ACTE III, SCENE. I
MAURICE
Il l’est. Ce que le canip propose, il le commande;
Et, dès long-temps, lassé de tant de changements.
Le peuple de l’année a tous les sentiments :
Toujours des étrangers! manquons-nous de grands hommes Et, des héros nourris par la terre ou nous sommes.
Qui la protégerait d’un bras mieux affermi.
Que mon auguste père et votre illustre ami ?
Donnons-lui donc le rang, donnons-lui donc les titres Qu’ont de notre destin reçus tous les arbitres ;
N’armons pas une main qui doit nous protéger.
D’un glaive moins tranchant, d’un sceptre plus léger Que celui dont Valois, tyran sans diadème.
Par nous s’est vu naguère armé contre nous-même ,
Et songeons qu’au plus juste en confiant son sort ,
L’état pour protecteur prend en lui le plus fort.
SAINTE-ALDEGOKDE.
Tel est mon sentiment; et tel sera, je pense.
Celui des vrais amis de notre indépendance 1 Est -ce pour abroger un utile pouvoir ?
Non, c’est pour rappeler Philippe à son devoir Que le cri général quinze ans s’est fait entendre Altérant le pouvoir en cherchant à l’étendre ,
Philippe l’eût detrvtt ; sachons le conserver :
Philippe eût tout perdu , Nassau va tout sauver.
MAURICE
N’en doutez pas : je cours, sans tarder davantage ,
Du peuple à nos projets assurer le suffrage.
Si les vœux des soldats sont appuyés des siens, Comptons sur le succès. Des premiers citoyens ,
A quelque fonction que leur droit les appelle ,
Vous , courez cependant encourager le zèle.
Bameveldt les conduit : sans trop se hasarder ,
On peut lui confier...
SAINTE-AI. DEGOND E.
Il faut bien s’en garder.
MAURICE
Comme vous n’est-il pas tout à mon père ?
SAINTE-AUDEGONDE.
Il l’aime
Plus que son propre sang , plus encor que lui-même, Plus que tout , mais non pas tant que la liberté ;
De son sentier jamais il ne s’est écarté.
Avec de tels esprits ce n’est que par surprise Qu’on peut mener à bout une telle entreprise.
J’ai des agents plus sûrs. Cachons à d’autres yeux Un but dont les fureurs de tant d’ambitieux,
Et même des vertus qu’aujourd’hui je redoute ,
A nos efforts bientôt sauraient fermer la route.
Et par quelque indiscret, sorti des murs d’Anvers, Puissent tous ces projets n’être pas découverts Avant que le succès... J’entends duîmiit... Silence. Séparons-nous. Je vois Bameveldt qui s’avance.