‹ Utilité des Notions Chronologiques pour le Diagnostic, le Pronostic et le Traitement de la SyphilisChapitre 18 sur 27 · SAR · texte numérisé non relu

SAR

positive, est sûrement la victime d’un partenairé atteint d'accidents secondaires déclarés: roséole ou plaques muqueuses. Nous savons bien qu’on a signalé des cas exceptionnels où la période négative est prolongée à l’extrême, mais presque toujours la période réserologique prend fin vers la troisième semaine.

Un autre appoint peut souvent aider à confondre l’auteur de l'infection conjugale un document écrit: ordonnance de médecin, fiche d’hôpital, résultat d’un examen microscopique ou d’une réaction de Wassermann. Ceci apporte parfois au médecinlégiste une pierre d’achoppement à sa conviction. Un malade déclare que son chancre remonte à un mois ou six semaines, alors que la femme a la roséole, cette dernière a pu trouver des fiches hospitalières montrant qu’il y a trois mois le mari subissait à Saint-Louis des injections de novarsenobenzol : la mauvaise foi est établie et elle fait inévitalement effet sur le jugement d'expertise.

Nous donnons ci-après quelques observations cHniques pour justifier l'importance des données chronologiques dans les discussions de ce genre.

Le Professeur Jeanselme a vu un jeune couple qui se présentait au dispensaire de la Clinique. La femme, une jeune fille de seize ans, aecusait son:

PUSRIDE

& fiancé » de l’avoir déflorée, quinze jours auparavant et de lui avoir donné la syphilis. Or, ladite jeune fille était couverte d’une roséole floride et portait des plaques muqueuses vulvaires : elle était donc en pleine période secondaire et sa réaction de Wassermann était fortement positive. Le jeune homme se prêta de la meilleure grâce du monde à l'examen. Je ne relevai sur lui aucune manifestation syphilitique de la peau et des muqueuses. Il ne portait pas de cicatrice indurée à la verge ; il niaït tout accident antérieur et sa réaction était totalement négative. En conséquence, cet homme ne pouvait pas avoir contaminé la jeune fille, mais il pouvait fort bien avoir été infecté par elle et il fut mis en observation. Devant l'évidence, l’accusatrice confondue finit par avouer qu’elle avait accordé, quelques semaines auparavant, ses faveurs à des amants de passage.

Notre maître, le Docteur Schulmann, nous a donné les deux observations inédites suivantes, l’une suivie à Saint-Louis, l’autre en clientèle.

Observ. 6.— A la consultation du matin de l’hôpital Saint-Louis, se présente le ménage L.., 32 et 27 ans, gens modestes, qui viennent nous prier de

les examiner et qui vivement se rejettent l’un sur

Fe — 37 —

l’autre la responsabilité d’une contagion vénérienne. Nous les examinons séparément.

. La jeune femme présente une légère roséole thoraco-abdominale, peu intense, à petits éléments, des ganglions nombreux aux aines, à la nuque, une angine très rouge probablement spécifique, elle a fait. faire une réaction de Wassermann qui s’est montrée positive à l'Institut Pasteur. Elle ,se lamente, nous affirme son honnêteté, semble sincère. On ne trouve pas de traces de la porte d’entrée, ni à l’examen gynecologique, ni dans la bouche.

Le mari, examiné isolément, accuse aussi sa femme, mais nous semble moins à son aise. Il porte des traces d’un chancre balano-préputial cicatrisé, une grosse adénopathie indolore à droite, des plaques muqueuses buccalés et génitales une roséole qui s'éteint, mais qui a dû être floride.

Il nous raconte que son chancre s’est cicatrisé tout récemment, qu’il n’est malade que depuis cinq semaines, il était d’ailleurs auparavant parti pendant un mois en voyage (il est voyageur de com- Inerce)Let 1 n’affirme n’avoir eu aucun rapport en dehors de chez lui. Il accuse sa femme de lavoir trompé durant son absence et de l’avoir infecté. Il nous donne -— lorsque nous l’interrogeons sur le

traitement qu’il a suivi — une ordonnance de pilu-

CUS FN Dee

les de Dupuytren datée de 38 jours et dont l'en-tête

est arachée. Malheureusement pour lui persiste le

cachet du pharmacien timbré de Saintes. Nous met-. tons le malade en présence des contradictions de

son récit et, sur notre promesse d’arranger les

choses avec sa femme, il nous avoue qu’il a aftrapé

un chancre au cours d'un rapport extra-conjugal il

y a trois mois et qu’il est parti pour éviter de conta-

miner sa femme. Le malheureux se lamente et nous

supplie de ne pas l’accuser. Nous avons tant bien

que mal arrangé les choses en laissant planer une incertitude propice et en concluant qu’une seule

chose s’imposait, l'urgence d’un traitement qui a été

institué séance tenante.

Observ. 7. — Odette G..., jeune femme de 27 ans, sœur d’une cliente, vient demander avis pour une cephalée à prédominance nocturne qui dure depuis cinq jours et par une perte de cheveux (tendance à: l’alopécée en clairière). Nous présageons une explication difficile, et, après de longs préambules, nous procédons à un examen intime qui permet de voir plusieurs plaques hypertrophiques vulvaires. Mr G. est mariée depuis cinq ans à un avocat et n’a pas d'enfants. Timidement nous commençons par indiquer la contagion possible par du linge ou des

Lu ND

objets de toilette, au cours d’un voyage récent par exemple, Notre cliente marque une surprise, mais infiniment moins grande que nous le pensions, elle discute la vraisemblance de ce mode d’infection, certain selon elle et quand nous demandons à voir le mari, elle nous déclare qu’effectivement ce der-

nier doit avoir depuis quelques jours une écorchure

sur le gland, Elle nous quitte en prenant un rendezvous pour son époux, se lamentant encore sur un malheur, dû à du linge souillé à coup sûr, car elle avait remarqué la malpropreté de son hôtel.

Le lendemain, le mari vient à notre cabinet, il a

depuis six jours un superbe chancre induré, il

n'avait pas encore consulté, n’ayant eu aucun rapport extra-conjugal, il était à mille lieux de soupçonner ce qui lui arrive ; très Confiant'en sa femme, il accepte, après de longues considérations de notre part, assez bien l’explication donnée plus haut.

Ici la chronologie permettait de toute évidence de faire la preuve de la priorité de l'infection féminine. Ajoutons, sinon pour la moralité, du moins pour la justification de l’histoire, que la jeune femme, mise en confiance par notre attitude et devant notre incrédulité absolue de la possibilité d’une contagion indirecte, nous à fait des aveux confir-

matifs. Elle a eu il y a cinq mois, des relations à

AU dre:

plusieurs reprises avec un « danseur mondain » et dès qu’elle s’est aperçue qu’elle avait quelque chose, elle s’est empressée de partir en voyage. Son mari est venu la rejoindre au bout de six semaines et c’est à ce moment que, n’osant refuser ses faveurs, elle l’a contaminé.

Cette dernière observation est bien éloquente, elle permettait, même sans les aveux féminins, de condamner la femme et d’affirmer que c’est l’homme qui ici était la victime. Il faut, disons-le ici pour conclure, au cours de ces confrontations, ne jamais juger les gens sur l’apparence, comme le conseille Pantique adage. De très jeunes filles, auxquelles on donnerait le bon Dieu sans confession, déploient des ruses d’apache pour dissimuler leur infection et en faire endosser la responsabilité à autrui. D’une manière générale, en milieu bourgeois, ce sont surtout les hommes qui apportent la contagion et sont confondus; dans le milieu populaire, il semble que ce soit la femme qui ruse davantage et soit plus souvent convaincue d’imposture.

Dans des cas nombreux, la méthode des confrontations demeure douteuse. Il faut, dans ces cas, encore davantage éviter de se montrer en justicier. Le devoir du médecin est d’être le conciliateur bien-

Page 1