ACTE IV, SCÈNE III
De désespoir faut-il que j’expire à vos pieds ?
l’aM b ASS adeu b.
Les crimes avoués ne sont pas expiés.
GERR ARD.
Dieu fait miséricorde.
l’ambassadeur.
Oui, Dieu, par indulgence, Peut dans le repentir trouver la pénitence ,
Quand sa grâce au pécheur n’a pas offert l’instant D’effacer son forfait par un acte éclatant.
Mais cette occasion sans cesse il vous la donne,» Gerrard , et vous voulez que le ciel vous pardonne ? G E R R A R D.
Hélas !
l’a mbassadeur.
Le sang d’un prêtre a rougi votre main :
Vous absoudre n’est pas au pouvoir d’un humain. Dans le sang infidèle effaçant un tel crime,
Autrefois vos aïeux sous les murs de Solime,
De leurs biens à l’église ayant fait abandon ,
Auraient été chercher la mort ou le pardon.
GERRARD
Ce que Dieu m’a donné. Dieu peut me le reprendre,* Et mes biens et mon sang j’aspire à tout lui rendre ; Mais, contre l’infidèle oppresseur du saint lieu,
Que peut mon faible bras pour la cause de Dieu? l’ambassadeur.
Ne peut-on le servir qu’aux bords de l’Idumée?
Si d’une ardente foi votre âme est consumée ,
Pour le prouver faut-il vous éloigner d’ici ?
Gerrard , tout apostat est infidèle aussi.
Nassau ne l’est-il pas.i* Dieu jamais ne pardonne A l’ingrat qui connut son culte et l’abandonne.
GERRARD
Les égards qu’il accorde aux sentiments d’autrui , Nassau ne peut-il pas les réclamer pour lui S’il méconnaît les droits du prince des apôtres ,
A ses erreurs du moins n’astreint-il pas les autres. Plaignons-le , gémissons sur son triste avenir,
Sans disputer à Dieu le droit de le punir.
l’am bassadeur.
Pour la cause de Dieu voilà donc votre zèle ?
C’est ainsi qu’à sa loi vous vous montrez fidèle !
Au lieu de l’arracher , d’une imprudente main Cultivez donc l’ivraie au milieu du bon grain Comme l’herbe maudite , à l’éternelle flamme ,
Pécheur impénitent, j’abandonne votre âme.
Je ne vous ferme plus l’abîme où vous roulez : Perdez-vous à jamais puisque vous le voulez.
GE RRARD.
De son doigt redoutable autrefois Dieu lui-même Marquait le réprouvé du sceau de l’anathème :
Pour tel comment Guillaume à mon bras indigné Par le pontife encor n’est-il pas désigné ?
Qu’au moins sa voix me guide en cette horrible route. Incité par la foi, retenu par le doute,