‹ uvres badines et galantes du comte de CaylusChapitre 8 sur 41 · LE COUP DE TONNERRE · texte numérisé non relu

LE COUP DE TONNERRE

Il n'y a personne dans le quartier qui n'ait entendu parler des noces de Jacqueline avec le cousin Sabot ; là, celui qui a fait tant de bruit l'an passé, parce qu'il battit le père de la femme qui ne lui vouloit pas donner, parce qu'il n'avoit pas grand chose ; et, dans le fond, le père de la fille n'étoit pas dans son tort, voyez-vous ; car, à le dire entre nous, mes commères, sans que ça nous passe, car je ne veux point faire tort à personne ; j'ai bien affaire qu'on aille dire que je suis une méchante langue : enfin, tont y a qu'il est vrai que je suis sa cousine germaine, et que j'en sais fort bien le compte ; mon cousin Sabot n'avoit pas davantage que cinquante écus de\ant lui pour se mettre en maîtrise, et il n'avoit pas été plus de cinq mois en apprentissage chez M. Gifflot dans la rue Gît-lecœur ; aussi disoit-on qu'il ne la faisoit pas trop bien ; il étoit pourtant d'une bonne corpulence, gros et gras comme père et mère. Pour Jacqueline, vous la connoissez tout comme moi, mes commères, et vous-êtes là pour me démentir si je dis mal; c'est une bonne doudou, bien réjouie, drue comme quatre, et si gentille, qui si elle marchoit sur trois œufs, dame ! elle n'en auroit pas écrasé quatre ; et pour ce qui est de son métier d'écosser des pois, elle auroit plutôt fessé ses trois litrons que sa mère n'en auroit fait un ; voilà ce qui est bon : oh ! pour ça.

ça alloit dru, il falloit voir ; ça venoit à Sabot comme mars en carême ; car il alloit vite et droit en besogne, aussi lui ; je lui en sais bon gré, ça marque de la volonté, pour moi, cependant je n'aime pas qu'on fasse si vite, et vous, mes commères ? après ça, chacun le fait comme il peut et non pas comme il veut. Il arriva donc pour ça que, quelques jours après leur mariage, qui fut fait dans le plein cœur de l'été ; oui, car c'était vers la Notre-Dame d'août, lorsque quasi le pain des noces n'étoit pas encore mangé, étant couchés ensemble, le temps se vint à troubler, et v'ià de grands éclairs d'orage et de tonnerre, si bien que toute la chambre trembloit, que c'étoit une bénédiction ; s'il y avoit eu des vitres, il n'en seroit pas resté une : oh ! pour ça, je m'en ressouviens bien, car j'eus bien peur, moi ; et si pourtant j'étois couchée avec mon homme ; v'ià Jacqueline bien effrayée, et que par après se jeta hors du lit toute en chemise ; elle fait sa petite prière tout de bout en bout en courant par la chambre comme une folle, et la \'là qui va chercher de l'eau bénite, qu'elle avoit dans le eu d'une vieille cruche cassée dans le coin de la chambre auprès de la porte, après avoir tant couru qu'elle n'en pouvoit plus, et si, voyez-vous, il tonnoit encore ! la voilà qui revient pourtant pour se coucher dans la ruelle du lit. Mais écoutez le plus beau, mes commères ; par aventure son mari, qui étoit tout nu sur son lit, parce qu'il faisoit grand chaud, et puis ça repose le linge, voyez-\ous : il avoit, sauf votre respect, mes commères, la face du grand turc tournée de côté-là, et comme elle alloit se fourrer dans le lit, elle entendit un grand bruit qui vous la fit jeter par terre, en criant de toute sa force : Ah ! Jésus- Maria ! le coup est tombé ; mais point du tout, ce n'étoit qu'un gros pet que Sabot avoit fait pour se soulager : aussi se moqua-t-il d'elle, il faut voir ; elle voulut se fâcher, mais il se jeta sur elle, sans pourtant vouloir lui faire du mal, et il lui dit comme ça : Va, va, Jacqueline, tu vas voir que petite pluie abat 2;rand vent !

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