‹ uvre poétiqueChapitre 12 sur 54 · LA FILLE DE JEPHTÉ · texte numérisé non relu

LA FILLE DE JEPHTÉ

Il a fermé ses yeux, car au loin, de la ville,

Les vierges, en chantant, d'un pas lent et tranquille,

Venaient ; il entrevoit le cliœur religieux;

C'est pourquoi, plein de crainte, il a fermé ses yeux.

Il entend le concert qui s'approche et l'honore : La harpe harmonieuse et le tambour sonore. Et la lyre aux dix voix, et le Kjnnor léger, Et les sons argentins du Nebel étranger.

Puis, de plus près, les chants, leurs paroles pieuses, Et les pas mesurés en des danses joyeuses, Et, par des bruits flatteurs, les mains frappant les mains. Et de rameaux fleuris parfumant les chemins.

Ses genoux ont trc^mblé sous le poids de ses anaaes ; Sa paupière s'entr 'ouvre à ses premières larmes : C'est que, panni les voix, le père a reconnu La voix la plus aimée à ce chant ingénu :

— « O vierges d'Israël ! ma couronne s'apprête La première à parer les cheveux de sa tête ; C'est mon père, et jamais un autre enfant que moi N'augmenta la famille heureuse sous la loi. »

Et ses bras à Jephté donnés avec tendresse. Suspendant à son col leur pieuse caresse : « Mon père, embrassez-moi ! d'où naissent vos retards? Je ne vois que vos pleurs et non pas vos regards.

Je n'ai point oublié l'encens du sacrifice : J'offrais pour vous liier la naissante génisse. Qui peut vous affliger? Le Seigneur n'a-t-il pas Renversé les cités au seul bruit de vos pas? »

— « C'est vous, hélas ! c'est vous, ma fille bien-aimée? » Dit le père en rouvrant sa paupière enflammée ;

a Faut-il que ce soit vous 1 ô douleur des douleurs ! Que vos embrassements feront couler de pleurs !

Seigneur, vous êtes bien le Dieu de la vengeance ; (i En échange du crime il vous faut l'innocence.

LA FILLE DE JEPHTÉ — i

C'est la vapeur du sang qui plaît au Dieu jaloux ! Je lui dois une hostie, ô ma fille ! et c'est vous ! »

— « Moi ! » dit-elle. Et ses yeux se remplirent de lamaes. Elle était jeune et belle, et la vie a des charmes. Puis elle répondit : « Oh ! si votre serment

Dispose de mes jours, permettez seulement

« Qu'emmenant avec moi les vierges mes compagnes, J'aille, deux mois entiers, sur le haut des montagnes, Pour la dernière fois, errante en liberté. Pleurer sur ma jeunesse et ma virginité !

« Car je n'aurai jamais, de mes mains orgueilleuses. Purifié mon fils sous les eaux merveilleuses ; Vous n'aurez pas béni sa venue, et mes pleurs Et mes chants n'auront pas endormi ses douleurs ;

« Et, le jour de ma mort, nulle vierge jalouse Ne viendra demander de qui je fus l'épouse. Quel guerrier prend pour moi le cilice et le deuil : Et seul vous pleurerez autour de mon cercueil. »

Après ces mots, l'armée assise tout entière Pleurait, et sur son front répandait la poussière, Jephté sous un manteau tenait ses pleurs voilés; Mais, parmi les sanglots, on entendit : « Allez. »

Elle inclina la tète et partit. Se3 compagnes,

Comme nous la pleurons, pleuraient sur les montagnes,

Puis elle vint s'offrir au couteau paternel.

— Voilà ce qu'ont chanté les filles d'Israël.

Écrit en 1820.

LA FEMME ADULTERE Poème

« L'adultère attend le soir, et se dit : « Aucun œil ne me verra ; « et il se cache le visage, car la lumièra est pour lui comme la mort. »

Job, ch, XXIV, V. 15-17.

MON lit est parfumé d'aloès et de myrrhe ; L'odorant cinnamome et le nard de Palmyre Ont chez moi de l'Egypte embaumé les tapis. J'ai placé sur mon front et l'or et le lapis ; Venez, mon bien-aimé, m'enivrer de délices Jusqu'à l'heure où le jour appelle aux sacrifices. Aujourd'hui que l'époux n'est plus dans la cite, Au nocturne bonheur soyez donc invité ; Il est allé bien loin. » — C'était ainsi, dans l'ombre. Sur les toits aplanis et sous l'oranger sombre, Qu'une femme parlait, et son bras abaissé Montrait la porte étroite à l'amant empressé. Il a franchi le aeuil où le cèdre s'entr'ouvre. Et qu'un verrou secret rapidement recouvre ; Puis ces mots ont frappé le cyprès des lambris : « Voilà ces yeux si purs dont mes yeux sont épris 1 Votre front est semblable au lis de la vallée ; De vos lèvres toujours la rose est exhalée. Que votre voix est douce et douces vos amours ! Oh ! quittez ces colliers et ces brillants atours I — Non ; ma main veut tarir cette humide rosée Que l'air sur vos cheveux a longtemps déposée :

Page 1