottement de Teau dans les tuyaux au retour du réservoir.

Il pouvait sembler au premier abord que ce dispositif amènerait une perte de 100 chevaux, mais cette force devait se retrouver entièrement, d'une part par Taugmentalion de pression de Teau refoulée par la pompe centrifuge, et, d'autre part, par l'augmentation de travail des turbines motrices, qui, ayant à refouler l'eau de 12 à 15 mètres plus haut qu'elles n'auraient à le faire sans ce dispositif spécial, prenaient sur le Rhône une quantité de force correspondante à l'augmentation de travail qu'elles avaient à faire et par conséquent récupéraient le travail dépensé par la turbine qui actionne la pompe centrifuge.

La turbine de cette pompe devait être mise en train au moyen d'un sen^o-moteur, régularisant automatiquement la vitesse de la turbine, de façon que la pompe centrifuge agit d'autafit plus que la perte de charge dans la canalisation augmentait. Ce dispositif se composait d'éléments connus et déjà employés dans l'industrie et ne laissait pas d'incertitude au point de vue de la sécurité et de la constance du service. M. l'ingénieur P. Piccard avait été chargé de l'étiide relative à la construction de cet appareil.' On verra plus loin que le résultat désiré a été obtenu.

Le réservoir lui-même devait former un grand parallélogramme de 52"",88 X 46"»,64 à sa base, il devait être construit avec piles en maçonnerie à l'intérieur supportant 56 voûtes d'arête en béton ; les murs de pourtour seraient, suivant le prix d'adjudication, en béton ou en meillerie. La hauteur du réservoir au-dessus du sol naturel devait avoir en moyenne 7,50 m. L'emplacement de Bessinges convenait à tous les points de vue pour le service que la Ville était en droit d'en attendre ; il était à peu près à la même cote que le sommet du coteau de Bernex, avec cet immense avantage que la canalisation ne devait être que de 4 kilomètres, tandis qu'elle aurait été de 7 kilomètres pour Bemex.

Crédit pour l'établissement d'une sixième turbine

Le Conseil administratif demanda, en même temps au Conseil municipal l'autorisation d'établir la sixième turbine qui complétait les six emplacements de la première période du bâtiment, perpendiculaire à la rive.

Le crédit s'élevait à la somme de Fr. 410,000

A l'appui de ces diverses demandes, M. Turrettini avait présenté, au nom du Conseil administratif, une justification financière prouvant que l'intérêt et l'amortissement de ces installations étaient assurés, dès leur mise en fonctionnement. (Mémorial 1886-4887, p. 184).

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