LUXATION COMPLIQUÉE DU GENOU
Je n'en ai vu qu'un exemple, et j'en conclus que cet accident est très-rare : il est peu de cas qui demandent plus impérieusement l'ampu* tation immédiate.
Observation hT, — Je fus appelé , le 26 août 1819, par M. Oliver , pour voir un malade qui , étant tombé du haut d'une voiture , s'était gravement blessé le genou. J'examinai le malade avec MM. Oliver et Hunter. de Richmond. Il existait aux tégumens une large ouverture à travers laquelle le condyle externe du fémur faisait saillie de manière à être sur le même niveau que les lèvres de la plaie. Le fémur avait glissé en arrière du tibia au côté externe de la tête de cet os, el le condyle externe du fémur était déplacé en arrière et en dehors; le fémur avait subi un mouvement de torsion en dehors, et le condyle interne s'avançait sur la tête du tibia. Je fis des efforts pour réduire ce condyle ; mais je ne pus y parvenir qu'avec une extrême difficulté, et aussitôt que l'extension fut cessée, il glissa dans sa première situation. L'articulation étant largement ouverte, l'os luxé se déplaçant très-promptement après la réduction , et le malade étant d'une constitution très-irritable, je proposai l'amputation, qui fut faite immédiatement. Les symptômes généraux furent très-graves. Le 31 , du délire étant survenu, M. Oliver appliqua des sangsues aux tempes, un vésicatoire à l'occiput, et administra un purgatif saliu
avec le camphre et la poudre d'ipécacuanha composée.
Le jour suivant , on fit prendre de quatre heures en quatre heures la mixture suivante : teinture d'opium, gutl. V; poudre de castoréum, g X; mixture de camphre, §jb. Peu de temps après la seconde dose, le malade s'endormit, et après plusieurs heures de repos , il se réveilla avec toute sa connaissance. La guérisou s'opéra graduellement.
J'emportai le membre chez moi et le disséquai avec soin. Au-dessous de la peau, il y •ivaitune infiltration considérable de sang dans le tissu cellulaire qui entoure le genou; le muscle vaste interne offrait une large déchirure audessus de son insertion à la rotule; le tibia était projeté en av^int; la rotule était rejetée au côté externe du genou , et n'était plus dans la direction de la tubérosité du tibia. En arrière, l'extrémité supérieure des deux jumeaux était déchirée; le ligament capsulairé était si complètement rompu dans ce sens, que les deux condyles du fémur faisaieat saillie à travers la déchirure du muscle gastrocnémien; le nerf sciatique , l'artère et la veine poplitée , les ligamens latéraux et lés ligamens croisés étaient restés intacts.
11 est probable que toutes les luxations compliquées du genou demandent un pareil traitement, à moins que la plaie, par son peu d'étendue , ne soit susceptible d'une réunion immédiate.
(i) Le doctéurBeid a présente ^la Sociëté anatomique d'Ediaburgli [TkeEdinb. nted. and surg. journ.
t. /ji, p. 377.) l'exempie d'un déplacement qui semble correspondre à l'affection décrite par Hey sous le titre
de dérangement interne de V articulation du genou, et par sir A. Cooper, sous celui de luxation incomplète
du fémur sur les cartilages semi-lunaires.
Attendu l'absence complète d'une description anatomico-pathologique dans Hey el dans sir A. Cooper ,
nous croyons utile de mentionner ce fait comme jetant quelques lumières sur une question qui peut
donner lieu b plus d'une contestation.
Déplacement d'un des cartilages semi-lunaires de l'articulation femoro-iibiale . — Le tissu fibreux qui unit le bord externe du cartilage semi-lunaire externe au rebord de la tête du tibia, était déchiré dans sa moitié antérieure, et le cartilage semi-lunaire était déplacé en dedans et en arrière, et placé entre l'épine du tibia, le ligament croisé postérieur et le ligament postérieur de Winslow. Le ligament transverse était entier. Le cartilage lui-même était considérablement aplati et élargij et la portion restante du tissu fibreur indiqué ci-dessus , était très épaisse et offrait un peu l'aspect d'un fîbro-carlilage. Le cartilage d encroûtemeut de la partie atitérieure du tibia, qui avait été soumis aux frottemens du condyle duTémur , était»devenu inégal. Les mouvemens de l'articulation semblaient assez libres, autant qu'on pouvait en juger sur le cadavre. Mais on conçoit facilement que quand les fibres qui maintiennent le cartilage sont déchirées dans une étendue moindre que dans le cas présent, ou bien quand le ligament postérieur a été mis dans un état de tension par l'action des muscles dans la marche , le cartilage peut être poussé entre le condyle et 1 épine du tibia , produisant les mêmes effets qu'ua cartilage libre dans l'articulation. On n'eut aucun renseignement sur l'étal du malade avant sa mort. {Notedes trad.)