LIVRE XI, CHA.FITHE VI. 3oi
premièrement par sa nature; et d'ailleurs il feut qu'il ait un très grand intérêt à conserver ses prérogativesy odieuses par elles-mêmes, et qui, dans un état libre , doivent toujours être en danger.
Mais, comme une puissance héréditaire pourroit être induite à suivre ses intérêts particuliers , el# oublier ceux du peuple, il faut que dans les choses où Ton a un souvei*airi intérêt à la corrompre , comme dans les lois qui concernent la levée de l'argent, elle n'ait de part à la législation que par sa faculte d'empêcher, et non par sa faculté d0 statuer.
TappeWe/aculié de statuer^ le droit d'ordonn<^^ par soi-même ou de corriger ce qui a été or4onné par un autre. V zç^^^f acuité d^ empêcher y\t droit de rendre nulle une résolution prise par quelque autre; ce qui étoit la puissance d^ tribuns de Rome. Et quoique celui qui a la faculté d'empêcher pilisse avoir aussi le droit d'approuver ; pour Pors cette approbation n'est autre chose qu'une déclaration qu'il ne fait point d'usage de sa faculté d'empêcher, et dérive de cette faculté.
La puissance exécutrice doit être entre les mains d'un monarque , parce que cette partie du gouvernement, qui a presque toujours besoin d'une action momentanée , est mieux administrée par un que par plusieurs; au lieu qiie ce qui dépend de la puissance législative est souvent mieux ordonné par plusieurs que par un seul.
3o2 DE l'esprit DES LOIS.
Que s'il n'y avoit point, de monarque, et que la puissance e^^écuttice mt confiée à un certain nombre de personnes tirées du corps législatif , il n'y auroit plus de liberté^ parce que les deux puissances seroient unies, les mêmes persontnes ayant Huelquefois et pouvant toujoiirs avoir part à l'une et à l'autre.
Si le corps législatif étoit un temps considérable sans être assemblé il n'y auroit plus de liberté; car il arriyeroit de deux choses l'une; ou qu'il n'y auroit plus de résolution législative, et l'état Cpmberoit dans l'anarchie ; ou que ces résolutions seroient prises par la puissance exécutrice , et elle deviendroit absolue.
Il seroit inutile que le corps législatif fut toujours assemblé. Cela seroit incommode pour les représentants , et d'ailleiurs occuperoit trop la puissance exécutrice, qui i)e penseroit point à exécuter, mais à défendre ses prérogatives et le droit qu'ell^ a d'exécuter.
De plus , si le corps législatif étoit continuellement assemblé, il pourroit arriver que l'on ne feroit que suppléer de nouveaux députés à la place de ceux qui mourroient; et dans ce cas , si le corps législatif étoit une fois corrompu , le mal seroit sans remède. Lorsque divers corps législatifs se succèdent les uns aux autres, le peuplé, qui a mauvaise opinion du corps législatif actuel , porte