‹ uvres badines et galantes du comte de CaylusChapitre 12 sur 41 · SCÈNE IF · texte numérisé non relu

SCÈNE IF

Chatnpagne^ Bourguignon^ Margot^ Madame Rognon^ Madame

Cotteret.

CHAMPAGNE

Ah ça, Bourguignon, poursuis ton chemin !

BOURGUIGNON

C'est moi qui te quitte, Champagne ; je veux parler à Margot.

CHAMPAGNE

Je venois pour lui parlez aussi ; allons-y donc de compagnie, il y fait bon.

BOURGUIGON.

Tu as bon nez ; on dit comme ça qu'il y a gras ; bonjour Margot.

MARGOT

Votre servante, M. Bourguignon ; y a-t-il quelque chose à reprendre r

CHAMPAGNE

Ne veux-t-on pas toujours le reprendre à une jolie fille ?

MARGOT

Vous êtes bien gracieux, M. Champagne !

BOURGUIGNON

Ah, ah ! que faites-vous donc d'un sac ? Madame rognon.

Un sac, il est bon là, queu mie mac ! il n'est que trop plein, son sac.

Margot pourquoi montrer ça comme ça ? cache-le donc, si tu puis.

bourguignon.

Ah oui, ma foi ! c'est bien cacher à qui le cul voit ; allons de franc jeu, Margot, comme à ton ordinaire. Qu'est-ce que c'est que ça r

Madame cotteret.

Ne le dites pas, au moins ; est-ce que vous ne le savez pas ? c'est un commencement de sa sussession.

Madame rognon.

Une sussession d'étrons, je gage.

CHAMPAGNE

On \ous le prendra comme autre chose, mon petit bouchon; donnez-le moi, je le me|trai avec le mien.

MARGOT

Fort peu de ça, s'il vous plaît.

Madame rognon.

A d'autres, dénicheux de maries ; c'est vrament pour son nez, il n'a qu'a s'y attendre ; donne-le moi, Margot, je te le garderai, moi.

MARGOT

Quand j'aurai reçu tout le restant, ma tante, nous verrons ça.

BOURGUIGNON

Je n'ai pas besoin du reste, moi ; je ne suis pas difficile.

Madame rognon.

Oui, la quille.

bourguignon.

A qui en avez-vous donc, notre bonne mère Rognon ? croyez-vous que ce soit la une bride à veaux r

Madame rognon.

Au diable, mal-au-dos ! vous-ôtes des avaleux de pois gris, vous autres ; vous sentez le sac ; mais ça ne se fait pas comme ça, savez-vous ?

CHAMPAGNE

C'est bien dit pour lui, je sais bien mieux faire les choses, moi ; je viens pour vous simoner, commère Rognon.

Madame Cotteret, ha$ à Margot.

Ne te l'avois-je pas dit r

bourguignon.

Comme si je ne venois pas pour ça !

Madame rognon.

Tredame ! comme vous y allez vous autres ! est-ce pour vous flageoler de moi r

CHAMPAGNE

Nenni ma foi !

bourguignon.

C'est du tout de bon, j'en jure.

Madame rognon.

J'ai beau être sa tante, je ne puis lui en faire épouser qu'un,

voyez-vous ; qu'elle choisisse celui qui lui revient le plus ; vlà tout ce que j'y fais.

CHAMPAGNE

Bon ! c'est moi.

BOURGUIGNON

Voilà qui va bien, j'en suis content ; allons Margot, touche-là.

CHAMPAGNE

Doucement, Bourguignon, c'est à moi à la toucher.

Madame rognon.

Allons donc Margot, ça est donc bien difficile d'en prendre un.

Madame cotteret.

Qui refuse muse, mon enfant.

MARGOT

Mais, ma tante, ils sont deux.

CHAMPAGNE

Pour moi, je me moque de ça ; il ne faut pas tant de beurre pour faire un quarteron, elle sera ma femme.

bourguignon.

Ta femme ! elle sera la mienne.

CHAMPAGNE

N'y a qu'un mot qui serve, elle est grosse.

bourguignon.

Et c'est justement pour ça qu'elle est à moi.

Madame rognon.

A moi, à toi ! voyez le beau venez-y-voir ! vous en avez menti tous deux ; ma nièce est honnête fille : ne suis-je pas sa tante Rognon, qui oserait dire le contraire ?

CHAMPAGNE

Allons, bonne mère, tirez-vous de-là ; laissez-nous de repos, je sais mieux ce qu'elle est que vous.

BOURGUIGNON

Celui-là n'est pas mauvais, comme si je ne le savois pas mieux que toi.

Madame rognon.

Vrament, vrament, vous me le baillez douce ! jour de Dieu, ne m'échauffez pas les oreilles ? mais voyez un peu comme ça vous parle au monde !

CHAMPAGNE

Dame, je parle, moi, comme Saint-Paul, la bouche ouverte, commère Rognon.

BOURGUIGNON

Champagne !...

Madame cotteret.

Eh, messieurs, faut-il que deux amis se battent pour ça ? tirez-moi la fille au doigt mouillé ; ce sera plutôt fait.

CHAMPAGNE

Allez au diable, madame Cotteret avec votre doigt mouillé. Madame cotteret.

Comment, chien, tu m'envoies delà l'iau! tiens Bourguignon, crois-moi, va-t-en déclarer chez M. le commissaire que l'enfant t'appartient ; nous verrons si la mère

CHAMPAGNE

Comme si je n'en allois pas faire autant ! Madame rognon.

Oui, chenapant, ma nièce n'est point gibier à commissaire, entends-tu, entendez-vous tous les deux, quand vous seriez plus d'un cent ?

BOURGUIGNON

Nous ne parlerons qu'à son clerc. Vous ne devez pas vous fâcher ; bon ! le voici qui s'en \ ient par ici.

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