CHAPITRE IL
De la simplicité des lois criminelles dans les divers
gouyernements.
On entend dire sans cesse qu'il faudroit que la justice fut rendue partout comme en Turquie. Il n'y aura donc que les plus ignorants, de tous les peuples qui auront vu clair dans la. chose du monde . qu'il iipporte le plus aux hommes de savoir.
Si vous examinez les foripalités de la justice par rapport à la pçine qu'a un citoyen à se faire rendre son bien, ou à obtenir satis&ction de quelque outrage , vous en trouverez sans doute trop : si vous les regardez dans le rapport qu'elles ont avec la liberté et la sûreté des citoyens i vous en titniverez souvent trop peu j et vous verrez que les
V^eM lefyeueiideâ Fitj^oges^w ontsem à l'étabUisefdentiUùi C&n^agnitdes IndeSf tom. 4, part, i» pvg. Sgi, La6 Indiens, ne se réglât dans les jugements que sur de certaines coutumes. Le Védam et autres Byres pareils ne eontiennent point de lois civiles y mais dès préceptes religieux. Voye^ LçWru itUfimUeSf quatorzième reeueil*
i56 DE l'espbit des lois»
peines, les dépenses , les longueurs, les dangers mémedela justite, sont le prix que chaque citoyen donne pour sa liberté.
En Turquie, où l'on Êiit très peu d'attention, à la fortune, à la vie , à l'honneur des sujets, on termine promptement d'une façon ou d'une autre toutes les disputes. La manière de les fitiir est indifférente, pourvu qu^on finisse. IjC hacha, d'àbor4 éclairci , fait distribuer à sa fantaisie- des coups de bâton sur la plante des pieds des plaideurs , et les renvoie chez eux.
Et il seroît bien dangereux que Ton y eût les passions des plaideurs : elles supposent un désir ardent de se faire rendre justice, une haine, une action dans l'esprit , une constance à poursuivre. Tout cela doit être^ évité dans im gouvernement où il ne faut avoir d'autre sentiment que la crainte, et où tout mèn(3 tout à coup, et sans qu'on le puisse prévoir, à des révolutions. Chaèun doit connoître qu'il ne faut point que le magistrat entende parler de lui , et qu'il ne tient sa sûreté que de son anéantissement.
Mais dans les états modérés , où la tête du moindre citoyen est considérable, oh ne lui ôte son honneur et ses biens qu'après un long examen r on ne le prive de la vie que lorsque la patrie ellemême l'attaque ; et elle ne l'attaque. qu'en lui Isâs-' sant tous les moyens possibles de la défendre.
UVRE VI, GHAPtTRE III. I S']
Aussi lorsqu'un hoinme se rend plus absolu ' , sotigè-it-il d'abord à simplifier les lois.. On commence dans cet état à être plus frappé des ihconvénients particuliers que de la liberté des sujets , dont on ne se soucie point du tout.
On voit que dans les républiques il fout pour le moins autant de formalités que dans les ïnonarchies. Dans Tun et dans l'autre gouvernement, ellesr augmentent en raisoil du cas que l'on y fait de l'honneur, de la fortune, de la vie, de la liberté des citoyens.
li^s hommes sont tous égaux dans le gouvernement républicain ; ils sont égaux dans le gouvernement despotique : dans le premier , c'est parce qu'ils sont tout ; dans le second^ c'est parce qu'ils ne sont rieri.