SCÈNE I
Margot dans sa boutique^ Poitevin.
MARGOT
Poitevin, Poitevin, écoute donc, Poitevin.
poitevin.
Que veut-tu ? je n'ai pas le temps.
MARGOT
Tu n'as plus le temps ; tu l'as bien su prendre, bon vaurien.
POITEVIN
Je me donne au diable si je n'ai une commission qui presse.
MARGOT
OÙ est le temps, Poitevin, quand je te voulois renvoyer; quand je te disois : va-t-en ; monsieur te grondera, monsieur te fera maître d'hôtel chez toi ! tu me disois : bon, bon ! s'il n'est pas content, qu'il prenne des cartes; est-ce qu'il n'y a point d'autres maîtres que lui dans Paris r c'est que tu avois envie de ma piau, c'est que...
POITEVIN
Oh ! monsieur est devenu plus difficile, et je serois, ma foi, bien fâché de le quitter.
M. SIFFLET passant.
A l'iau... au... votre valet, mademoiselle Margot !
MARGOT
Votre servante, M. Sifflet ! Tout cela est bel et bon ; mais à quand notre mariage ?
POITEVIN
Qui ? notre mariage ? il n'y a rien qui presse.
MARGOT
N'y a rien qui presse dis-tu r vois-tu donc comme vlà qui pousse ; tout le monde le verra bientôt ; on en battera la moutarde dans tout le quartier ; et si je ne puis pas dire : je suis la femme à Poitevin, je ne saurai que devenir.
POITEVIN
Bon, Margot! n'est-tu pas bien établie? n'a-tu pas quelque chose devant toi ? est-ce un chien que toutes tes pratiques ? tu changes continuellement le trois pour la pièce. Oh, dame, je ne vois pas...
MARGOT
Quoi ! tu n'as pas pitié de l'état où tu m'as mise ?
LE PORTEUR D'IAU m
POITEVIN
Cela est donc bien fâcheux. Oh bien, je ne veux pas m'affliger tout seul ; je vais avertir Champagne, Bourguignon, la Fleur...
Qu'entends-tu par-là, chien de voierie ?
POITEVIN
Doucement, mademoiselle Margot, je vous en prie, point de gros mots ; je saurois bien vous paumer la gueule. J'entends... vous le savez ce que j'entends. Le four n'a pas chauffé pour moi tout seul.
MARGOT
Voyez cet impudent! comme si j'étois fille...
POITEVIN
Vraiment nenni, tu ne l'es pas.
MARGOT
Ce chien-là ! ne me l'as-tu pas vu r
POITEVIN
Oh qu'oui, je te l'ai vu !
MARGOT
Eh bien, c'est donc pour ça. Je crois. Dieu me le pardonne, que tu te fiches de moi ? veux-tu m'épouser, ne le \'euxtu pas?
POITEVIN
Je te dis que Monsieur ne le voudroit pas.
MARGOT
Je te dis et je te douze moi, que ça n'est pas vrai ; mènemoi chez lui tout à st'heure, sinon je m'y en vais. Je lui dirai...
POITEVIN
Tu lui diras que j'ai couché avec toi. Il est, ma foi, bien curieux de ça !
MARGOT
Nous verrons. Je lui demanderai justice.
POITEVIN
Il te le fera. Il me défendra de te voir jamais plus.
MARGOT
Et tu pourras lui obéir ?
POITEVIN
Dame c'est mon maître une fois.
MARGOT
Comment ! ton fruit ne sauroit te toucher ?
POITEVIN
Pourquoi diable veux-tu me le donner ce beau fruit ? qu'aije affaire moi de ta préférence ?
MARGOT
Je suis bien malheureuse, hi hi hi ! Voilà comme ils sont, ces vilains hommes ; quand on les a contentés, ils vous traitent comme des je ne sais qui.
POITEVIN
Sans adieu, Margot ; tu ne pleurnicheras pas toujours.
MARGOT
Adieu, montfaucon, adieu, bicctre ! on t'attend à la grève, va donc, va donc vîte, tu les fais trop attendre ! Que ferais-je ? le chien n'a pas voulu gober l'hameçon ; ce gueux-là me chie du poivre ; il faut cependant trouver quelque miche qui prenne la moitié de st'enfant pour ne pas l'avoir toute fine seule, comme ça en prend le chemin.