ACTE IV, SCÈNE I
Qu’au fils de Charles-Quint vous avez retirés ;
Et des malheurs sur vous , par vous-nième attirés ,
Le plus prompt , le plus grand , ainsi que le plus juste , C’est de voir votre égal , assis au rang auguste Dont vous déshéritez les Hapsbourg ’’ , les Valois , Proclamer l’état libre en renversant ses lois.
BRÉDÉKODE.
Mais quelle preuve enfin... ?
l’ambassadeur.
Cet écrit vous la donne.
Il vient du camp.
BARNEVELDT
Donnez.
l’ambassadeur.
Ce projet vous étonne.
A quel autre intérêt prêter les attentats De ces réformateurs sitôt rois des états Qu’ils juraient d’affranchir jusque dans leur essence Sans la régénérer déplaçant la puissance ,
Que font-ils qu’attirer en de moins dignes mains Le droit mieux affermi d’opprimer les humains Guillaume eut de tout temps ce projet : il l’achève.
ROUBAIS.
Au-dessus de la loi l’imprudent qui s’élève,
Hors de la loi lui-même à l’instant s’est placé.
Qu’il tremble !
BRÉDÉRODE.
Tout courage en nous n’est pas glacé.
Qu’il m’arrache la vie , ou bien qu’il se souvienne Qu’au faîte du pouvoir César perdit la sienne.
B ARNEVELDT.
Meure comme César quiconque en ses projets Dans ses concitoyens ose voir ses sujets !
J’ai secondé Nassau ; je l’admire , je l'aime :
Mais s’il pensait ainsi , meure Nassau lui-méme !
Quoi ! la soif du pouvoir , l’amour de la grandeur,
De sa belle âme auraient corrompu la candeur !
Ses vertus ne seraient que des vertus factices ,
Et sa simplicité qu’un tissu d’artifices !
Par ses exploits il faut compter ses attentats !
Quoi ! Nassau, descendant au rang des potentats,
Sur son front dégradé poserait la couronne !
S’il se pouvait !... C’est peu qu’à l’instant j’abandonne Un ami que mon cœur ne peut plus estimer;
Pour le punir , ainsi que pour le réprimer.
Si la rigueur des lois , toujours insuffisante ,
N’oppose à ses forfaits qu’une hache impuissante.
Je permets au poignard de nous rendre des droits Qu’en vain nous ii’avons pas reconquis sur les rois , Cent fois moins criminels, à mon avis, qu’un traître. Qui se dit mon égal en se faisant mon maître.
( Ils sortent. )