TRAITEMENT DU TESTICULE DOULOUREUX
Le chirurgien doit être guidé par deux principes dans le traitement de cette maladie; l'un consiste à augmenter le ton du système nerveux, l'autre à diminuer l'irritabilité constitutionnelle et locale: ces deux objets sont remplis par des moyens généraux et locaux.
Les divers médicamens à l'aide desquels on s'est efforcé de remplir la première indication senties suivans, en considérantl'affection comme analogue au tic douloureux :
La quinine à hautes doses ; la plus grande proportion dans laquelle je l'aie vu administrer est de 24 grains dans un jour, par fractions de 8 grains à la fois.
De fortes doses de quinquina ont produit de bons effets, comme le docteur Kerrison l'a dé-
montré dans le cas de lord C. .., auquel j'ai donné des soins avec lui.
Le fera l'état de carbonate , à hautes doses, a été utile dans plusieurs cas, ainsi que M. Hutchinson, de Southail , l'a constaté le premier.
La liqueur arsenicale m'a paru plusieurs fois très-efficace, quand la maladie offrait le type intermittent à périodes régulières.
L'ammoniaque à hautes doses, combinée avec le camphre, a quelquefois une heureuse influence.
Le vin, l'eau-de-vie et les autres liqueurs spiri tueuses peuvent adoucir la violence d'un accès; mais consécutivement, ils en favorisent le retour, et même en augmentent l'intensité.
Ou a essayé de diminuer rirritabillté du système nerveux à l'aide de divers médicamens narcotiques.
Unbonmédicamentcommenarcotique, c'est la ciguë, que l'on administre à la dose de trois grains avec un grain d'opium et un demi-grain d'extrait de semences de stramoine, deux ou trois fois par jour.
La belladone à la dose d'un demi-grain à 3 grains.
La jusquiame peut être donne'e à hautes doses.
L'opium sous la forme de gouttes noires (1) ; la liqueur d'opium sédative, ou l'extrait ou la teinture d'opium.
Le calomel, l'opium et l'antimoine peuvent être donnés dans diverses combinaisons, si les sécrétions du foie et de la peau sont altérées.
L'application locale de l'extrait de belladone a été quelquefois utile.
L'opium et le camphre en frictions sur la partie malade ont produit quelques améliorations.
Quelquefois l'emploi de la glace a procuré la guérison.
La guérison peut être aussi obtenue en irritant la peau dans le voisinage de la maladie, par exemple par l'application dans l'aine et sur la cuisse d'un vésicaloire, dont on entretient la suppuration au moyen du cérat de Sabine avec l'opium (2).
L'application de la teinture d'iode, jusqu'à ce qu'elle produise une in'itation considérable de la peau , a été employée avec de bons effets.
L'acide pyroligneux peut être appliqué sur le scrotum; mais il exige beaucoup de surveillance, car il est très irritant.
Lorsque la maladie dépend d'une affection organique du cerveau, on ne peut espérer qu'une amélioration des symptômes; mais si elle est liée à la lésion d'un nerf en particulier ou au trouble de tout le système nerveux, elle est en général susceptible de guérison.
Un voyage sur mer dans un climat chaud a produit, à ma connaissance, une amélioration remarquable , sans doute à cause du défaut d'exercice auquel on est condamné dans un navire, et de l'influence favorable qu'exercent quelquefois sur la santé générale l'air de la mer et le changement de climat.
En général , dans le traitement de cette maladie, je débute par donner le calomel et l'opium jusqu'à ce que les glandes sallvaires soient légèrement affectées et toutes les sécrétions exêitées. J'ajoute à ces médicamens la décoction composée de salsepareille , qui jouit à un certain degré de la faculté de diminuer l'irritabilité générale ; je fais placer un vésica-
toire dans l'aiue, et j'entretiens la suppuration au moyen de l'onguent mercuriel et du cérat de Sabine mêlés ensemble en quantités égales. Sur le testicule lui-même, je fais pratiquer des lotions évaporantes avec l'alcool étendu etl'éther , ou avec le nitrate de potasse et l'hydrochlorate d'ammoniaque.
Un léger écoulement est quelquefois excité par l'action de l'onguent de lytta appliqué à l'extrémité terminale du canal de l'urètre.
Mais il y a des cas où tous les moyens indiqués par la science et l'expérience n'ont aucun succès ; alors le malade insiste pour qu'on lui enlève le testicule. Les trois observations suivantes en sont des exemples.
Observation 389°. — M. G... contracta à Paris , au mois d'octobre 1815, une gonorrhéequi eut pour conséquence l'inflammation du testicule droit. Il employa les fomentations et plusieurs médecines apéritives. Le testicule resta gonflé et douloureux jusqu'en juin 1816, époque à laquelle l'emploi d'un emplâtre fit disparaître tous les accidens. Une légère douleur se manifesta par intervalles jusqu'en juin 1817. Alors l'usage de l'emplâtre déjà employé le soulagea de nouveau, et il se trouva assez hien pour rejoindre son régiment. Les exercices auxquels l'obligeaient sa profession occasionnèrent bientôt une douleur, telle que durant l'hiver de 1817 et le printemps de 1818, il eut à peine un instant de répit. Les moyens de traitement qu'il employa se bornèrent à l'application d'un vésicatoire , à la suite duquel il s'aperçut que la douleur avait augmenté.
En mai 1818, il retourna en Angleterre et prit des bains de mer jusqu'en septembre. A cette époque , la douleur avait presque disparu; seulement il ne pouvait ni marcher ni monter à cheval. Depuis, il prît pour tout moyen de traitement neuf bains de mer par semaine àBrighton, ce qui ne produisit aucune amélioration. Il lui était impossible de marcher dans une étendue de dix verges sans éprouver une douleur considérable. La seule chose qui parût le soulager, c'étaient les violentes secousses produites par les cahots d'une voiture très-rude.
La continuité de la douleur , l'état de contrainte où il était réduit, l'abattement moral et l'altération grave de la santé , qui étaient la conséquence d'une pareille affection, déterminèrent M. G... à se faire enlever le testicule. Je pratiquai cette opération en mars 1819. La plaie se cicatrisa lentement ; un ou deux petits abcès se formèrent dans le scrotum; mais à la fin la guérison fut complète, et la douleur du cordon spermatique n'a jamais reparu.
(i) Blacli drops, goulles noires ou vinaigre opiacé. Voici la fornuile de ce ine'dicament: opium S vj ; \erjus 48 ; muscade § j fi j safran g fj ; sucre § xij ; ferment de bière q. s. — 6 gouttes contiennent un grain d'opium, {Note des trad.)
(i) Ceratum snhinœ cum opio , pharmacopée de Londres. Celte pommade, qui s'emploie comme epispastique, est composée de la manière suivante: Sabine, a parties; cire, i partie; axonge, 4 parties. — L'addition d'opium n'est qu'accidentelle . {Note des trad.)
Observation 390*. — Le capitaine P... futattohit de la maladie qui nous occupe , en mars 1818. Les \eines du cordon spermatique étaient variqueuses ; le testicule était d'une sensibilité excessive au toucher; l'exercice produisait une souffrance intolérable; quand cet organe n'était pas soutenu , le malade ne pouvait rester sur le côté, ni exercer la plus légère pression sur le testicule. La douleur augmentait pendant l'acte du coït, et le testicule conservait après cet acte plus de sensibilité et de pesanteur. Les bains chauds et les fomeutations lui faisaient bien éprouver quelque soulagement; mais ce soulagement n'avait que peu de durée.
Dans le but de modifier profondément l'état de la partie malade, ou essaya l'applicalion des vésicaloires jusqu'à six différentes reprises; ou appliqua eu plusieurs fois 200 sangsues. Diverses lotions d'opium et do belladone furent employées. Chacun de ces moyens avait pour avantage de diminuer l'irritabilité et la douleui", mais restait sans effet permanent.
Je fis l'ablation du testicule en 1823. Le rétablissement eut lieu très-promplement après l'opération, et le malade ressentit une vive satisfaction de son retour à la santé.
Observation 391". — Cette observation a été recueillie par le malade lui-même, qui était venu d'Amérique pour me consulter. Il en a aussi rapporté les détails à MM. Abernethy et Pearson. Après avoir essayé, mais en vain, toutes sortes de médicamens et de traitemens locaux, cet homme, bien décidé à ne pas remporter sa maladie en Amérique, sollicita de moi l'opération , que je lui pratiquai. Depuis cette époque j'ai appris que son rétablissement avait été complet. Voici comment il s'exprime sur la maladie dont il était atteint.
Depuis plusieurs années , j'avais le testicule gauche plus volumineux que le droit; parfois son volume devenait considérable , surtout quand je souffrais du froid. Un matin de l'été dernier , je commençai à éprouver du malaise dans cette partie, cependant je négligeai de consulter. Dans le mois d'août, je perdis deux enfans de la fièvre jaune , et par suite des inquiétudes que m'inspirait leur état, je m'exposai à une fatigue inaccoutumée. Peu de jours après leur mort , et dans la dernière semaine d'août, je ressentis pour la première fois de la douleur dans la cuisse et dans l'aine gauche, ainsi que dans le testicule qui se tuméfia considérablement. Alors je mandai l'un de nos meilleurs chirurgiens qui me fit sur la partie malade une incision au moyen de laquelle il retira une quantité considérable de liquide.
C'était à peu près vers le 10 septembre. 11 me conseilla de faire usage d'un suspensoire, ainsi que je le fais à présent , et me prescrivit l'usage d'une solution d'extrait de saturne et d'opium. Peu de jours après, la partie redevint excessivement douloureuse, ce qui m'engagea à appliquer des cataplasmes tièdes composés de pain et de lait , et à baigner la partie dans de l'eau chaude. La douleur n'en persista pas moins, et six semaines environ après l'opération qui avait été faite, on pratiqua une nouvelle incision; mais alors il ne s'écoula qu'une faible quantité de liquide : on ne pratiqi?a point d'injeclion. Quelque temps avant l'opération, et dans les si.v semaines qui la suivirent, je pris des pilules mercurielli's au nombre de deux ou trois par jour, et je pratiquai de temps à autre des frictions inercurielles sur la cuisse et sur le testicule, les poussant au point de développer de la sensibilité dans les gencives, mais n'allant pas jusqu'à déterminer la salivation. Ce! état peisisia pendant quatre mois sans la moindre rémission dans les douleurs. Pendant tout ce temps, je conservai constamment, à de courts intervalles près (quelques minutes), la posilioii horizontale. Je ne prenais de boisson qu'avec de l'eau; depuis peu, j'ai pris de Teau a\ec du viu de Madère , et enfin je suis arrivé à prendre un verre de Madère à mon dîner,
Un vésicatoire, qui fut appliqué sur le scrotnm en décembre , provoqua une suppuration abondante. Je pense que ces remèdes ont graduellement amené la réducliou du testicule, mais la douleur persiste : parfois elle me cause des éîancemens aigus dans l'aine, mais elle est généralement pesante, sourde et condnue.
En mars, je fis une application de sept sangsues, après laquelle j'eus recours h des lotions avec de l'eau chaude ; je déterminai par-là l'issue d'une quantité considérable de sang, ce qui me laissa dans un état de grande faiblesse. En avril , j'eus encore recours à une application de trois sangsues. Depuis, j'ai fait usage de lotions avec l'extrait de saturne et l'opiuui.
A présent , la partie a environ le même volume quelle avait il y a deux mois; mais la douleur est constante, et je ne puis j-ester debout pendant dix minutes sans qu'elle s'accroisse considérablement. La partie reste constamment dans un état de sensibilité extrême, etleconlact le pins léger est excessivement douloureux. Ma santé générale n'est pas plus mauvaise qu'il y a deux ans. Je suis sujet aux maux de tête et à d'autres symptômes de dyspepsie. Un séjour prolongé dans ies pays chauds a altéré ma constitution.