‹ Utilisation des forces motrices du Rhône: et régularisation du Lac LémanChapitre 88 sur 126 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

L'avenir

Aujourd'hui, sur les vingt turbines de trois cents chevaux bruts qui doivent utiliser la force du Rhône dans la Ville de Genève^ huit sont en fonctionnement, deux sont sur le point de Tëtre; une enfin va être incessamment commandée. Le nombre des turbines restant à placer à fin 1890 ne sera donc plus que de neuf, sur lesquelles quatre au moins doivent être considérées comme appareils de réserve, à raison d'une turbine de réserve pour quatre en fonction régulière.

D'autre part les demandes de force depuis le l^*" janvier 18C0 à fin avril atteignent deux cent cinquante chevaux dont cent cinquante assurés et cent probables, de sorte que l'augmentation de la force distribuée atteindra vraisemblablement trois cents chevaux à la fin de 1890.

Si Ton tient compte de ce développement, il est à prévoir que dès 1891 le Conseil administratif devra demander un crédit de fr. 220,000 pour l'achèvement du bùtiment des turbines jusqu'à son extrémité et les crédits supplémentaires nécessaires pour de nouvelles turbines destinées vraisemblablement à la transmission électrique.

L'utilisation du reste de la force disponible se fera probablement dans un délai maximum de six à huit ans, à moins que des facteurs importants ne viennent précipiter cet heureux développement. Ces facteurs probables sont : i^ la traction électrique sur les nombreuses lignes de chemin de fer à voie étroite et tramways qui sillonnent les environs de Genève et dont le point de départ n'est pas éloigné du bâtiment des turbines. 2® Le développement de l'éclairage électrique en 1895 lors du rachat simultané de la Compagnie du gaz et de la Société d'appareillage électrique par la Ville, à l'expiration de leurs concessions.

Il y a donc lieu de se préoccuper dès maintenant de la création d'une force nouvelle permettant de servir au développement industriel de Genève.

Cette force existe, comme on l'a vu, à trois kilomètres en aval des installations actuelles, à Aïre, au lieu dit : moulins de Vemier.

Là, le Rhône et l'Arve sont réunis et le débit sur lequel peuvent êlre calculées les installations hydrauliques n'est plus de 120 mètres cubes à la seconde, mais bien de 150, grâce à l'apport de l'Arve. La chute disponible est de cinq mètres, de sorte que la force brute de la nouvelle installation atteindra 10,000 chevaux bruts en toute saison, ou 7,000 chevaux effectifs sur l'arbre des turbines, qui donneront net une force de 5,000 chevaux distribuée à l'industrie genevoise.

Le mode de transmission de cette force est dès maintenant tout indiqué. La transmission par câble n'est pas possible, vu la distance et la multiplicité de la distribution; la transmission hydraulique est également à écarter pour deux raisons : d'abord la distance qui en rendrait remploi fort onéreux, ensuite et surtout la qualité sablonneuse de l'eau qui détruirait rapidement

les moteurs marchant sous de hautes pressions. En effet la nature de Teau de la nouvelle installation sera absolument différente de celle de Tinstallation actuelle, grâce aux apports torrentiels de TArve dont Teau boueuse souille la limpidité du Rhône.

La transmission par l'électricité s'impose donc et la faible dislance qui sépare Genève de la future usine hydraulique permettra d'exécuter cette transmission sans potentiels exagérés.

1/installation d'Aïre sera, du reste, plus simple et plus facile que celle de la Coulouvrenière. La chute étant plus forte, la même turbine qui donne 300 chevaux à l'installation actuelle en donnera 600 à l'installation nouvelle; le coût de l'installation mécanique sera donc proportionnellement très inférieur. Quant au bâtiment proprement dit et au barrage à créer, leurs fondations seront entièrement sur un banc de soliie molasse et ne présenteront pas de difficultés exceptionnelles. Il y aura peu ou point de draguages.

L'installation d'Aïre peut donc être évaluée au plus à trois millions comprenant les bâtiments, les turbines et les dynamos. Le cheval effectif à l'usine hydraulique reviendra donc au plus à cinq cents francs comme capital engagé, et le cheval net chez le consommateur n'atteindra pas une dépense totale d'installation de huit cents francs.

Le projet actuel de transmission de force électrique de Rheinfelden à Bàle, évalue à fr. 1300 le capital engagé par cheval chez l'industriel. Genève se trouvera donc dans une situation plus avantageuse.

Dès 1882, les autorités municipales, prévoyant le développement rapide des installations hydrauliques ont voulu s'assurer de la possession de la force importante d'Aïre. On a vu que le Conseil municipal, sur la proposition du Conseil administratif, en demanda la concession le 19 août 1882, en même temps. que la concession de l'installation déjà créée; on a vu que le Conseil d'Etat préféra scinder les deux demandes, tout en assurant qu'il était disposé à présenter en temps voulu un projet de loi accordant à la Ville la concession de la force du Rhône à Aïrc. Peu après, le 11 novembre 1884, le Conseil municipal ratifia l'achat d'un terrain situé à l'amont des moulins de Vernier sur la rive droite du Rhône, sur lequel s'élèvera un jour la nouvelle usine hydroélectrique.

Le Conseil* administratif tomba d'accord en 1885 avec le Conseil d'Etat sur les bases de la concession, qui sont les suivantes:

a Le Conseil d'Elat s'engage à présenter au Grand Conseil un projet de loi accordant à la Ville de Genève la concession des forces motrices du Rhône depuis un kilomètre en aval de la Jonction jusqu'au-dessous des moulins de Vernier.

a La Ville pourra retarder l'exécution de ces travaux jusqu'au moment où elle aura besoin de la force.

a L'Etat aura droit au 25 ^/^ du produit net de l'entreprise après prélèvement du 6 7o po^r intérêt et amortissement des capitaux engagés, i»

Il y a lieu d'espérer que la loi sanctionnant cet arrangement sera prochainement présentée au Grand Conseil.

L'avenir industriel de Genève, en ce qui concerne la force motrice, est donc assuré pour longtemps. Il appartient maintenant à l'industrie privée d'utiliser cette énorme puissance productive mise à bon compte à sa disposition.

Puisse ce développement de la richesse nationale servir au bien de tous les enfants de la Patrie genevoise, c'est le vœu des autorités municipales qui ont mis tout leur cœur et toutes leurs facultés à la réussite de ce grand travail I

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