ACTE III, SCÈNE IV
Du poids de son pouvoir , qu’il songe à rassembler , Désormais à loisir pourrait vous accabler.
Philippe eut des erreurs : mais quel roi ne s’égare Philippe eut des erreurs: mais quand il les répare, Quand d’un peuple qu’il aime il veut se rapprocher. Est-ce bien le moment de lui rien reprocher.^
Vous n’aurez pas ce tort. Non, le temps et la haine N’ont pas encor brisé cette invisible chaîne Qui , malgré leurs discords , de ses anneaux d’airain , Lie en secret un peuple à son vrai souverain.
Vous n’aurez pas ce tort: j’en prends à témoignage C^es nobles écussons, cette royale image.
Et ce sceau dont l’empreinte à votre autorité Prête encor tous les droits de la fidélité.
A leur aspect le doute en mon cœur se dissipe.
Ils répondent pour vous...
GIJILLAUMF. , vivement.
Nul pacte avec Philippe !
A ses discours trompeurs, seigneurs, si vous cédiez,
Y gagneriez- vous rien que vous ne possédiez.
Rien que n’ait à vos droits rendu votre courage Amis, si le tyran change enfin de langage, , Croyez-moi, c’est qu’enfin, jugeant mieux des objets. Il pressent la grandeur de ses anciens sujets ;
Mais, loin tle rien vous rendre, il veut tout vous reprendre; Tout , jusqu’à l’avenir où vous pouvez prétendre.
Sur l’océan, d’où l’ônt exilé les revers.
Un empire fiottait entre deux univers :
En fuyant l’esclavage à travers la tempête ,
Votre intrépide audace en a fait la concpiête,
Et déjà vous promet des amis , des vassaux Partout où la fortune a poussé vos vaisseaux :
C’est ce qu’à vous ravir en secret il aspire;
Des mers sa politique ici poursuit l’empire ,
Et par de faux bienfaits s’efforce d’acquérir Les biens que sa rigueur vous a fait conquérir.
Mais vous la déjouerez sa perfide espérance ;
En ses traités d’ailleurs peut-on prendre assurance ? Son intérêt lui seul les brise ou les prescrit.
Devant Dieu, sur l’autel, ne fut-il pas écrit Le traité trois fois saint dont la longue durée Par Philippe et par nous avait été jurée Ressaisis de nos droits , nous saurons les garder.
Si Philippe à combattre ose se hasarder,
Au fond de nos marais, avec Dieu seul pour aide , Nous l’attendrons encor sous les remparts de Leyde. L’Espagnol y campa : des ossements blanchis ,
Voilà tout ce qui reste en nos champs affranchis De ces tyrans pour nous plus cruels que les ondes , De ces tyrans , soldats du tyran des deux mondes. Nul pacte avec Philippe.
i.’a, mbassadkur.
Arrêtez ; et pensez
Au courage espagnol qu’ici vous offensez.
Trois fois à votre race il fut déjà funeste.