ACTE II, SCÈNE IV. i
J’en conviens, j’ai peut-être , en voyant leurs malheurs , Un peu trop oublié mes besoins pour les leurs.
Est-ce tort ou raison Qui pourra le décide.
Mais tout enfin , tout s’est arrangé de façon Que, lorsqu’il s’est agi de payer ma rançon.
Mon coffre-fort s’est trouvé vide.
Ceci tourne, après tout, au profit de l’état,
Puisqu’une imprévoyance utile Avec la rancon’d’un soldat En a racheté plus de mille.
CLÉMENCE
Mon digne oncle!
Mon noble époux ’ l’a b b é.
Mon cher neveu, la France autant que nous D’un si beau procédé ne peut être charmée.
Un capitaine comme vous.
Pour elle vaut plus qu’une armée.
DU GUESCLIN
En ce cas , à ces malheureux Ma rançon appartenait toute ;
Car l’intérêt public fera pour moi , sans doute ,
Ce qu’il n’aurait pas fait pour eux.
D’ailleurs sommes-nous sans ressource ?
Ne nous reste-t-il pas des chevaux, des bijoux?
Ce que je possède est à vous ;
Mais mon écrin n’est pas plus plein que votre bourse.
DU GUESGLIN.
Diable !
LA DAME DU GUESGLIN
Le bon exemple est parfois dangereux ;
Et depuis quelques jours oes ornements futiles,
Grâce aux soins d’Issacar, devenus plus utiles,
Ont été secourir nos amis malheureux.
T ai fait de mon côté tout comme vous du vôtre.
ISSACAR
Le bon ménage !
Epoux vraiment faits l’un pour l’autre!
DU GUESGLIN.
Maître Issacar, pourquoi tant de discrétion?
ISSACAR
C’est ime des vertus de ma profession.
LA DAME DU GUESGLIN
Blâmeriez-vous l’emploi... ?
DU GUESGLIN.
Moi, vous blâmer! non certe.
En ce fait, comme en tout, je n’ai qu’à vous louer, Tiphaine; cependant, il le faut avouer.
J’avais certains projets que ceci déconcerte.
Je vous conçois , Bertrand , et vois quel est mon tort. Devais-je me presser si fort?...