I. Pâte de mais
Sa famille est croyante, et, sans autels, il sert. Prêtre et père à la fois, son Dieu dans un désert.
Celui qui règne ici d'une façon hautaine
N'a point voulu parer sa maison puritaine ;
Mais l'œil trouve un miroir sur les aciers brunis.
La main se réfléchit sur les meubles vernis ;
Nul tableau sur les murs ne fait briller l'image
D'un pays merveilleux, d'un grand homme ou d'un sage.
Mais, sous un cristal pur, orné d'un noir feston.
Un billet en dix mots qu'écrivit Washington.
Quelques livres rangés, dont le premier Shakspeare
(Car des deux bords anglais ses deux pieds ont l'empire),
Attendent dans un angle, à leur taille ajusté,
Les lectures du soir et les heures du thé.
Tout est prêt et rangé dans sa juste mesure.
Et la maîtresse, assise au coin d'une embrasure.
D'un sourire angélique et d'un doigt gracieux,
Fait signe à ses enfants de baisser leurs beaux yeux.
— La sauvage Indienne au milieu d'eux s'avance :
« Salut, maître. Moi, femme et seule en ta présence,
Je te viens demander asile en ta maison ;
Nourris mes deux enfants ; tiens-moi, dans ta prison.
Esclave de tes fils et de tes filles blanches.
Car ma tribu n'est plus, et ses dernières branches
Sont mortes. Les Hurons, cette nuit, ont scalpé
Mes frères ; mon mari ne s'est point échappé ;
Nos hameaux sont brûlés comme aussi la prairie.
J'ai sauvé mes deux fils à travers la tuerie ;
Je n'ai plus de hamac, je n'ai plus de maïs.
Je n'ai plus de parents, je n'ai plus de pays. »
— Elle dit sans pleurer et sur le seuil se pose. Sans que sa ferme voix ajoute aucune chose.
Le maître, d'un regard intelligent, humain. Interroge sa femme en lui serrant la main. « Ma sœur, dit-il ensuite, entre dans ma famille ; Tes pères ne sont plus ; que leur dernière fille
Soit sous mon toit solide accueillie, et chez moi
Tes enfants grandiront innocents comme toi ;
Ils apprendront de nous, travailleurs, que la terre
Est sacrée et confère un droit héréditaire
A celui qui la sert de son bras endurci.
Caïn le laboureur a sa revanche ici,
Et le chasseur Abel va, dans ses forêts vides,
Voir errer et mourir ses familles livides, i
Comme des loups perdus qui se mordent entre eux,
Aveuglés par la rage, affamés, malheureux.
Sauvages animaux sans but, sans loi, sans âme.
Pour avoir dédaigné le Travail et la Femme.
0 Hommes à la peau rouge ! Enfants, qu'avez- vous fait?
Dans l'air d'une maison votre cœur étouffait,
Vous haïssiez la paix, l'ordre et les lois civiles
Et la sainte union des peuples dans les villes.
Et vous voilà cernés dans l'anneau grandissant.
C'est la loi qui, sur vous, s'avance en vous pressant.
La loi d'Europe est lourde, impassible et robuste ;
Mais son cercle est divin, car au centre est le Juste.
Sur les deux bords des mers vois-tu de tout côté
S'étabUr lentement cette grave beauté?
Prudente fée, elle a, dans sa marche cycUque,
Sur chacun de ses pas mis une république.
Elle dit, en fondant chaque neuve cité :
« Vous m'appelez la Loi, je suis la Liberté. »
Sur le haut des grands monts, sur toutes les collines.
De la Louisiane aux deux sœurs Carolines,
L'œil de l'Européen qui l'aime et la connaît
Sait voir planer de loin sa pique et son bonnet.
Son bonnet phrygien, cette pourpre où s'attache.
Pour abattre les bois, une puissante hache.
Moi, simple pionnier, au nom de la raison.
J'ai planté cette pique au seuil de ma maison,
Et j'ai, tout au milieu des forêts inconnues.
Avec ce fer de hache ouvert des avenues ;
Mes fils, puis, après eux, leurs fils et leurs neveux.
Faucheront tout le reste avec leurs bras nerveux.
Et la terre où je suis doit être aussi leur terre ;
Car de la sainte Loi tel est le caractère.
Qu'elle a de la Nature interprété les cris.
Tourne sur tes enfants tes grands yeux attendris, Ma sœur, et sur ton sein. — Cherche bien si la vie Y coule pour toi seule. — Es-tu donc assouvie Quand brille la santé sur ton front triomphant?
— Que dit le sein fécond de la mère à l'enfant? Que disent, en tombant des veines azurées. Que disent, en courant, les gouttes épurées?
Que dit le cœur qui bat et les pousse à grands flots?
— Ah ! le sein et le cœur, dans les divins sanglots Où les soupirs d'amour aux douleurs se confondent. Aux morsures d'enfant le cœur, le sein répondent : 0 A toi mon âme, à toi ma vie, à toi mon sang
« Qui du cœur de ma mère au fond du tien descend, « Et n'a passé par moi, par mes chastes mamelles, 0 Qu'issu du philtre pur des sources maternelles ; « Que tout ce qui fut mien soit tien, ainsi que lui ! »
« Oui ! dit la blonde Anglaise en l'interrompant. — Oui ! Répéta l'Indienne en ofiErant le breuvage De son sein nud et brun à son enfant sauvage Tandis que l'autre fils lui tendait les deux bras.
« Sois donc notre convive, avec nous tu vivras. Poursuivit le jeune homme, et peut-être chrétienne ! Un jour, ma forte loi, femme, sera la tienne. Et tu célébreras avec nous, tes amis, La fête de Noël au foyer de tes fils, a
A. OB VICMY. — rotiJSS. 11