ACTE II, SCÈNE VIL
PHROSINE
Hélas! la destinée Se rit de ma parole et de nos vains projets ;
Et je n’ai plus que les regrets De te l’avoir en vain donnée.
MÉLino RE.
Va , nos projets n’auront pas été vains Si tu veux tenir ta promesse.
On peut tout quand on aime ; et dans cette détresse Notre sort tout entier est encore en nos mains.
PHROSINE
Jule de sa présence à toute heure m’assiège j Par lui tous mes pas sont suivis.
Qu’espères-tu
MÉLIDORE
Le ciel , qui nous a réunis ,
M’inspire comme il te protège.
Je veux de ta prison tenter encor l’accès.
Instruit par nos mésaventures ,
Je prendrai de telles mesures Que nous pouvons croire au succès.
Dès aujourd’hui , sans tarder davantage...
Comment sortirais-tu de cette île sauvage Il n’est sur ce rocher d’autre habitant que toi.
Le voyageur avec effroi Aperçut toujours cette plage;
Le prudent pilote la fuit;
296 PHROSINE ET MELIDOUE.
Et l'on ii’y fut jamais conduit Que par l’amour ou le naufrage.
MÉLIDORE
L’amour m’y conduisit, l’amour doit m’en tirer;
C’est lui qui vient de m’inspirer L’audacieux projet où mon espoir se fonde.
Maître de l’univers, il est maître de l’onde. Léandre, oubliant Abÿdos,
A travers la vague écumante.
Sur les rivages de Sestos,
Allait retrouver son amante.
Si pour l’insensibilité Ce récit paraît incroyable ,
Justifions la vérité.
Ou réalisons une fable :
L’amour me soumettra les flots De cette mer tranquille ou courroucée.
Cette nuit ton amant aura franchi ces eaux Que, le jour, franchit sa pensée.
Ah! tant d’amour doit l’emporter.
De vains ménagements me rendraient-ils parjure?
Non, non; c’est trop les écouter.
Ils n’ont pas triomphé d’une flamme aussi pure ; Mais ce que tu conçus je veux l’exécuter.
MÉLIDORE
Phrosine , à mon amour tu ferais cette injure !