ACTE II, SCENE II
Ce zèle dévorant dont vous ne brûlez plus.
Et cependant quel prix aurait été le votre !
Les honneurs dans ce monde et le bonheur dans l’autre. Le pieux attentat qui n’est pas accompli Sur terre eût illustré votre sang anobli ;
Et, dans les deux rouverts à votre heureuse audace. Dans la sainte milice il marquait votre place.
Mais, d’un crime réel à demi repentant.
Vous fuyez le martyre, et l’enfer vous attend.
GERR ARn.
Oui , rien n’effacera mes erreurs criminelles :
Je le sens , j’appartiens aux flammes éternelles.
J'y pouvais échapper si Dieu , dans sa bonté ,
M’avait donné la force avec la volonté.
Mais , tout prêt d’accomplir im acte magnanime ,
Je frémis , j’en conviens , comme on frémit d’un crime. Je ne rétracte pas un saint engagement ;
Mais vous , ne pouvez-vous me rendre mon serment ?
Si ce n’est pour Nassau, pour moi plus charitable. Tirez-moi du suppliée affreux, insupportable.
Où me jette un devoir qui m’oblige à trahir,
A poignarder im cœur que je ne puis haïr ;
Un héros que je plains , que j’aimerais peut-être ,
Si, moins fidèle à Dieu, j’honorais moins mon maître. Dieu de mes longs tourments n’aura-t-il pas pitié i.’ambassadeur.
Vous n’êtes, je le vois, perverti qu’à moitié:
Vous frapperiez encor s’il était nécessaire.
gerhard.
Puisse Dieu se choisir un plus digne émissaire !
( n veut sortir. )
l’ambassadeur.
Où courea-vous ?
GERRARD
Je cours , en mon trouble mortel , Consulter Dieu lui-même au pied du saint autel. l'ambassadeur.
Nassau, que vous plaignez, vous ferme ce refuge.
Mais partout Dieu nous voit, nous entend et nous juge; Vous pouvez l’implorer sans aller loin d’ici :
Un cœur soumis et simple est son autel aussi.
Espérez toutefois. Dieu n’est pas implacable.
Le juste l’a souvent fléchi pour le coupable.
Si vos pleurs l’ont touché , Nassau même aujourd’hui , Oui , Nassau peut trouver grâce encor devant lui.
GERRARD
Quoi !
l’ambassadeur.
Sachez... Mais on vient , sortez en diligence ;
Et gardez le secret de notre intelligence.