LA TEMPÊTE
CANTATE
Vois-tu ce nuage s’étendre Et nous envelopper des ombres de la nuit ?
Le jour s’éteint; la foudre luit,
Et le tonnerre au loin se fait entendre.
Vois-tu l’onde agitée écunier et blanchir.^
L’incertain élément, que de sa douce haleine Caressait et ridait à peine Le propice et léger Zéphyr ,
En proie aux aquilons, se trouble et se soulève;
Prêt à nous écraser, prêt à nous engloutir.
Il se creuse en vallons, en montagne il s’élève.
Et parmi les flots entr’ ouverts Nous montre notre tombe au fond des vastes mers. La mort est sous nos pieds , la mort est sur nos têtes. Entends-tu les vagues mugir Entends-tu les autans rugir ?
Entends-tu gronder les tempêtes ?
Hélas ! si près du port ,
Victime du naufrage ,
Victime de la mort.
J'aurais vu le rivage
POÉSIES LYRIQUES. /jog
Pour sentir davantage La rigueur de mon sort!
J’entrevoyais l’asile de mon père ,
Le doux pays où je reçus le jour,
Le temple antique où les pleurs d’une mère Sans cesse aux dieux demandent mon retour;
Et , le cœur ivre et d’espoir et d’amour, J’apercevais le toit de ma bergère.
Hélas! si près du port, etc.
A son ami, qu’il serrait dans ses bras.
Des dieux accusant la justice.
Ainsi parlait l’infortuné Lycas ,
Que loin de sa bergère , en de brûlants climats Avait entraîné l’avarice.
Il invoque Neptune, il invoque l’Amour:
L’Amour, qu'il dédaigna, le dédaigne à son tour. Lycas , n’espère pas que ta voix le fléchisse.
Les vents ont dispersé tes cris ,
Ainsi que de la nef fragile et vagabonde Ils ont dispersé les débris Sur les vastes plaines de l’onde.
La tempête redouble , et le maître des mers ,
De son trident ébranlant l’univers,
Semble être aussi celui du monde.
Les feux dévorants ,
4io POÉSIES LYRIQUES.
Les flots se confondent;
Portés sur les vents Les tonnerres grondent.
Aux cris des mourants Les échos répondent.
Tout cède aux efforts De l’onde écumante.
Sur ses vains ressorts La terre est tremblante;
Et le dieu des morts Connaît l’épouvante.
Mais enfin par degrés le ciel s’est éclairci ;
Des flots calmés mes yeux mesurent la surface ;
Et du vaisseau par l’abîme englouti L’immobile Océan ne m’offre aucune trace.
L’infortuné Lycas, dévoré parles flots, Reconnaît en mourant son erreur, qu’il expie.
Pour la fortune il perdit le repos,
Il perdit le bonheur; il perd enfin la vie.
L’amour permet de voyager.
Mais c’est de bocage en bocage.
Que t’importe un ciel étranger.^
Le bonheur est sur ton rivage.
Que l’insensé brave les vents :
Du port contemple les orages ;
C’est le sort des heureux amants :
Les heureux amants sont les sages.
L’audacieux qui le premier,
Dans une jiacelle légère ,
Aux flots osa se confier,
N’ahandonnait pas sa bergère.
L’amour permet de voyager, etc.