‹ uvre poétiqueChapitre 40 sur 54 · LA COLÈRE DE SAMSON · texte numérisé non relu

LA COLÈRE DE SAMSON

Lui murmure le chant funèbre et douloureux Prononcé dans la gorge avec des mots hébreux. Elle ne comprend pas la parole étrangère. Mais le chant verse un somme en sa tête légère.

« Une lutte éternelle en tout temps, en tout lieu, Se livre sur la terre, en présence de Dieu, Entre la bonté d'Homme et la ruse de Femme, Car la femme est un être impur de corps et d'âme.

<i L'Homme a toujours besoin de caresse et d'amour.

Sa mère l'en abreuve alors qu'il vient au jour,

Et ce bras le premier l'engourdit, le balance

Et lui donne un désir d'amour et d'indolence.

Troublé dans l'action, troublé dans le dessein.

Il rêvera partout à la chaleur du sein.

Aux chansons de la nuit, aux baisers de l'aurore,

A la lèvre de feu que sa lèvre dévore.

Aux cheveux dénoués qui roulent sur son front.

Et les regrets du lit, en marchant, le suivront.

Il ira dans la ville, et, là, les vierges folles

Le prendront dans leurs lacs aux premières paroles.

Plus fort il sera né, mieux il sera vaincu.

Car plus le fleuve est grand et plus il est ému.

Quand le combat que Dieu fit pour la créature

Et contre son semblable et contre la nature

Force l'Homme à chercher un sein où reposer.

Quand ses yeux sont en pleurs, il lui faut un baiser.

Mais il n'a pas encor fini toute sa tâche :

Vient un autre combat plus secret, traître et lâche ;

Sous son bras, sur son cœur se hvre celui-là ;

Et, plus ou moins, la Femme est toujours Dalila.

a Elle rit et triomphe ; en sa froideur savante.

Au milieu de ses soeurs elle attend et se vante

De ne rien éprouver des atteintes du feu.

A sa plus belle amie elle en a fait l'aveu :

Elle se fait aimer sans aimer elle-même ;

Un maître lui fait peur. C'est le plaisir qu'elle aime ;

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L'Homme est rude et le prend sans savoir le donner. Un sacrifice illustre et fait pour étonner Rehausse mieux que l'or, aux yeux de ses pareilles, La beauté qui produit tant d'étranges merveilles Et d'un sang précieux sait arroser ses pas.

— Donc, ce que j'ai voulu, Seigneur, n'existe pas ! • Celle à qui va l'amour et de qui vient la vie, CeUe-là, par orgueil, se fait notre ennemie.

La Femme est, à présent, pire que dans ces temps

Où, voyant les humains, Dieu dit : « Je me repens ! »

Bientôt, se retirant dans un liideux royaume,

La Femme aura Gomorrhe et l'Homme aura Sodome ;

Et, se jetant, de loin, un regard irrité,

Les deux sexes mourront chacun de son côté.

« Étemel ! Dieu des forts ! vous savez que mon âme N'avait pour aliment que l'amour d'une femme. Puisant dans l'amour seul plus de sainte vigueur Que mes cheveux divins n'en donnaient à mon coeur,

— Jugez-nous. — La voilà sur mes pieds endormie. Trois fois elle a vendu mes secrets et ma vie,

Et trois fois a versé des pleurs fallacieux Qui n'ont pu me cacher la rage de ses-yeux ; Honteuse qu'elle était plus encor qu'étonnée De se voir découverte ensemble et pardonnée ; Car la bonté de l'Homme est forte, et sa douceur Écrase, en l'absolvant, l'être faible et menteur.

« Mais enfin je suis las. J'ai l'âme si pesante.

Que mon corps gigantesque et ma tête puissante

Qui soutiennent le poids des colonnes d'airain

Ne la peuvent porter avec tout son chagrin.

Toujours voir serpenter la vipère dorée

Qui se traîne en sa fange et s'y croit ignorée ;

'Toujours ce compagnon dont le cœur n'est pas sûr,

La Femme, enfant malade et douze fois impur I

Toujours mettre sa force à garder sa colère

Dans son cœur offensé, comme en un sanctuaire

D'où le feu s'échappant irait tout dévorer ;

Interdire à ses yeux de voir ou de pleurer,

C'est trop ! Dieu, s'il le veut, peut balayer ma cendre.

J'ai donné mon secret, Dalila va le vendre.

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