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détrôner nos idiomes maternels : il vise uniquement les gens qui ont des relations internationales ou désirent en avoir. Son but est de permettre à tout intéressé, possédant une teinture de grammaire, d'arriver à communiquer sans peine, par l'écriture ou la parole, avec des étrangers dont 1l ignore la langue et qui ne savent pas la sienne. C'est pourquoi, il se propose à nous non comme langue universelle, mais comme langue internationale auxtliaire. Supposez que dans tous les pays civilisés tous les hommes un peu instruits soient capables de s’en servir, les Français n'en continueront pas moins à parler français, les Anglais à parler anglais, les Russes à parler russe, etc. : seulement chacun de nous pourra correspondre ou converser avec des Anglais, des Russes, des Allemands, des Espagnols, des Italiens, etc., sans être obligé d'apprendre leurs différentes langues, et vice versa.
En fait, c'est là le service que l’Esperanto rend déjà à tous ceux qui le possèdent. Si je puis citer mon expérience personnelle, je suis, grâce à lui, en correspondance avec une foule de gens, Russes, Tchèques, Bulgares, Suédois, Islandais, etc., dont les langues me sont tout à fait inconnues et qui neconnaissent pas davantage la mienne, non des lettrés ou des savants de profession, mais quelques uns au moins appartenant aux classes sociales les plus humbles.
D'ores et déjà donc, pour un certain nombre:
de personnes (qu'on évalue à 80.000(!), mais le nombre des Espérantistes s'accroît régulièrement tous les jours), l'Ésperanto supprime les frontières ; réalisant dans l’ordre intellectuel le miracle déjà réalisé
() Evaluation faite en 10904.
dans l'ordre matériel par le téléphone et le télégraphe sans fil, il met les esprits en communication immédiate d'un bout à l’autre du monde.
Les sceptiques qui déclarent, a priori, qu'un tel miracle est impossible, oublient qu'il n'y a pas d'impossibilité pour le :génie. Or, plus on étudie l’Esperanto, plus on se rend compte que l’homme qui l’a créé, le modeste et encore obscur médecin de Varsovie, Louis Zamenhof, est une de ces intelligences géniales dont le souvenir reste attaché dans l’histoire à chacun des pas décisifs de l’humanité dans la voie du progrès (°).
Certes, le problème d’une langue internationale artificielle paraît, au premier abord, extraordinairement difficile, impossible même à résoudre ; et cependant, quand on connaît la solution qu'en donne l’'Esperanto, on est presque tenté de croire que rien n'est plus simple et plus facile. C'est l’histoire de l'œuf de Christophe Colomb. Mais prenons-y garde, il n'y a que les hommes de génie qui soient capables de trouver ainsi des solutions que l’on croyait d’abord impossibles et qui paraissent toutes naturelles aussitôt qu'ils les ont découvertes.
Zamenhof est parti de cette idée, qui est en quelque sorte une idée de bon sens, que pour faire une langue artificieile vraiment internationale, il faut autant que possible employer des éléments naturels qui soient déjà par eux-mêmes internationaux. Quiconque appliquera et développera systématiquement ce principe, arrivera à retrouver l’Esperanto ou tout au moins à trouver une langue
4) Le D' Zamenhof a été nommé Chevalier de la Légion d'Honneur, en 1905, par le Gouvernement français.
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aussi voisine de l’Esperanto que le portugais peut l'être de l’espagnol. Ce qui revient à dire que l'Esperanto est, pour employer le langage des mathématiciens, la solution unique du problème.
Voici, en effet, comment se trouve construit le dictionnaire de la langue.
Tout d’abord les racines qui expriment des idées et des inventions scientifiques ou techniques sont communes aux langues de tous les peuples civilisés et par conséquent internationales. Telles sont, par exemple, les racines des mots français: mathématique, mécanique, physique, astronomie, géOgTra- Dhie, philosophie, etc.: électricité, photographie, locomotive, etc.; Europe, Asie, Afrique, Amérique, etc., etc. Dès lors, toutes ces racines appartiennent de droit à l’Esperanto. Les seules modifications qu'il se permette d'y apporter consistent à leur imposer, d'abord une orthographe rigoureusement phonétique (matematik, fizgik, astronomi, geografñfi, filozofi, elektr, fotografi, locomotir, Europ, Az1, Afrik, Amerik, etc.); puis, comme nous l’expliquerons plus tard, les terminaisons adoptées par la langue comme caractéristiques grammaticales (o pour le nom, à pour l'adjectif, etc., donc :
filozofio, philosophie : filozofia, philosophique ; elekiro, électricité: elektra, électrique, etc., etc.)..
Ces racines internationales sont beaucoup plus nombreuses qu'on ne pense. Elles ne composent pas seulement la presque totalité du vocabulaire des sciences, des arts, des industries ; elles pénètrent même dans le vocabulaire de la vie courante: Croirait-on, par exemple, que le café, le thé, le sucre, l'anis, etc., se nomment à peu près de même