‹ uvre poétiqueChapitre 13 sur 54 · LA FEMME ADULTERE · texte numérisé non relu

LA FEMME ADULTERE

C'est pour moi que ce front s'est glacé sous la nuit !

— Mais ce cœur est brûlant, et l'amour l'a conduit. Me voici devant vous, ô belle entre les belles ! Qu'importent les dangers ? que sont les nuits cruelles Quand du palmier d'amour le fruit va se cueillir. Quand sous mes doigts tremblants je le sens tressaillir ?

— Oui... Mais d'où vient ce cri, puis ces pas sur la pierre ?

— C'est un des fils d'Aaron qui sonne la prière. Eh quoi ! vous pâlissez ! Que le feu du baiser Consume nos amours qu'il peut seul apaiser, Qu'il vienne remplacer cette crainte farouche. Et fermer au refus la pourpre de ta bouche !... »

On nentendit plus rien, et les feux abrégés Daus les lampes d'airain moururent négligés.

Quand le soleil levant embrasa la campagne

Et les verts oliviers de la sainte montagne,

A cette heure paisible où les chameaux poudreux

Apportent du désert leur tribut aux Hébreux ;

Tandis que, de sa tente ouvrant la blanche toile,

Le pasteur qui de l'aube a vu pâlir l'étoile

Appelle sa famille au lever solennel,

Et salue en ses chants le jour et l'Éternel ;

Le séducteur, content du succès de son crime,

Fuit l'ennui des plaisirs et sa jeune victime.

Seule, elle reste assise, et son front sans couleur

Du remords qui s'approche a déjà la pâleur ;

Elle veut retenir cette nuit, sa complice.

Et la première aurore est son premier supplice :

Elle vit tout ensemble et la faute et le lieu.

S'étonna d'elle-même et douta de son Dieu.

Elle joignit les mains, immobile et muette.

Ses yeux toujours fixés sur la porte secrète ;

Et semblable à la mort, seulement quelques pleurs

Montraient encor sa vie en montrant ses douleurs.

Telle Sodome a vu cette femme imprudente

Frappée au jour où Dieu versa la pluie ardente,

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