‹ uvres badines et galantes du comte de CaylusChapitre 40 sur 41 · LE CAFFÉ RÉPANDU · texte numérisé non relu

LE CAFFÉ RÉPANDU

(Conte)

Je le soutiens, opinion fait tout, L'autorité la plus frivole Souvent décide notre goût.

On aime et l'on hait sur parole ; Tout devient un jeu de hazard. Et peut-être est-il plus commode De réduire tout au seul art De savoir se mettre à la mode.

Un déjeuner du même ton

Se donnoit, à chaque huitaine,

Tel que dans toute la semaine

Il n'en étoit de plus charmant, dit-on.

Là non contente d'être aimable,

La maîtresse de ce logis,

Sur la plus élégante table

Désiroit que tout fut exquis.

Elle-même avoit soin qu'un excellent cafFé, Brûlé par elle et par elle étouffé.

L'embaumât d'une façon lente.

De son odeur et douce et pénétrante.

A cette fin il étoit déposé.

Et pendant trois jours reposé

Dans un certain lieu de mystère.

Lieu secret où la propeté

Travaille pour la volupté.

Un frotteur maladroit le renverse par terre,

Le malheureux croit tout perdu, N'ignorant pas que c'est un trésor répandu.

Comment réparer ce dommage !

.Une éponge à certain usage

En certain vase se trouva.

Huit fois cette éponge abreuvée.

Autant de fois fortement exprimée,

Heureusement la liqueur remplaça.

On n'en sut rien, et, ce jour-là,

A l'ordinaire on s'assembla.

Des déjeuneurs la troupe bien choisie

A ce caffé trouva plus de saveur, C'étoit un nouvçau goût, un parfum, une odeur.

Qui tenoit fort de l'ambroisie.

Pour nen pas perdre la recette. Décidément on veut savoir

Qui rend ainsi la chose plus parfaite. Le maladroit, honnête, crut devoir

Avouer franchement de sa faute l'histoire.

Quand chacun vit qu'il venoit de la boife,

Ne sais encor ce qu'on dit à l'instant,

Mais je sais que, du coup, chacun en fît autant.

Si comme moi, connoissiez bien ma mie.

Sa fraîche bouche et sa mine jolie.

Si connoissiez encor d'autres appas. Dont ici ne parlerai pas :

Loin que ce cafiFé vous fit peine.

Voudriez comme moi puiser à la fontaine.

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