ACTE II, SCÈNE II
Je pourrais me montrer.
CLÉMENCE
Dieu nous fasse la grâce De détourner de nous un seml>lable malheur !
l’abbé.
Doutez-vous...
LA DAME DO GUESCLIN
De votre valeur ?
En elle nous avons entière confiance.
Mais votre force...
l’abbé.
Elle est dans mon expérience.
Ne suis-je pas un vieux routier?
N’ai-je pas combattu sous les murs de Poitier '“?
J’y fus pris comme un autre.
CLÉMENCE
En cette circonstance ,
Vous pourriez courir même chance.
l’abbé.
Va, tu n’y connais rien : un assaut, mon enfant,
Diffère un peu d’une bataille.
On voit du moins venir du haut de la muraille Ceux contre qui l’on se défend ;
Avec loyauté tout s’y passe.
L’on n’est pas exposé, comme on l’est en plein champ, A se voir battre en queue, en flanc,
A l’instant où l’on bat en face.
Cause de mes malheurs, je ne puis le nier.
Dans ce jour si funeste à la valeur guerrière ,
Où je me suis vu prisonnier,
Pour n'avoir jamais su regarder en arrière.
Respectant votre bras ainsi que votre cœur,
Cher oncle, aujourd'hui quand votre âge Vous laisserait une vigueur Mesurée à votre courage.
Que feriez-vous ? Hélas ! la fleur de nos guerriers Suivit mon noble époux dans ces champs meurtriers, A Charles de Blois si funestes '
Des enfants, des vieillards, quelques estropiés.
Braves , ainsi que vous chancelants sur leurs pieds ,
De notre garnison voilà les tristes restes.
Notre Bertrand lui-même, il faut en convenir,
Avec si peu de monde aurait peine à tenir Dans un château pareil au nôtre.
l’abbé.
Qu’en sa garde ainsi donc Dieu nous tienne aujourd’hui ; Car ce que Bertrand croit difficile pour lui Est impossible pour un autre.
Ah ! quand reviendra-t-il
CLÉMENCE
Ce soir, assurément.
l’abbé.
Tu le crois ?
Et comment le saurais-tu