LA FEMME ADULTERE - W
Sa suite et ses chevaux montraient son opulence;
Guidés nonchalamment par le fer d'une lance.
Fléchissaient sous leurs poids, et l'onagre rayé,
Et l'indolent chameau, par son guide effrayé;
Et douze serviteurs, suivant l'étroite voie.
Courbaient leurs fronts brûlés sous la pourpre et la soie ;
Et le maître disait : « Maintenant Séphora
Cherche dans l'horizon si l'époux reviendra ;
Elle pleure, elle dit : « Il est bien loin encore !
» Des feux du jour pourtant le désert se colore !
» Et du côté de Tyr je ne l'aperçois pas. »
Mais elle va courir au-devant de mes pas ;
Et je dirai : « Tenez, livrez-vous à la joie !
» Ces présents sont pour vous, et la pourpre et la soie,
» Et les moelleux tapis, et l'ambre précieux,
» Et l'acier des miroirs que souhaitent vos yeux. »
Voilà ce qu'il disait, et de Sion la sainte
Traversait à grands pas la tortueuse enceinte.
Tout Juda cependant, aux fêtes introduit,
Vers le temple, en courant, se pressait à grand bruit :
Les vieillards, les enfants, les femmes affligées.
Dans les longs repentirs et les larmes plongées.
Et celles que frappait un mal secret et lent.
Et l'aveugle aux longs cris, et le boiteux tremblant.
Et le lépreux impur, le dégoût de la terre.
Tous, de leurs maux guéris racontant le mystère.
Aux pieds de leur Sauveur l'adoraient prosternés.
Lui, né dans les douleurs, roi des infortunés.
D'une féconde main prodiguait les miracles,
Et de sa voix sortait une source d'oracles :
De la vie avec l'homme il partageait l'ennui.
Venait trouver le pauvre et s'égalait à lui.
Quelques hommes, formés à sa divine école.
Nés simples et grossiers, mais forts de sa parole.
Le suivaient lentement, et son front sérieux
Portait les feux divins en bandeau glorieux.