CRURALE
dans tous les points, excepté dans le centre," afin de donner issue aux matières fécales qui pourraient passer par la plaie, et prévenir leur épanchement dans l'abdomen.
Immédiatement après l'opération, la malade fut prise de frissons violens et d'une vive sensation de froid; mais lorsqu'elle eut été reportée dans son lit, elle se réchauffa promptement, et le pouls qui, pendant l'opération, était trèspetit , se releva. La douleur devint moins intense.
Le vendredi 1" août , la malade avait dormi plusieurs heures pendant la nuit; ventre encore tendu , mais beaucoup moins douloureux à la pression. L'intestin offrait une coloration vei'meille; il ne s'était écoulé de matières fécales ni par la plaie , ni par l'anus. La malade avait vomi une fois depuis l'opération. Les éructations continuaient; pouls à 96; peu d'irritation générale.
Le 2 , une grande quantité de matières fécales avait passé par la plaie ; l'abdomen était devenu souple ; la nuit avait été bonne; pouls à 92.
Le 3, l'aspect des parties était satisfaisant; ventre souple; issue parla plaie des matières mêlées à une grande quantité de liquide gélatineux ressemblant à la lymphe qui s'épanche sous l'influence de l'inflammation; langue nette; état satisfaisant.
Le II , la nuit a été bonne , la tension du ventre a cessé : point de vomissemens ; pouls à Sli , mais faible; les selles ne consistent point en matières fécales, mais les matières rendues sont d'une couleur verte et mêlées avec les mucosités inteslinales. Les boissons s'écoulent par l'anus anormal , une heure après leur ingestion. Un peu de veau que la malade avait mangé passa également au bout d'une heure, étant à peine altéré.
L'intestin était vermeil , mais il semblait avoir de la tendance à se renverser en dehors. Je le fis soutenir au moyen d'uu tampon de charpie que l'on devait enlever de temps en temps pour l'évacuation des matières fécales. Le 6, absence de fièvre; amélioration des forces après l'ingestion d'un peu de vin; aspect vermeil de l'intestin , qui laisse suinter une grande quantité de mucosités filantes. L'anus anormal paraissait définitivement établi. L'ouverture de l'intestin était assez large pour recevoir le doigt.
Jusqu'au 23 septembre , il ne se passa rien de remarquable , si ce n'est que la peau située à l'enlour de la plaie fut souvent enflammée par l'écoulement intestinal , ce qui exigea l'emploi des lotions avec le sous-acétate de plomb, ou avec la teinture d'opium, et quelquefois l'application d'un onguent saturnin , en ayant soin de laisser, au milieu du gâteau de charpie, une ouverture pour l'issue des matières.
Le 2U septembre, on m'envoya chercher, parce que l'issue des matières s'était suspendue; la plaie s'était considérablement rétrécie, et l'ouverture de l'intcslin était tellement petite, qu'on ne pouvait y introduire une bougie. La
HEUINÎK CttllR\LK.
malade avait mangé im peu de lapin et de pomme cuite avant cette n'-lcntiou. Je me bornai à conseiller l'application d'un ca(apla.smu, supposant qu'un fragment de pomme reste compacte avait obturé l'anus anormal. Des vomissemens survinrent et le ventre se ballonna. Au bout de quaranle-huit heures , il sortit par la plaie une grande quantité de matières; mais la malade devint très-faible cL ne put jamais reprendre entièrement ses forces. Elle mourut le 9 octobre.
Aulopsie. — Aucune trace d'inflammation dans l'abdomen. L'anus anormal siégeait à la partie inférieure de l'iléon. Les gros intestins étaient revenus sur eux-mêmes et ne renfermaient qu'un peu de mucosités. Les bouts de l'intestin, et surtout l'inférieur, étaient trèscontractés.
Ces cas démontrent le danger des retards apportés à l'opération. C'est en moi une conviction si profonde, que si j'étais affecté moi-même d'une hernie crurale étranglée, je n'essaierais pas autre chose que les lavemens de tabac , et que , s'ils ne réussissaient pas, je voudrais que l'on m'opérât dans les douze heures qui suivraient le début de l'étranglement.
Le cas suivant démontre qu'aloi's même qu'on a réduit l'intestin , parce qu'il a paru sain au moment de l'opération, le débridement peut être impuissant à sauver cet organe; que l'iutlammation peut aller jusqu'à la gangrène, par suite de laquelle les matières renfermées dans l'intestin peuvent être versées dans le sac.
Observation 285". — Hernie crurale ;i droite chez une femmede32 ans, soignéeparM. Webb, Mardi 12 mai , à dix heures du soir, l'étranglement datait de vingt-neuf hures ; la tumeur paraissait double; elle était formée par un ganglion situé en dehors, et une hernie située en dedans. Le taxis resta sans succès.
Opération. — Première incision oblique dans la direction du ligament de Poupart; deuxième incision à angle droit avec la première. Ces deux incisions mirent à nu un fascia superficJalis très-mince , puis le fascia propria. En divisant ce dernier, j'ouvris le sac , et il s'en écoula une grande quantité de liquide jaunâtre. Je divisai le fascia propria avec le bistouri, et j'ouvris le sac avec mes doigts. Le dernier était beaucoup plus épais que le second. L'intestin offrait une coloration veineuse foncée; une petite portion d'épiploonlui adhérait. J'introduisis dans le collet du sac une sonde sur laquelle je dirigeai un bistouri boutonné , et je débridai directement en haut. L'intestin seul fut réduit, et les bords de la plaie furent réunis seulement par des agglutinatifs. [Flanelle chaude sur l'abdomen ; sulfate de magnésie, deux draciimes toutes les quatre heures ; saignée dans le cas oii il y aurait des symptômes d'inflammation.)
Le 13 , une selle dans la nuit , deux selles dans la journée ; on pratiqua le soir une sai-
gnéc de douze onces , parce que le pouls était fréquent et dur, et que l'abdomen était un peu douloiaeux. Point do vomissemens depuis l'opération, dimiiuition de la douleur. Le même pui'gatif fut prescrit.
La nuit du 13 au lû fut agitée; la malade rendit des urines et eut une autre selle, la douleur qui, dans î'après-midi , s'était manifestée vers la région ombilicale , se faisait sentir sous forme d'élancemens vers l'épigastre, et s'accompagnait de tension abdominale. N'osantpas pratiquer une saignée à cause de l'état du pouls, on prescrivit une application de sangsues à l'ombilice , des fomentations sur l'abdomen avec une décoction de fleurs de camomille.
A cinq heures après midi , douleur vive , pouls misérable, respiration presqu'impossible, pouls petit et dur, ventre tendu et tuméfié, point de vomissemens, trois selles; les intestins étaient évidemment enflammés. Une saignée de dix onces fut suivie d'une syncope , le pouls devint ensuite plus plein et un peu moins fréquent ; il y eut une selle.
A dix heures du soir , amélioration , visage moins anxieux et moins pâle , respiration plus facile, pouls moins fréquent et moins dur; la malade a eu en tout cinq selles dans la journée. [Continuation des fomentations et du sulfate de magnésie]
Le 15 , à huit heures et demie du soir , la malade éprouvait une vive douleur épigastrique depuis six heures du matin; une profonde inspiration déterminait beaucoup de douleur , l'abdomen était très-sensible à la pression ; il y avait eu trois selles , point de vomissemens , pouls fréquent et petit. [Saignée de quatorze onces, continuation du sulfate de magnésie.)
Le 16 , douleur à la région épigastrique sur laquelle la malade faisait des frictions ; elle avait eu six selles, point de vomissemens ; elle semblait très-mal. L'émission de l'urine était facile.
A dix heures du soir, respiration très-courte et très-fréquente, pouls très-fréquent et petit, mais régulier : état alarmant. Je lui avais proscrit dans la matinée un drachme de sulfate de magnésie et cinq gouttes de teinture d'opium; avant de prendre cette médecine , elle avait eu trois selles. Elle avait eu depuis de fréquentes éructations qu'elle n'avait pas auparavant. Elle eut aussi , p«our la première fois, des vomissemens ; mais la douleur était moins intense ; le ventre était tendu. M. Webb avait prescrit un vésicatoire qui fit lever l'épiderme. La malade avait uriné abondamment; son esprit était parfaitement calme.
Le 17, six ou sept selles, dont la dernière consiste en des matières solides, émission des urines facile, éructations fréquentes, vomissemens dans la nuit. La malade est soulagée ce matin ; elle se plaint de douleur à la plaie; elle a pris quelques alimens. [Teinture de rhubarbe , deux drachmes ; sulfate de magnésie , deux drachmes , infusion de roses , une demi-once : mêlez. ) " A neuf heures du soir , visage coloré, ventre
HERNIE CRURALE
plus souple; la malade a eu deux selles depuis le matin , elle parle plus volontiers ; respiration plus profonde et moins rapide, pouls IW, point de vomis «emens ; la malade a pris de la nourriture; l'état moral est parfait; ventre libre , absence de douleur.
Le 18 , la malade a eu trois selles dans la nuit et une dans la matine'e ; elle n'a pas eu de vo^issemens; elle a beaucoup mangé; elle a des éructations continuelles; elle se tient assise sur son lit et ne paraît pas éprouver de douleui's ; elle a rendu quelques vents et a uriné ; la partie sur laquelle a été appliqué le vésicatoire est très-douloureuse ; 11 n'y a pas de douleur à l'abdomen. On prescrit un peu de vin à la malade.
A neuf heures du soir elle est mourante, la respii'ation est très-courte et embarrassée, le pouls est fréquent et irrt'gulier ; la malade a vomi deux fois le matin , mais elle n'a pas eu de selles depuis cette époque.
Le 19 au malin, amélioration; une quantité considérable de liquide s'est échappée de la plaie. (Fin.)
A neuf heures et demie du soir, elle parle avec plus de force ; le ventre est douloureux , surtout au niveau de la plaie; respiration à 60, pouls à 108, vomissemens dans la soirée; la malade n'a pas eu de selles; elle pousse des plaintes par instans. [Sulfate de magnésie.)
Le 20, état très- alarmant, pouls fréquent, peau chaude ; la malade a vomi et n'a pas eu de selles depuis la dernière nuit , pendant laquelle, d'après son récit -, elle en a eu trois par la plaie. Une matière liquide abondante a été rendue par la plaie avec une grande quantité de gaz. La malade a pris des alimens en grande quantité ; mais ses facultés intellectuelles semblent un peu altérées.
Le 21, des gaz et des liquides s'échappent toujours par la plaie, le pouls est à peine sensible, la malade semble très-affaissée: ce qu'elle prend sort par la plaie dans l'espace d'une demi-heure ; elle vomit souvent ; on lui donne du vin ; la malade a recouvré le sens et passe une nuit très-agitée.
Le 22 , pouls fréquent; une matière bilieuse s'échappe encore par la plaie ; la malade a parfois des vomissemens ; elle prend du.vin et des alimens < mais elle semble très mal. [Opium, trente gouttes.)
Le 23, la malade prend encore des alimens, quoiqu'elle soit très-mal; point de vomissemens; beaucoup de gaz s'échappent par la plaie. Le 24 , pouls environ à 110 ; deux selles abondantes par les voies naturelles ; point de vomissemens; l'épiploon gangrené s'élimine par la plaie ; la malade peut à peine parler depuis huit jours.
Le L'5 , elle peut à peine respirer ; elle est très-faible, le pouls esttiès-fréquent.
Le 20 , mort à quatre heures du matin. Si l'intestin est gangrené, on doit apporter dans l'opéi-ation les plus grands soins , afin que la porlïon du canal intestinal, qui cstrenferméc dans l'abdomen, ne soit pas sépai:(3e par déchi-
rure decelle quiest frappée degangrènc. Cet accident aurait lieu sans aucun doutfe, si le doigt était introduit de force dans le sac. Lorsqu'on n'a pas soin d'éviter cette séparation, les matières fécales s'épanchent dans l'abdomen et causent la mort du malade en quelques heures. Pour prévenir cet accident, il faut , lorsqu'on trouve l'intestin gangrené , ne pas pousser le doigt dans l'orifice du sac , mais introduire le bistouri seul dans l'étranglement^ quand celuici est divisé, on attire doucement l'intestin dans le sac , afin d'exposer à la vue le point sur lequel portait la constrictjon.
Quant c'i l'épiploon , s'il adhère , ses adhérences seront déchirées sans danger au moyen du doigt; s'il est descendu en trop grande quantité pour qu'on puisse facilement le réduire , et qu'il soit devenu dur et bosselé, on doit en faire la résection.
J'ai pratiqué celte résection dans des cas de hernie inguinale, crurale et ombilicale, et je l'ai vu pratiquer par d'autres chirurgiens, sans qu'elle ait entraîné aucune suite fâcheuse.
L'épiploon doit être excisé dans sa portion saine. On reconnaît ce tissu sain à ce que les ■ vaisseaux laissent écouler du sang; celte hémorrhagie est l'indice que l'excision est faite assez haut. Les vaisseaux doivent être liés , et l'épiploon doit être réduit, mais pas au-delà de l'orifice du sac herniaire.
Observation 280°. — Elisabeth Whittle, âgée de 56 ans , fut reçue à l'hôpital pour une hernie crurale étranglée du côté droit. Cette hernie avait toujours été réductible parla pression ou par la position horizontale , jusqu'au dimanche malin à huit heures, sept jours avant l'entrée de la malade , époque à laquelle elle présenta pour la première fois des symptômes d'étranglement. Rétention d'urine, pas de selles , défaillance , vomissement de tout ce qui est ingéré dans l'estomac, tumeur douloureuse , douleur et tension à l'abdomen. Deux jours auparavant, un médecin avait tenté la réduction , mais sans succès. Il avait recommandé qu'on ïa transportât à l'hôpital de Guy, où elle fut reçue à midi.
A quatre heures, M. Cooper villa malade et pratiqua l'opération usitée en pareil cas. Celleci ne présenta rien de remarquable , si ce n'est qu'une couche épaisse de lymphe coagulable était interposée entre la gaîne et le sac herniaire. Ce dernier étant ouvert , il se présenta une portion d'épiploon de la largeur de la main, adhérant au pourtour de l'orifice du sac, et enveloppant une portion d'intestin du volume d'une noix, qui n'avait pu être découverte jusqu'au moment où l'épiploon fut attiré en bas. L'intestin présentait une couleur pourpre foncée; mais son état n'offrait rien d'inquiétant; il fut aussitôt réduit. L'épiploon, au contraire, ne pouvait être replacé à cause des adhérences qu'il avait contractées avec toute la circonférence du sac herniaire; aussi M. Cooper crut-il devoir en faire l'excision, ce qui était d'autant ■ plus convenable, que la circulation y avait
HERNIE CRURALE
cessé et qu'on trouva le sang coagulé dans les vaisseaux. Les bords de la plaie furent rapprochés , et la malade fut placée dans son lit.
Le mercredi, trois jours après l'opération, comme il n'y avait pas eu de selles , et que l'abdomen était tendu et douloureux, on donna un lavement de bouillon et d'huile de ricin, qui provoqua des selles abondantes.
Observation 287'. Mistriss Glark, âgée de ÛO ans, cliente de M. Brickendcn, eut en août 1779 uoe hernie étranglée qui avait son siège à gauche. La tumeur, de forme ovalaire et d'un volume considérable, occupait la presque totalité de l'aine, et s'étendait depuis la tubérosité <lu pubis jusqu'aupi-ôs de l'épine iliaque. Les symptômes d'étranglement avaient commencé quarante-huit heures avant que je la visse , et pendant les six dernières heures , elle avait eu defréquens hoquets. J'essayai aussitôt la réduction au moyen du taxis , mais ce fut sans succès. Pensant qu'il n'y avait pas de temps à perdre , je conseillai l'opération , à laquelle la malade consentit facilement. La première incision eut trois pouces de longueur , et fut faite à distance à peu près égale entre le pubis et l'artère crurale. Après avoir divisé le fascia qui recouvrait la hernie , la surface du sac fut mise à nu. Je fis à ce dernier une trèspetite ouverture, et ayant dirigé une sonde de bas en haut sous l'arcade crurale , j'ouvris toute la partie antérieure du sac, ce qui mit à nu l'épiploon et l'intestin. Celui-ci offrait une couleur café ; l'épiploon adhérait solidement à la partie interne du sac. Je passai alors la sonde dans l'orifice de ce dernier, la conduisant à environ un pouce et demi en arrière de l'arcade crurale , et, comme la hernie était volumineuse , je divisai non-seulement l'orifice du sac , mais encore le bord antérieur de l'arcade crurale , en haut et en dedans.
On explora alors l'intestin , afin de s'assurer si sa coloration naturelle avait commencé à se rétablir. On exerça une pression sur ses veines afin de voir si le sang revenait librement de son tissu. Cet examen ayant donné des résultats satisfaisais , et n'ayant laissé apercevoir aucune tache livide , l'intestin fut réduit dans l'abdomen.
L'épiploon étant dur et épaissi, tout ce qui avait fait partie de la hernie fut excisé, à l'excepliond'une petite portion que l'on réserva afin d'en faire une espèce de tampon qui serait situé à l'orifice du sac , et qui aurait pour objet de diminuer les chances de hernie à l'avenir. On réunit les bords de la plaie extérieure par trois points de sutui'e, et l'on donna trentecinq gouttes de teinture d'opium à la malade après qu'elle eut été placée dans son lit.
Au bout de deux heures , elle avait eu deux selles. Dans le cours delà soirée , elle en eut plusieurs autres. Le lendemain, la plaie présentait un bon aspect, et il n'y avait aucun signe d'irritation générale. Néanmoins , l'estomac restant irritable et les vomissemens étant
fréquens , il fallut encore administrer la teinture d'opium
Le jonr suivant , amélioration; cicatrisation parfaite de la plaie au bout de trois semaines.
La malade fut obligée dans la suite de porter un bandage , la tumeur étant devenue un peu plus volumineuse qu'avant l'opération. Ainsi, cette portion d'épiploon qui avait été destinée à oblitérer l'orifice du sac herniaire, n'amiena aucun résultat dans cette circonstance. J'attribuai cet insuccès à l'imprudence de la malade, qui s'était levée sans bandage avant la cicatrisation de la plaie, ou au moins avant le temps nécessaire pour que l'épiploon eût pu contracter des adhérences.
C'est une pratique inutile ou dangereuse que d'appliquer une ligature autour de la totalité de l'épiploon compris dans la hernie. Cette ligature est-elle placée sur les parties gangrenées ? évidemment elle ne sert à rien, puisque le travail éliminatoire se fera au-dessus d'elle. Est-elle placée sur les parties vivantes ? pourquoi détruire l'étranglement pour établir immédiatement après une nouvelle constriction ?
C'est, à mon avis , une chose peu rationnelle que de laisser l'épiploon tomber par élimination dans le sac herniaix'e , parce qu'il est inutile d'entretenir une longue suppuration qui retarde la guérison. Chez un malade , dont i'ai rapporté l'observation , l'épiploon , qui avait été réduit, redescendit dans le sac le sixième jour après l'opération , et forma escharre d'une manière progressive, entretenant pendant tout le temps une suppuration très-fétide et une réaction générale très- vive. Une circonstance à peu près semblable se présenta dans le cas de madame Culf. (Voyez hernie ombilicale.)
Après la réduction, on doit rapprocher les bords de la plaie et les maintenir au contact par des points de suture ; on recouvre la plaie aussi exactement que possible avec de la charpie , des bandelettes agglutinatives et un bandage.
Quand l'épiploon a été laissé dans le sac herniaire , il arrive souvent que l'inflammation s'en empare et y détermine la gangrène. Cet accident peut épuiser les foi'ces du malade, qui est déjà affaibli par le faitmême de l'étranglement , et peut même causer sa mort. La pratique qui consiste à exciser l'épiploon est donc très-convenable toutes les fois qu'on ne peut le réduire, soit à cause de son volume, soit parce que sa vitalité est altérée.
Observation 288^ — Madame ***, âgée de 65 ans , fut prise , le lundi 18 mai 1809 , des symptômes d'une hernie étranglée. Le mardi , elle fit appeler M. Paine, qui fit quelques tentatives de réduction. Le mercredi , ces tentatives furent répétées, et on y ajouta les lavemens de tabac. Le jeudi 21, la malade fut envoyée à l'hôpital de Guy. Je la vis à six heures et demie du soir. La tumeur était très-volumineuse : elle s'étendait depuis l'épine du pubis jusqu'auprès de l'épine iliaque; elle^^ctait enflammée; les
HERNIE CRURALE
symptômes avaient, pei'du de leur violence, mais la malade n'avait rendu par l'anus que les matières qui pouvaient être considérées comme le contenu du rectum et de la partie inférieure du colon. Pouls à 100, modérément déprimé , un peu dur et filiforme.
Je pratiquai l'opération à l'instant même.
Une première incision , dans la direction du ligament de Poupart, mit à nu le fascia superficialis que je divisai; une seconde incision fut faite au fascia propria, et agrandiesur unesonde cannelée ; ensuite je divisai l'étranglement, en incisant à angle droit avec la direction du ligament de Poupart. 11 s'échappa lui peu de sérosité; de la lymphe coagulée et un large caillot fui'ent aussi expulsés. L'épiploon se trouva alors misa nu; mais l'intestin était encore caché aux yeux. Je déchirai l'épiploon , et je reconnus une anse de l'iléon qui y était renfermée comme dans un Icyste. Cette portion d'intestin était profondément altérée dans sa couleur ; elle offrait l'aspect d'un intestin contus, mais non gangrené ; sa couleur était brun-chocolat, mais on n'y découvrait point de taches livides. Je dilatai l'étranglement, en dirigeant le tranchant du bistouri directement vers l'ombilic, jusqu'au bord du ligament. L'intestin ne recouvra point sa coloration naturelle, mais prit un meilleur aspect. Je le vidai d'abord, et je le réduisis ensuite facilement. L'épiploon, qui était très-volumineux, fut excisé. Je réunis les deux lambeaux supérieurs de la plaie avec sa lèvre inférieure, et je recouvris la plaie elle-même avec un emplâtre agglutinatif.
Après l'opération, le malade étant dans un état de prostration très grande , je lui laissai prendre un peu de Porter.
Plusieurs personnes avaient diagnostiqué dans ce cas une hernie inguinale.
Le 22 , deux selles pendant la nuit ; point de Tomissemens; douleur et sensibilité de l'abdomen. Dans la soirée , la malade eut trois selles; mais elle se plaignit de douleurs violentes qui se renouvelaientpar intervalles dans le ventre; pouls à lOi. [Saignée de six onces, lavement: fomentations de camomille. ]
Le 23, deux selles pendant la nuit; point de vomissemens ; pouls irrégulier^ à 72 environ ; abdomen sensible. ( Mômes fomentations. )
Le 2â , deux selles; pas de vomissemens;venti'c moins sensible ; dans la nuit on a administré de l'opium. ( Continuation des iauemetis et des fomenlations. )
Le 25, pas de vomissemens; pas de selles; amélioration des forces; absence de douleur. Le 26 , une selle à la suile d'un lavement; bon aispect de la plaie; sensibilité peu vive de l'abdomen ; émission de l'urine diflicilc et dou- .'■oureusc.
Le 27, abdomen peu sensible; deux selles; pouls à 70 environ, mais intermittent, et ei>
apparence déprimé; urines abondantes et sans douleur.
Le 29 , plaie enflammée ; portion d'épiploon tombant sous forme d'escharre.
Le 2 juin, amélioration; bon aspect de la plaie; l'élimination de l'épiploon continue; les bords de la plaie sont légèrement excories.
Le 5, élimination complète de l'épiploon: état satisfaisant de la plaie; cependant la malade paraît encore faible et son pouls est trèsirrégulier; ventre indolent.
Depuis ce moment, l'amélioration fit des progrès , et la maladie fut bientôt guérie.
. Observation 289'. — Mistriss *** , portait à gauche une hernie, qui s'étrangla pendant un fort accès de toux. Les symptômes de l'étranglement se manifestèrent le 28 ; constipation ; vomissemens ; douleur dans la région de l'estomac. Ces symptômes continuèrent sans amélioration lejour suivant; et le 30, deuxième jour après l'accident, la malade fui piise du hoquet. La tumeur avait été dès le commencement dure , et douloureuse à la pression. Des tentatives de réduction avaient été faites sans succès. Le bain chaud, leslavemens de tabac, les applications de glace , n'avaient produit aucuij l'ésultat. L'opération fut décidée.
A l'ouverture du sac, qui renfermait une très-petite quantité de liquide , on trouva l'épiploon et l'intestin étranglés. Le premier était rouge; le second était rouge-brun. Après le débridement , l'intestin fut vidé et réduit facilement. Mais l'épiploon adhérait si solidement aux parois du sac, que la réduction était impossible. 11 fut donc laissé dans le sac , et la plaie fut réunie aussi exactement que possible au moyen €le la suture.
La malade eut plu-sieurs selles très peu de temps aprèii l'opération , et avant qu'on lui eût fait prendre aucun purgatif.
Le jour suivant, il y eut de la chaleur à la peau, autour de la plaie, et un flux séreux abondant. [Purgatif.] La malade était disposée à l'hydropisie.
Le deuxième jour après l'opération , il se développa un peu d'inflammation autour de la plaie. L'un des points de suture fut coupé ; on n'observa aucun symptôme général fâcheux. [Fomentations et cataplasmes ; purgatifs.)
Le troisième jour, l'inflammation s'était étendue très-loin ; le gonflement était considérable; les autres points de suture furent enlevés.
Le quatrième jour, l'épiplooa, qui avait été laissé dans le sac, était gangrené. Une suppuration abondante s'était établie à la partie inférieure du sac qui était ulcérée. Il en sortit une grande quantité de pus et des lambeaux d'épiploongangrené. Néanmoins, l'état général continua d'être satisfaisant; et la malade se rétablit.
HERNIE CRURALE