‹ uvre poétiqueChapitre 14 sur 54 · LA FEMME ADULTÈRE · texte numérisé non relu

LA FEMME ADULTÈRE

Et, brûlant d'un seul feu deux peuples détestés. Éteignit leurs palais dans des flots empestés : Elle voulut, bravant la céleste défense. Voir une fois encor les lieux de son enfance, Ou, peut-être, écoutant un cœur ambitieux. Surprendre d'un regard le grand secret des cieux ; Mais son pied tout à coup, à la fuite inhabile, Se fixe ; elle pâlit sous un sel immobile. Et le juste vieillard, en marchant vers Ségor, N'entendit plus ses pas qu'il écoutait encor.

Tel est le front glacé de la Juive infidèle.

Mais quel est cet enfant qui paraît auprès d'elle?

Il voit des pleurs, il pleui-e, et, d'un geste incertain,

Demande, comme hier, le baiser du matin.

Sur ses pieds chancelants il s'avance, et, timide.

De sa mère ose enfin presser la joue humide.

Qu'un baiser serait doux ! elle veut l'essayer;

Mais l'époux, dans le fils, la revient effrayer ;

Devant ce lit, ces murs et ces voûtes sacrées,

Du secret conjugal encore pénétrées.

Où vient de retentir un amour criminel,

Hélas ! elle rougit de l'amour maternel,

Et tremble de poser, dans cette chambre austère,

Sur une bouche pure une lèvre adultère.

Elle voulut parler, mais les sons de sa voix.

Sourds et denii-formés, moururent à la fois.

Et sa parole éteinte et vaine fut suivie

D'un soupir qui sembla le dernier de sa vie.

Elle repousse alors son enfant étonné,

Tant la honte a rempli son cœur désordonné !

EUe entr'ouvre le seuil, mais là tombe abattue.

Telle que de sa base une blanche statue.

ni

Ce jour-là, des remparts, on voyait revenir Un voyageur parti pour la ville de Tyr.

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