LA COLÈRE DE SAMSON — 1G
Qu'ils seront beaux les pieds de celui qui viendra
Pour m 'annoncer la mort ! — Ce qui sera, sera ! »
Il dit et s'endormit près d'elle jusqu'à l'heure
Où les guerriers, tremblant d'être dans sa demeure,
Payant au poids de l'or chacun de ses cheveux.
Attachèrent ses mains et brûlèrent ses yeux.
Le traînèrent sanglant et chargé d'une chaîne
Que douze grands taureaux ne tiraient qu'avec peine.
Le placèrent debout, silencieusement.
Devant Dagon, leur Dieu, qui gémit sourdement
Et deux fois, en tournant, recula sur sa base
Et fit pâlir deux fois ses prêtres en extase.
Allumèrent l'encens, dressèrent un festin
Dont le bruit s'étendait du mont le plus lointain ;
Et près de la génisse aux pieds du Dieu tuée
Placèrent Dahla, pâle prostituée.
Couronnée, adorée et reine du repas.
Mais tremblante et disant : Il ne me verra pas !
Terre et ciel ! avez-vous tressailli d'allégresse Lorsque vous avez vu la menteuse maîtresse Suivre d'un œil hagard les yeux tachés de sang Qui cherchaient le soleil d'un regard impuissant? Et quand enfin Samson, secouant les colonnes Qui faisaient le soutien des immenses Pylônes, Écrasa d'un seul coup, sous les débris mortels. Ses trois mille ennemis, leurs dieux et leurs autels?
Terre et ciel ! punissez par de telles justices La trahison ourdie en des amours factices. Et la délation du secret de nos cœurs Arraché dans nos bras par des baisers menteurs.
Écrit à SiiaviugtoQ (Angleterre), 7 avril 1839.