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TUMEUR MAMMAIRE CHRONIQUE

C'est une affection qui attaque en général de jeunes sujets , depuis 17 jusqu'à 3o ans. Cependant je l'ai Yue chez des femmes qui avaient dépassé cet âge; mais ces derniers cas sont très-rares.

La constitution est le plus souvent parfaitement saine chez les sujets atteints de cette affection qui ne semble exercer d'influence sur l'état général de la santé, ni par ses progrès , ni par sa terminaison.

La tumeur mammaire chronique paraît se développer en général sous l'influence sympathique de l'utérus. En effet la mamelle et rutéi'us sont unis par des liens sympalhiques tels que l'excitation de l'un de ces organes détermine chez l'autre un accroissement d'action, et par suite un surcroît de développement. Aussi est - ce particulièrement chez des femmes non mariées, ou chez des femmes mariées qui r.'ont pas eu d'enfans, qu'on observe la maladie qui nous occupe.

Les symptômes sont les suivans : La tumeur semble procéder plutôt de la surface du sein que des parties intérieures de son tissu. Aussi paraît-elle en général, très-superficielle, excepté quand elle débute par la face postéiùeure de la mamelle; alors seulement elle est située profondément , et ses principaux traits sont plus difficiles à reconnaître.

Cette espèce de tumeur est extrêmement mobile; en effet, au lieu d'être en quelque sorte plongée dans l'épaisseur du sein, elle n'a pour principal moyen d'union avec lui que l'intermédiaire de l'enveloppe fibreuse ; aussi glisse-t-elle à la surface du sein quand on lui imprime des mouvemens.

Elle ne détermine point de douleur à son début, et la femme ne s'en aperçoit que par hasard. Elle continue ses progrès souvent pendant plusieurs années sans cause de douleur et sans déterminer aucun inconvénient.

Mais dans quelques cas elle devient le siège d'une douleur; la sensation douloureuse s'étend jusqu'à l'épaule et est comparée par la malade aux douleurs rhumatismales.

Ordinairement la tumeur n'est pas sensible au toucher. J'ai vu cependant un cas où elle le devenait parfois , principalementquand il survenait quelque indisposition oll'pendant l'écoulement des règles.

Le dëveloppement de cette turneur se fait

avec une lenteur extr-ême. J'ai fait l'ablation

à'mie de oies lunnetirs qui existait depuis cinq

années et qui n'avait que le volume d'une noix. J'ai vu un autre cas dans lequel la maladie existait depuis sept années ; le volume de la tumeur n'était pas plus considérable que dans l'autre cas.

Rarement cette tumeur acquiert un volume considérable. Son poids est ordinairement d'une à deux onces. Cependant, dans xin cas où M. Bond , de Brighton , avait pratiqué l'ablation , la tumeur pesait une livre et demie, et n'avait mis que deux ans à acquérir ce volume extraordinaire. C'est probablement un cas de la môme nature qui se présenta â l'hôpital de Guy, et dans lequel la tumeur, qui pesait plusieurs livres, s'était ouverte par suite d'un travail d'ulcération à sa partie la plus saillante, et avait produit des végétations granuleuses qui fournissaient une matière purulente. Mais ces cas sont extrêmement rares, tandis qu'il est très-commun d'en rencontrer dans lesquels la tumeur a un volume peu considérable.

Cette affection ne présente aucun caractère de malignité. Elle n'a rien de commun avec le cancer ou la maladie fongoide. Aussi restetelle pendant plusieurs années dans un état presque stationnaire , pour disparaître ensuite d'une manière graduelle.

J'ai vu chez une femme une glande de l'aisselle s'engorger pendant la durée de cette maladie; mais cet engorgement était le résultat d'une simple irritation. Il ne s'observe que rarement , et il ne peut devenir le point de départ d'aucune altération alarmante.

A xm examen attentif de cette tumeur on reconnaît qu'elle est lobulée, c'est-à-dire qu'elle se compose d'un certain nombre de lobes réunis entre eux , mais cependant présentant des dépressions dans leurs intervalles. Quel que soit le volume qu'atteint la tumeur, elle conserve ce caractère globuleux ; aussi pourrait-on lui donner le nom de tumeur mammaire lobulée.

Lorsqu'on procède à l'examen de cette tumeur par la dissection, on reconnaît qu'elle est contenue dans un sac d'une nature fibrolendineuse , semblable à celui qui enveloppe le tissu glanduleux du sein et qui en occupe les interstices. Cette enveloppe devient de plus en plus distincte , en proportion du volume de la tumeur. Celle-ci naît du tissu glanduleux du seinâet lui reste unie par un prolongement mince du même tissu , prolongement qui est assez lâche et mobile pour permettre à

TUTEUR MAMMAIRE CHRONIOUE.

]a tumeur les mouvemeiis les plus lihres à la surface de la manielle.

Quanclla tumeur est mise à nu, elle paraît, au premier asi)(;ct, formée par la réunion de lobes volumineux semblables à ceux de la mamelle. Mais quand la dissection est poussée plus loin, on reconnaît qu'elle est constituée par une se-, rie de lobes déplus en plus petits, variables pour la grosseur, mais semblables entre eux quant à la forme, et qui se séparent facilement après une macération peupiolongée.

Voici quels sont les traits caractéi'isliques de cette affection :

1° L'âge de la malade , qui ordinairement est peu avancé. — ïl y a néanmoins sous ce rapport quelques exceptions à la règle générale. Mais de même qu'il est rare de voir le squirrhe se développer avant la 30° année, de même il est rare de voir la tumeur mammaire survenir après celte époque de la vie.

2° L'absence de douleur — Ce caractère n'est pas non plus constant; mais en général la douleur est légère, et souvent la tumeur existe depuis plusieurs années sans déterminer aucune souffrance.

3° Cette maladie se distingue des affections de mauvaise nature par la persistance de la santé générale.

4" Les progrès de la tumeur sont lents, et elle peut rester presque stationnaire pendant un grand nombre d'années.

5" La situation superficie'le de la tumeur. — Elle a son siège à la surface de la mamelle au lieu d'être placée dans son épaisseur.

6° Sou extrême mobilité.

7° Ce qui la caractérise par-dessus tout, c'est sa forme lobulée , appréciable au toucher. En effet on peut constater que la tumeur est composée de lobes nombreux réunis en une masse commune , dont la surface est brisée ou interrompue.

La cause de cette maladie est, ainsi que je l'ai déjà dit, une influence sympathique de l'utérus , par suite de laquelle il se fait à certaines époques un afflux considérable de sang dans la mamelle. Mais fréquemment la malade attribue l'existence de cette tumeur à un coup qu'elle se rappelle avoir reçu ou à la pression continuée des vètemens. Ces circonstances peuvent bien être la cause occasiouuelle de la maladie ; mais la cause fondamealale , c'est l'excitation utérine.

Dans le traitement de cette maladie il importe de s'assurer si les sécrétions sont dans un état parfaitement normal; si le foie sécrète sa quantité ordinaire de bile ; s'il y a de la constipation ; mais avant tout si la menstruation s'effectue régulièrement sous le triple rapport de la quantité du sang, de sa couleur et delà durée do l'écoulement.

Si les fonctions digestives sont dans un état anormal, on udministrera des pilules de ca- Jorriel composées, le soir, ei l'infusion de cojumbo avec l'infusion de rhubarbe cl de carbonate de soude, deux fois Je jour.

Mais si c'est la menstruation qui est défectueuse , on prescrira les pilules suivantes :

Mercure Gr ij.

Extr. de coloq. comp. Gr iij.

Ces pilules seront prises le soir, au nombre de quatre ou cinq.

On administrera aussi les diverses préparations ferrugineuses que l'on fera prendre deux ou trois fois par jour.

Parmi les applications locales, l'une des meilleures est l'emplâtre d'ammoniaque avec le mercure lorsque la tumeur est tout-à-fait indolente. On pourra aussi employer la pommade d'iode en frictions sur la tumeur, afin d'exciter l'action des vaisseaux absorbans.

Mais s'il y a de la chaleur et de la douleur, les lotions évaporantes et les cataplasmes simples sont les moyens qui produiront le plus de soulagement.

Il faut avouer toutefois que les médicamens employés, soit à l'intérieur, soit localement, n'ont guère d'influence sur cette espèce de tumeurs. En effet , comme elles se développent avec beaucoup de lenteur, leur résorption exige aussi un temps très-long, et, quand elles disparaissent, c'est d'une manière extrêmement graduelle. Leur disparition s'effectue, soit parce que l'excitation utérine sous l'influence de laquelle elles se sont produites vient à cesser, soit parce que la partie est appelée à sa sécrétion naturelle, c'est-à-dire celle du lait.

Mais lorsque la malade, consultant le chirurgien , lui exprime ses inquiétudes relativement à la nature, peut-être cancéreuse de la tumeur, celui-ci peut dissiper ses craintes par cette déclaration, dont le temps démontrera l'exactitude :

1° La maladie n'est certainement pas cancéreuse, et, p!»r conséquent, lors même qu'elle ne céderait pas au traitement, elle ne compromettrait en rien l'existence.

2° Elle ne réclame pas nécessairement l'opération , car elle peut persister pendant plusieurs années et disparaître ensuite graduellement.

3° Si la malade désire l'ablation de la tumeur, parce qu'elle craint qu'il ne s'y soit établi un commencement de dégénération cancéreuse, et si l'on se détermine à pratiquer l'opération, celle-ci est extrêmement simple, elle n'est accompagnée d'aucun symptôme immédiat qui puisse inquiéter, et n'est suivie d'aucune récidive.

Les femmes non mariées , atteintes de cette maladie, demandent si elles peuvent se marier, et je réponds à cette question que la tumeur, loin de s'opposer au mariage, manque rarement de disparaître sous l'influence d'une première grossesse et de la succion qui a lieu à la suite de l'accouchement. Mais il est bon que le mari futur soit prévenu de l'existence de cette maladie afin qu'il puisse s'éclairer sur ce sujet. J'ai connu une dame qui portait une tumeur de cette nature , et qui avant de

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