‹ uvres badines et galantes du comte de CaylusChapitre 11 sur 41 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Madame Rognon^ Madame Cotteret^ Margot.

Madame rognon, parlant du nez.

Tiens, ma nièce, voilà nn beau morcau de mou que je t'apporte pour ton dîné.

Madame cotteret.

Du moU, commère Rognon ! ça n'est bon que pour les chats ; je ne m'étonne pas si elle étoit si lasse d'en manger.

Madame rognon.

Tredame ! voulez-vous pas qu'elle fait de la soupe tous les jours r si bien que vous vlà jabotant, jasant comme des pies borgnes ; car pour l'ouvrage, on vous en souhaite, ça ne vous fîcheroit pas un point.

Madame cotteret.

Ah ! commère, vous ne devez pas gronder pour ce qui est de l'ouvrage, vous en trouverez assez de fait.

Madame rognon.

Tant mieux. Eh bien, il en faut faire encore.

Madame cotteret.

Tuchou ! comme vous y allez ! oh dame ! elle a beau vouloir, elle nen peut pas faire davantage, vous dit-on.

Madame rognon.

Mon Dieu, notre commère Cotteret, vous êtes trop bonne quand vous n'êtes pas soûle ; vous gâtez ste jeunesse, elle vous est paresseuse ; c'étoit moi qu'il falloit voir à st'âge-là, je travaillois, moi, drès les quatre heures toujours chantant.

MARGOT

Vous savez bien, ma tante, que je ne suis pas paresseuse de ne rien faire.

Madame rognon.

Ce seroit bon lanière, je voudrois bien voir ça, ça je voudrois bien voir.

Madame cotteret.

Oh ça, madame Rognon, il ne faut pas tant de beurre pour faire un quarteron ; il s'agit d'aller à la noce.

LE PORTEUR D'IAU ng

Madame rognon.

Bon, bon, à la noce ! ça étoit bon autrefois ; dame ! y falloit m'y voir par derrière et par devant ; jenesavois à qui entendre, j'avois toujours de franches lippées. Oh ! c'étoit le bon temps, on s'enivroit pour ses six sous ; à présent ce n'est pu ça, si je n'avois pas toujours le mot pour agacer ces garçons, y faudroit voir faire les autres, et ça est bien triste : mais votre homme n'est pas mort, madame Cotteret ; je l'ai dévisagé hier, si je n'ai la berlue.

Madame cotteret.

Mon mari, il est plein de vie.

Madame rognon.

Je ne sais pas pour aujourd'hui, mais pour hier il étoit plein de vin ; ça se soûle, ces vilains hommes, que c'est une bénédiction ! Eh bien donc, la noce à qui, voulez-vous dire ?

Pardi ! celle de votre nièce Margot,

Madame rognon.

Ma nièce, ma nièce Margot ! qui voudroit s'embâter de ces oison ?

Madame cotteret.

Qui ? ah pardi ! tous ceux qui la voudront ne l'auront pas ; demeurez ici, je suis bien trompée si vous n'allez voir beau jeu, donnez tant seulement votre consentement.

Madame rognon.

Mon consentement : ça est bientôt dit, ça se donne comme ça, mon consentement ! et qu'est-ce qui m'en reviendra. Quand je l'aurai donné ce consentement, en serai-je plus grasse ? mais encore faut-il savoir à qui.

Madame cotteret.

Au premier qui en voudra.

Madame rognon.

Comment donc, ma commère ! comment l'entendez-vous ? pour qui nous prenez-vous r j'ons du cœur et de l'honneur.

Madame cotteret.

Je savons ce que Je savons, et si je ne sommes pas marchand de savon, commère Rognon. Regardez plutôt ; dame, ça se voit sans lunettes, ça ! (lui 7nontrant le "Centre de Margot).

Madame rognon.

Voyez un peu st'insolente, st'impudente ! n'étoit le respect de ton fruit, chienne, je te rouerois de coups, je t'échinerois. Dieu me pardonne la sainte parole; mais voyez ste bégueule, ste putain, st'échappée de l'hôpital ! comment ça t'est y arrivé, malheureuse ; dis-moi ça tout-à-l'heure.

Ma tante, vous le savez bien, sans...

Madame cotteret.

Elle a raison, commère Rognon; vous n'avez pas oublié comme ça se fait.

Madame rognon.

Çamon, nenny ; mais voilà une fille déshonorée.

Madame cotteret.

Queu compte ! nous allons la marier, vous dit-on.

Madame rognon.

Oui, à Jean des Vignes ! vraiment il ne lui manquoit que ça pour être un bon parti ; elle n'avoit déjà qu'onze écus, la malheureuse ! faire de ces choses-là avant que vous avoir un mari.

MARGOT

Ma tante, ne faites point tant de la fâchée : laissez-nous faire, tant seulement.

Madame rognon.

Travailler comme ça sans chandelle et vouloir que je me taise, ça ne se peut pas ! je veux que tout le monde le sache, quand ce ne seroit que pour li faire honte !

MARGOT

Ma tante !

Madame cotteret.

Commère, je vous en prie !

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