LA FEMME ADULTERE
C'est pour moi que ce front s'est glacé sous la nuit !
— Mais ce cœur est brûlant, et l'amour l'a conduit. Me voici devant vous, ô belle entre les belles ! Qu'importent les dangers ? que sont les nuits cruelles Quand du palmier d'amour le fruit va se cueillir. Quand sous mes doigts tremblants je le sens tressaillir ?
— Oui... Mais d'où vient ce cri, puis ces pas sur la pierre ?
— C'est un des fils d'Aaron qui sonne la prière. Eh quoi ! vous pâlissez ! Que le feu du baiser Consume nos amours qu'il peut seul apaiser, Qu'il vienne remplacer cette crainte farouche. Et fermer au refus la pourpre de ta bouche !... »
On nentendit plus rien, et les feux abrégés Daus les lampes d'airain moururent négligés.
Quand le soleil levant embrasa la campagne
Et les verts oliviers de la sainte montagne,
A cette heure paisible où les chameaux poudreux
Apportent du désert leur tribut aux Hébreux ;
Tandis que, de sa tente ouvrant la blanche toile,
Le pasteur qui de l'aube a vu pâlir l'étoile
Appelle sa famille au lever solennel,
Et salue en ses chants le jour et l'Éternel ;
Le séducteur, content du succès de son crime,
Fuit l'ennui des plaisirs et sa jeune victime.
Seule, elle reste assise, et son front sans couleur
Du remords qui s'approche a déjà la pâleur ;
Elle veut retenir cette nuit, sa complice.
Et la première aurore est son premier supplice :
Elle vit tout ensemble et la faute et le lieu.
S'étonna d'elle-même et douta de son Dieu.
Elle joignit les mains, immobile et muette.
Ses yeux toujours fixés sur la porte secrète ;
Et semblable à la mort, seulement quelques pleurs
Montraient encor sa vie en montrant ses douleurs.
Telle Sodome a vu cette femme imprudente
Frappée au jour où Dieu versa la pluie ardente,