BÏAMÉLLE VOLUMINEUSE ET PENDANTE
point en inférer que la maladie ait rien de nombre de portions mobiles, très-solides, mais
cancéi-eux. ■ liées entre elles.
La mamelle, après avoir subi un accroisse- Le traitement consiste à rétablir, s'il est
ment de volume pendant quelque temps, com- possible, la sécrétion menstruelle par l'em-
mence à s'alrophier, et en quelques années ploi des moyens qui ont été déjà indiqués, et
€lle est eu grande partie absorbée. par l'usage des bains de siège. Le traitement
Cette maladie consiste dans une altération local consiste dans l'application des sangsues
du tissu glanduleux, altération qui convertit quand il y a delà douleur, et, si la malade
ce tissu en une masse plus compacte que dans veut bien se l'ésoudre à le porter , dans l'ap-
l'état naturel, et qui paraît lui enlever en plication d'un emplâtre ammoniaco-merçu-
grande partie la faculté de sécréter. On sent riel (1) . au palper la mamelle composée d'un grand
(l) L'hypertropliie des mamelles est une afFecliou à laquelle on a fait peu d'attention jusqu'à présent , Lien qu'elle ne soit pas tiès-rire. Elle présente cependant beaucoup d'intérêt, à cause de la liaison intime qui existe dans presque tous les cas entre elle et un trouble plus ou moins marque' des fonctions ute'rines. Nous extrayons les fnils suivans , à l'exceplioa des deux derniers, d'un travail qui a e'te' publié par le docteur Graves , dans le Dublin journal, mai i833.
Observation A- HypertropJde considérable des deux mamelles. — Une jeune femme , pâle, grêle j d'un tempe'rameut ^/i/t'S'm"'"?'"'' s^^it joi^' constamment d'une bonne santé' jusqn'àl'âge de 25 ans, époque à laquelle elle devint enceinte. 11 est à remarquer que ses mamelles e'taient naturellement volumineuses et molles. L'accouchement ne pre'senta rien de particulier, mais— J^nfant n'ayant pu prendre le sein , les mamelles furent distendues par le lait , au point de dépasser de beauco up leur volume naturel. On ne dit pas si les seins avaient repris leur grosseur ordinaire loi'sque celte femme devint enceinte pour la seconde fois, deux ans plus tard. Quoiqu'il en soit, ils avaient acquis un tel développement avant la fin du sixième mois de la grossesse, que la nnlade consulta le docteur Cerutti , à qui elle apprit que quatre mois aupara- •vant elle avait reçu , sur la iiiaraelle droite , un coup à la suite duquel la mamelle gauche était devenue évidemment plus volumineuse qu'auparavant. Ce développement ne s'était accompagné ni de chaleur, ni de douleur, ni d'aucun autre symptôme d'inflammation locale. Quelques semaines après, la m.zm.e\\e droite commença également à se développer, mais moins rapidement que la gauche.
Lorsque le médecin examiuala malade pour la première fois, les deux seins étaient si volumineux et si lourds, qu'ils étaient devenus tout-à -fait insupportables à la malade. Ils étaient durs, et la plus forte pression n'y causait aucune douleur. La peau avait son aspect naturel. La seule sensation que la malade éprouvât consistait dans quelques élancemcns qui se faisaient sentir de loin en loin , à travers le sein gauche. Le développement des mamelles continua à faire des progrès jusqu'à la fin du huitième mois de la grossesse. Le l5 mars la malade accoucha d'un enfant mort. Alors les mamelles restèrent dans le même état et les élancemens disparurent compl ctement.
Quelque temps après cette femme commença un traitement qui consista principalement dans l'emploi des mercuriaux et des antimoniaux , et qui sembla exercer quelque influence sur l'état des mamelles , car celle du côté droit diminua de volume d'une manière évidente. Cependant elles étaient encore dures ; dans quelques points seulement leur tissu cédait un peu à la pression du doigt. Sous l'influence du même traitement, ces noints ramollis parurent augmenter d'étendue et de nombre, et donnèrent enfin une sensation évidente de fluctuation. En même temps les membres inférieurs, puis les tégumens du ventre , devinrent œdémateux , et, quelques jours après , le visage et les mains se gonflèrent aussi, surtout dans la matinée. Cet œdème s'accompagna do quelques symptômes fébriles qui cé'dèrent promptement, ainsi que l'anasarque, à un traitement antiphlogistique.
La mamelle gauche était devenue alors tout-afait molle dans toute son étendue , et ressemblait à une vessie remplie d'eau ; son poids et la fluctuation continuelle du liquide ren,iaient cet organe extrêmement incommode à la malade; on se décida on conséquence à évacuer le liquide au moyen de scarifications qui furent pratiquées le i4 avril et les huit jours suivans. Cette opération donna lieu à l'évacuation de plusieurs pintes d'eau, et fit tellement diminuer le volume de la mamelle gauche qu'il ne dépassait plus celui de la mamelle droite. La sérosiilé continua !( couler par les plaies pendant plusieurs semaines , et le sein gauche finit par ressembler coinplèleraent à un sac flasque et presque entièrement vide, renfermant la glande mammaire un peu augmentée de volume , et dure comme une pierre.
Le changement d'aspect du sein droit était beaucoup plus remarquable; rien n'indiquait qu'il eût contenu de l'eau , quoiqu'il fût devenu aussi plus flasque. Ni l'un ni l'autre n'était douloureux. L'usage de la pommade iodurée et de divers autres médicamens fut suivi vers la fin du mois de juillet d'une nouvelle réduction dans le volume des deux mamelles qui, quoique beaucoup plus grosses encore que celles des autres femmes et se faisant encore remarquerpar une grande dureté des glandes mammaires, n'offraient plus d'obstacle sérieux aux mouvemens.
Les choses allèrent ainsi pendant treize mois, au bout desquels cette femme devint enceinte pour la Iroisièmc fois. Au bout de quelques semaiaes , ses mamelles commencèrent à se tuméfier de nouveau avec line telle rapidité que, dans le commencement du mois d'avril suivant , la mamelle gauche offrait les dimensions suivantes : circonférence k la base, /jO pouces; d.stance du mamelon au bord supérieur de la tujneur, 37 pouces; du même point au bord inférieur, 16 pouces. Xja mamellç droite avait un pouce de moins
TLIHEUR SCROPHULEUSE
DE
LA MAMELLE
Chez les jeunes feoimcs qui ont un engorge- fiaient diversement suivant l'état de la santé
ment des ganglions cervicaux, j'ai rencontré générale, subissant une diminution quand
quelquefois, mais rarement à la vérité, des celle-ci s'améliorait, s'accroissant au con-
tumeurs scrophuleuses. Le plus souvent on ne traire quand elle se détériorait,
trouve qu'une seule tumeur dans une ma- Elles se distinguent de l'inflammation duo-
melle; cependant, chez une malade, il y avait nique simple de la mamelle par l'absence de
deux de ces tumeurs dans une mamelle , tan- douleur, et par l'existence, dans d'autres par-
dis que l'autre n'en renfermait qu'une seule, tics du corps, de tumeurs du même genre sié-
Ces tumeurs ne causaient aucune douleur; géant dans les ganglions lymphatiques,
elles étaient exactement circonscrites , très- Cette affection n'entraîne aucun danger et
lisses à leur surface et à peine sensibles à la ne peut jamais revêtir un caractère cancé-
pression. reux.
Elles avaient une marche lente, et se modi- Elle ne réclame point l'opération, et il se-
tlans cliaque direction. Ces mêmes tumeurs pendaient sur l'abdomen et masquaient complèlement la grossesse, quoique le terme n'en fût pis éloigne' de plus de six semaines. Dctns quelques points, la peau, qui jusque-lù était reste'e saine, e'tait tendue comme prête à crever, et douloureuse.
Les bons effets qu'où avait obtenus une première fois de la scarification engagèrent le me'decin ù la tenter de nouveau; mais cette fois-ci il ne sortit que Irès-peu de liquide par les plaies qui devinrent béantes imme'diatement , et donnèrent passage à une portion du parenchyme de la mamelle. Cette portion Lernie'e e'tait ferme et avait un aspect graisseux; elle augmenta rapidement de \olume, e', offrit beaucoup d'analo"ie avec une tumeur ste'atomaleuse du volume d'un œuf d'oie.
Les mamelles se développèrent de jour en jour ; et , avant le moment de l'accouchement qui eut lieu le 10 mai 1828, elles pesaient ensemble plus de vingt-quatre livres Leur tempe'rature e'tait au-dessus du dénie normal. Elles étaient parcourues çà et là par des veines variqueuses. Elles e'iaient partout rc'nilentes. Leur surface e'tait parfaitement unie. Les te'gumens e'iaient plus distendus vers la partie la plus déclive, parce que le liquide s'accumulait en ce point. 11 résultait de cette disposition que la partie inférieure cédait plus Ji la pression du doigt que la supérieure; cependant l'impression du ;^ doigt n'y restait point. Les mamelles avaient moins d'étendue en circonférence b leur base qu'en aucun aul.s endroit, ce qui les rendait pyri-formes. Par suite du frottement qu'elles exerçaient l'une contre l'autre, il s'était formé des excoriations ;<■ la face interne de chacune d'elles. Vers la fin i-'.e la grossesse , il se manifesta une tumeur grosse comme le poing, dans l'aisselle droite. Cette tumeur fut d'abord douloureuse j bientôt elle se ramollit, suppura et s'ouvrit.
Malgré toutes ces causes d'iri'itation géne'rale , la santé de cette femme ne parut pas s'altérer, et l'on n'observa aucun symptôme morbide du côté de la poitrine.
Peu de jours après l'accouchement de cette femme, ses mamelles commencèrent à diminuer de volume. Au bou t de huit jours , cette diminution était telle que la peau, au lieu d'être tendue , était devenue ridée et lâche. Pendant quelques semaines avant et après la naissance de son enfant, elle ne put se mettre sursoti séant à cause des douleurs que le changement de position lui causait; quand il était absolument nécessaire qu'elle se tînt assise ou debout, il fallait que plusieurs personnes fussent occupées à soutenir ses mamelles j lorsqu'elle restait sur son séant pendant quelque temps, elle était obligée de relever ses genoux , pour donner un point d'appui à ses mamelles qui pendaient sur l'abdomen et le recouvraient en entier. Peu de joui-s après son accouchement, elle éprouva beaucoup de soulagement de l'ouverture de l'abcès de l'aisselle, d'où il s'écoula une grande quantité d'un fluide blanc , visqueux et d'apparence laiteuse.
Le 3o juin elle put reprendre ses occupations ordinaires , et quoique ses mamelles fussent encore uniformément dures et assez volumineuses pour pendre très-bas sur l'abdomen, cependant elles étaient diminuées d'une manière surprenante , et les tégumens pô idaient lâchement en formant des plis. Elle pouvait alors se coucher sur les deux côtés et n'éprouvait aucune douleur: quoique très-amaigrie , elle était du reste bien portante.
i Le 7 septembre elle consulta son njédeein pour les ulcérations situées à la partie interne des mamelles,
lj| qui ne s'étaient jamais guéries. En outre, ses règles n'avaient point reparu depuis son accouchement qui- ^| a^ai^ eu lieu en mai précédeat. Elle était pâle et cachectique. Ce médecin conseilla l'usage du charbon ani-
528 TLMEUR SCROPHULEUSE DE LA MAMELLE,
rait malentendu d'en pratiquer l'ablation avec Dans quelques parties, ces tumeurs présen-
l'instruraenl tranchant. tent un tissu très-vasculaire; mais dans d'au-
J'ai vu des cas oîi l'on avait pratiqué l'extir- très parties elles sont incapables de supporter
pation de tumeurs de cette espèce, parce qu'on des vaisseaux. Aussi, dans quelques points
en avait méconnu la véritable nature. A la dis- présentent -elles des stries sauguines ; tandis
section, on reconnut qu'elk'S étaient formées de qu'ailleurs elles présentent une couleur d'un
fibrine libre et coagulée très -inégalement or- blanc jaunâtre, se rapprochant de la couleur ganisée.
mal qui a ete jireconisé par le docteur F. A. Weisse, contre les indurations, les tumeurs squirrbeuses, etc. Il le prescrivit d'abord ^ la dose d'un demi-grain , et éleva progressivement cette dose à un grain et demi , troi» fois par jour.
Au bout d'un mois le volume des mamelles avait diminue' conside'rablement ; les ulce'rations avaient pris un aspect beaucoup meilleur et marchaient vers la cicatrisation. Diverses circonstances cependant empêchèrent la malade de continuer cette médicalion Elle fut examinc'e de nouveau le 17 mai i83o. A cette époque le sein gauche, qui e'iait encore un peu plus gros que l'autre , avait 21 pouces de circonférence îi sa base, et g pouces d'etemiue de la base au mamelon. Le tissu propre ou parenchyme de ses mamelles e'tait mou; les téguniens eftaient flasques, lâches tt pendans , et leur aspect était bien propre à donner une idée de l'énorme développement qui avait existé.
Observation B, rapportée par Palmuthius. — Une femme, dont les mamelles étaient naturellement plus grosses qu'à l'ordinaire avant son mariage, vit leur volume augmenter considérablement pendant sa première grossesse; ce développement anormal persista pendant les grossesses qui succédèrent à la première, et enfin ses mamelles acquirent de telles dimensions qu'elles descendaient aussi bas que ses genoux.
Observiilion C, rapportée dans TVelser yiugsburgh Chronicles. — Une .servante était tellement encombrée par l'hypertrophie de ses mamelles , qu'elle pouvait à peine se tenir debout ou marcher ; à cela près sa santé était bonne. La. mamelle gauche fut ampuiée avec succès par un barbier ; elle pesait douze livres La jeune femme fut tellement soulagée par cette opération, qu'elle fut capable de supporter sans inconvénient l" fardeau de la mamelle droite.
Observation D. — Une dame des environs de Koningsburgh fut atteinte de la même maladie, à un haut degré; ses mamelles étaient si volumineuses qu'une .seule pesait près de trente livres, et que la malade était obligée de les soutenir au moyen d'un bandage qui passait autour de son cou. Une suppression de règles qui persistait depuis plusieurs mois fut guérie par un traitement convenable , et aussitôt les mamelles perdirent peu à peu leur volume anormal.
Observation E. — Une dame d'un rang élevé , qui avait toujours joui d'une bonne santé, eut une suppression de règles après s'être exposée au froid pendant qu'elles coulaient. Aussitôt ses mamelles devinrent douloureuses et commencèrent à se gonfler. Dans le courant de la nuit suivante leur volume devint tel , qu'elle ne pouvait ni se lever, ni se mouvoir. On la saigna deux fois au pied, les menstrues furent rétablies et les mamelles revinrent complètement à leur état naturel.
Observation F. — Dornsten cite le cas suivant : Une fille, âgée de 20 ans, se portant parfaitement bien , se réveilla un matin ea sursaut et fut tout étonnée de voir ses deux mamelles si éaormément développées, que leur volume et leur poids l'empêchaient de changer de position dans sou lit. Les conduits lactifères étaient durs et distendus, maie les parties gonflées n'étaient ni douloureuses, ni ulcérées. La mamelle gauche avait trente-un pouces decirconférence et la droite trente-huit. Ce développement commença en juillet et en octobre la jeune fille mourut. Après sa mort, on enleva ]a mamelle gauche qui avait continué à se développer depuis le mois de juillet; elle pesait soixante-quatre livres. Elle lut disséquée avec soin, mais on n'y découvrit aucune altération de structure; elle paraissait simplement hypertrophiée. La mamelle droite, qui ne fut pas enlevée, pouvait peser environ quarante livres.
Sauvages mentionne un fait presque semblable qu'il observa à Toulouse.
Observation G. — Hey rapporte le suivant : Une jeune fille de i^ ans, mince, mais se portant bien et dont les seins avaient toujours offert un volume remarquable, fut réglée pour la première fois à l'âge de i3 ans. Les règles ayant été .supprimées par l'influence du froid ne purent se rétablir ensuite. Immédiatement après cette suppression , les mamelles commencèrent à se tuméfier et augmentèrent de volume de jour en jour avec tant de rapidité , que quand Hey la vit, leur poids était toul-i-fait insupportable. On pratiqua l'amputation du sein gauche; cette opération fut suivie de la réapparition des menstrues qui se rétablirent d'une manière régulière. La mamelle droite diminua de volume progressivement, et au bout de six mois elle n'avait plus que la moitié du volume qu'elle avait eu auparavant.
Observation H. — Hypertrophie et névralgie de la mamelle droite ; hypertrophie sans douleur de la mamelle gauche. {London med. and surg. Journal ; Q septembre i83^). — Ëmily Jones , jeune fille robuste de 18 ans , de moyenne 'aille et de tempérament sanguin, entra dans le service de M. Lynn , le 17 . novembre i833, pour une hypertrophie de la mamelle droite qui avait acquis le double de son volume ordinaire, et dont toute la surface était si sensible et si irritable que la malade ne pouvait y supporter le plus léger contact. La malade accusait en outre des douleurs dans la poitrine, dans les reins, dans l'aisselle droite et dans le côté correspondant. La sensation douloureuse se propageait le long du bras droit jusqu'au