SCÈNE I
GOMEZ, L’AMBASSADEUR, conseillers, l'ambassadeü R.
J’y suis enfin ! Agents courageux et prudents ,
Des projets de Philippe aujourd’hui confidents , Serviteurs d’un grand roi , rendons-lui l’héritage Qui d’un sujet rebelle est encor le partage ;
Et , par l'adresse enfin , sachons nous ressaisir D’un bien que la valeur n’a pu lui conquérir.
Voici l’instant d’agir, agissons; mais ensemble.
Tandis qu’au grand conseil, qui déjà se rassemble. Les traités captieux , par ma voix exposés ,
Vont armer de nouveau les partis opposés ,
Parlez aux citoyens , rallumez dans la ville Les brandons mal éteints de la guerre civile.
Je me trompe , ou Nassau , dans son aveuglement ,
Lui-même a préparé le grand événement
Qui doit à sa fortune aujourd’hui mettre un terme.
Que d’ennemis nouve.iux chez lui-même il enferme ! Sous ses pieds imprudents que de pièges tendus ! Que de glaives mortels sur son front suspendus ! Partout la multitude, ingrate envers la gloire,
Est contre les héros toujours prête à tout croire. Publiez qu’à Philippe il a vendu ses soins ;
Citez le jour , le prix , les garants , les témoins ; Ajoutez que du nœud qui déjà les engage Son fils que je ramène est la preuve et le gage. Ressuscitez des grands les soupçons endormis.
Dans le cœur, je le sais, ils sont ses ennemis;
C’est pour eux un égal qui , fatigué de l’être ,
Pour occuper sa place a renversé son maître : Accréditons l’erreur: rien n’est à dédaigner; Trompons pour diviser, divisons pour régner.
Le droit n’est qu’un vain mot si l’art ne le seconde ; Plus que lui l’imposture a gouverné le monde.
Des pouvoirs que Nassau réunit en scs mains ■ Inquiétons surtout les vrais républicains ;
Ils ont de l’injustice une telle habitude Que leur estime même est de l’ingratitude.
Qu’enflammé cependant par de pieux discours ,
Le fanatisme aussi nous prête des secours.
C’est là surtout ma tâche : accomplissez la vôtre. D’un péril s’il échappe , entraîné dans un autre ,
Que Nassau tombe avant d’avoir pu deviner D’où partira le coup qui doit l'assassiner.
Allez.