‹ ŒuvresChapitre 37 sur 241 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Si la paix de la terre enfin ne nous oblige A croire au changement qu’atteste un tel prodige, J’affirme que Philippe est, malgré ses discours.

Ce qu’il fut de tout temps, ce qu’il sera toujours,

Un tyran à la fois fier et pusillanime Qui, vantant la justice en commandant le crime.

Et parfois traître même à son propre intérêt,

Des talents qu’il n’a pas persécuteur secret.

Au rang des grands forfaits place les grands services, Et punit les vertus plus souvent que les vices.

Pour son orgueil , instruit à ne rien épargner, Gouverner c’est proscrire, opprimer c’est régner;

Et tout roi doit compter parmi ses privilèges La fraude, le parjure et tous les sacrilèges;

* Et dans la profondeur de son palais désert,

* A ses complices même avec peine entr’ ouvert ,

* Et d’où, comme chez lui, sa fureur insensée

* Chez nous prétend régner jusque sur la pensée,

* Si je ne l’entends pas à ses nobles bourreaux

* Dicter ou des arrêts ou des forfaits nouveaux,

* Je le vols, effrayé des horreurs qu’il médite,

* Je le vois assailli des tourments qu’il mérite;

* S’agitant, sans pourtant pouvoir s’en garantir,

* Sous le poids du remords, mais non du repentir,

* A la religion, que cet espoir blasphème ,

* Demander en sa crainte appui contre lui-même ;

* Aux pieds d’un prêtre obscur, son tyran désormais,

* Acheter un pardon qu’il n’accorda jamais ,

* Et livrer , en rachat de son âme exécrée ,

* Ses sujets aux bûchers de la terreur sacrée.

Et sur sa foi royale on s’en reposerait!

Insensé mille fois celui qui l’oserait.

Pour lui , de l’avenir inutile interprète ,

Le passé se tait donc, la tombe est donc muette.

De ses flancs échappés ces proscrits que je vois , D’Egmont lui-même en vain élève donc la voix ’ ' ! Entendez-la : « Sénat, en mon espoir frivole,

« De Philippe, dit-11, j’en ai cru la parole.

« Vois ma famille en pleurs ; vois mon épouse en deuil « Vois ma sentence écrite encor sur mon cercueil.

« Le pacte qu’à conclure aussi tu te disposes « N’est pas moins sanglant : lis, et conclus si tu l’oses. Ah ! plutôt à travers leurs remparts entrouverts , Envahissant nos champs qu’il a jadis couverts , Vissions-nous l’océan ressaisir la patrie Que sur les flots jaloux conquit notre industrie !

Nul pacte avec Philippe.

l’a mbassadeur.

Un tel emportement Ne saurait du conseil avoir l’assentiment.

En jurant à Philippe une haine implacable ,

Il sait qu’envers le peuple il se rendrait coupable Du retour des malheurs qu’on pourrait prévenir,

Et qu’en lettres de sang vous prédit l’avenir ,

Il sait qu’enfin mon roi , dans une paix profoi\de , Souverain absolu de la moitié du monde.

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