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LA DESTRUCTION DE LA MEMBRANE DU TYMPAN

{Lu à la Société royale de Londres , le 25 juin 1801 .)

Les anatomistes ont essayé de déterminer, par des expériences sur les quadrupèdes, quel les altérations pourrait enlraîner, dans la faculté auditive, la perforation de la membrane du tympaa.Des chiens ont servi à ces expériences, mais les résultats qu'on a obtenus, ne sont ni clairs, ni concluans, et ne concordent que peu avec ceux que je vais mentionner.

Cheselden avait conçu la pensée de soumettre l'oreille humaine à des expériences directes à cet égard, et un criminel condamné à mort, avait reçu son pardon à condition qu'il se soumettrait à cette expérimentation ; mais la clameur publique força de renoncer à ce projet. , Bien que privés des lumières de l'expérimentation , nous n'étions pas cependant dénués de tout moyen de nous éclairer à ce sujet, puisque les changemens produits dans l'organe par suite de maladie, fournissent fréquemment Tin guide qui n'est pas moins sûr.

Il arrive souvent qu'une partie déterminée d'un organe est détruite , tandis que les autres conservent leur intégrité. En constatant, dans de telles circonstances, jusqu'à quel point l'organe a conservé la jouissance de ses fonctions? on peut déduire la part que prenait à l'accomplissement de la fonction la partie détruite.

Guidé par ce principe , j'ai soumis l'oreille humaine à une observation attentive, ot j'ai essayé de déterminer le degré de trouble fonctionnel qui pouvait résulter pour elle de la destruction de la membrane du tympan. Celte membrane, en effet, à cause de sa situation dans le conduit auditif, de ses connexion^ avec les parties adjacentes, de sa structure si ])clle et si délicate, a été considérée comme essentielle au phénomène do l'audition; mais les observations suivantes démontrent que la perte de cette membrane n'apporte que peu de trouble aux fouctious de l'organe de l'ouïe.

Observation 525*. — M. P , âgé de 20 ans,

étudiant à l'hôpital St-Thomas , suivait mes leçons daiAS l'hiver de 1797, lorsqu'il s'adressa à moi pour me demander mon opinion sur la nature d'une affection de l'oreille dont il était atteint, et qui lui causait un léger degré de surdité.

Aux questions que je lui adressai pour connaître les symptômes qui avaient précédé et ceux qui maintenant accompagnaient la maladie , il répondit qu'il avait été , depuis son enfance, sujet à des douleurs de tète, et qu'à l'âge de dix ans il avait été pris d'une inflam. mation de l'oreille gauche qui, pendant plu. sieurs semaines , avait fourni de la suppuration. Un an api'ès cette première attaque, il avait été pris des mêmes symptômes à l'oreille droite , qui donna aussi issue a du pus pendant un long espace de temps. La suppuration, dans les deux cas, était ténue et d'une odeur très-fétide; et, au milieu du liquide , on observa des osselets et des portions d'os. Cesaccidens avaient été suivis d'une surdité complète qui persista pendant trois mois; la faculté d'entendre commença ensuite à revenir, et , dix mois environ après la première attaque, il arriva à l'état dans lequel il est toujours reste depuis.

Ayant ainsi décrit la maladie et ses symptômes, il me donna la preuve suivante et très-démonstrative de la perforation de la membrane du tympan. Après avoir rempli sa bouche d'air, il ferma les narines et contracta les muscles des joues ; on entendit alors l'air ainsi comprimé, faire irruption à travers le conduit auditif avec un sifllement, et les cheveux voisins des Icinpes furent agités par le courant d'air qui sortait de l'oreille. Afin d'établir ce fait avec plus de précision, je fis apporter une chandelle allumée, et l'ayant placée tour-à-

tour auprès de chaque oreille , je reconnus que la flamme était agitée de la mOme manière. FrappiS de la nouveauté de ces phénomènes, j'exprimai le désir d'en rendre témoins plusieurs personnes; je priai donc M. P., à la fin de ma leçon sur l'organe de l'ouïe, de les reproduire devant ses camarades d'étude, ce qu'il eut l'ohligeance de faire.

11 résultait évidemment de cctle expérience que la membrane du tympan était incomplète des deux côtés, et que l'air, provenant de la bouche, traversait la trompe d'Eustachi , passait à travers une ouverture de la membi'ane et sortait du conduit auditif.

Afin de constater l'étendue de la destruction de la membrane, je fis pénétrer une sonde dans chaque oreille, et je trouvai que la membrane du côté gauche était complètement détruite, car l'extrémité de l'instrument venait heurter contre la portion potreuse du temporal , à l'intérieur du tympan , sans passer à travers une ouverture étroite. En effet , après un examen attentif, je trouvai que l'espace ordinairement occupé par la membrane n'offrait plus qu'une ouverture sans aucun vestige restant de la membrane.

On pouvait aussi, du côté droit, faire pénétrer une sonde dans la cavité du tympan; mais ici , en conduisant l'instrument le long de la paroi du conduit auditif , on sentait quelques restes de la circonférence de la membrane, et on reconnaissait dans la partie centrale de l'aire du conduit auditif, une ouverture d'environ un quart de pouce de diamètre.

Une telle destruction de la membrane, bien qu'étant incomplète à l'une des oreilles, detait être considérée comme étant de nature à entraîner la perte complète de la faculté auditive ; cependant la surdité était très-légère. Le jeune homme qui fait l'objet de cette observaiion, pouvait, quand son attention était stimulée, entendre, dans une réunion, tout ce qui se disait sur le ton ordinaire de la conversation, et il est à remarquer qu'il enlendait mieux de l'oreille gauche que de la droite , bien que la première ne conservât aucun vestige delà membrane du tympan.

Pendantqu'il suivait les leçons anatomiques, il pouvait, même de la partie la plus éloignée démon amphithéâtre, entendre toutes mes paroles; mais pour se soulager de l'attention régulière et soutenue dont il avait besoin , il aimait mieux se placer à côté de moi.

Je remarquai toutefois, que, quand on faisait une note sur le piano, il ne pouvait l'entendre qu'auri deux tiers de la distance où il m'était possible de la percevoir, et il me rapporta que , dans un voyage qu'il avait fait aux Indes orientales, lorsque les autres, durant la traversée, quand on hélait le navire en mer, pouvaient saisir les mots d'une manière trèsdistincte, son oreille ne recevait que des impressions confuses.

Mais la circonstance la plus curieuse dans le cas de M. P., c'est qu'il pouvait apprécier avec beaucoup de perfection les tons musi-

MALADIËS DK l' OREILLE. *8l

eaux, car il jouait bien de la flfite et jivait sou" vent fait sa partie dans des concerts. Je répète cela, non pas seulement d'après son propre témoignage , mais d'après celui de son père, qui était un excellent juge; en matière de musique et qui jouait bien du violon ; il me dit que son fils jouait de la flûte avec beaucoup de goût, et toujours juste.

Le léger degré de surdité dont était atteint M. P... était toujours considérablement accru par l'impression du froid; ce qui semblait provenir de ce qu'alors le conduit auditif était bouché par l'accumulation de la sécrétion naturelle à l'oreille: en effet , il lui arrivait souvent, après ces surdités passagères causées parle froid, de rendre pendant un accès de toux un morceau volumineux de cérumen endurci , qui"était chassé de l'oreille par le passage de l'air de la bouche à travers la trompe d Eustachi. Immédiatement après cette expulsion, il recouvrait la faculté d'entendre.

Le bain exerçait la même influence fâcheuse que le froid , quand M. P... n'avait pas eu soin de garantir ses oreilles contre l'abord de l'eau, en bouchant très-exactement le conduit auditif avec du coton. Lorsque, sans avoir pris cette précaution, il plongeait sa tête dans l'eau, celle ci, en se précipitant dans l'intérieur de l'oreille, déterminait une vive douleur, et causait une surdité qui persistait jusqu'à l'évacuation complète du liquide hors de l'oreille. Il avait contracté l'habitude de faiie sortir l'eau accumulée dans l'oreille en pouss'ant avec force l'air de la bouche â travers l'oreille.

Chez les personnes dont les oreilles sont parfaitement saines, lorsque le conduit auditif est bouché avec le bout du doigt ou partout autre obturateur, on perçoit un bruit semblable à celui que pi'oduisent les mugissemens de la mer entendus de loin. Ce phénomène est le résultat de la compression qu'exerce contre la membrane du tympan l'air qui est renfermé dans le conduit auditif. Dans le cas qui nous occupe, rien de semblable n'était entendu; cardans l'oreille de M P,.,, l'air, ne rencontrant aucun obstacle, ne pouvait subir aucune compression. En eifet, à travers la membrane perforée , il trouvait par la trompe d'Eustachi un accès facile jusqu'à la bouché.

M. P... <'tait sujet à éprouver au même degré que tout le monde, cette sensation ordinairement produite par certains bruits qui font grincer les dents ; elle était déterminée chez lui, comme chez tout le monde, par les sons aigus, par le cri de la scie, par le frottement de la soie, etc. Cette circonstance semble réfuter l'opinion qui a été admise relativement à la cause du phénomène en question. On a pensé, eu effet, que la connexion intime qui existe entre le nerf appelé la corde du tympan et la membrane du même nom, expose ce nei'f à être affecté par les mouvemens du marteau; et que , ce nerf ayant des connexions avec des filets nerveux qui communiquent avec ceux des dents , ces dernières doivent souffrir par l'effet <les ébraulemens communiqués à la

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corde du tympan par suite des agitations de la Lrane sur des chiens, ont affirmé que d'abord membrane. Mais comme chez M. P... la mem- l'influence de cette opération sur la faculté aubranectaitentièrcmentdétruite d'un côté où la dltive avait été peu marquée; mais qu'après uu sensation se produisait également, il faut donc intervalle de quelques mois , il en était résulté recourir à une autre explication. Je ne vois une surdité complète. Haller a dit aussi que rien qui s'oppose à ce qu'on attribue cet effet lorsque la membrane du tympan est déchirée', à la partie du nerf auditif qui se répand dan l'audition devient dure d'abord, et cesse enle labyrinthe, portion de nerf qui, étant im- suite complètement. Mais il est probable que pressionnée par des sons aigus et désagréables, dans ces cas, la destruction avait dû s'étendre transmettrait celte impression à la portion au-delà de la membrane du tympan, et que le dure du même nerf, puis aux nerfs des dents, labyrinthe avait été compromis par suite du avec lesquels cette portion dure a des con- déplacement de l'étrier et de l'évacuation connexions. . sécutive de la sérosité contenue dans les cavi- Bien que des muscles distincts s'attachent à tés de l'oreille interne. L'observation a en efl'oreille externe, celle partie, dans son élat fet démontré qu'une surdité complète est conordinaire, n'est susceptible que de peu de stammcnt !e résultat delà perte de tous les osmouvemens. Mais quand un organe efl devenu sclets de l'oreille.

imparfait, tout agent qui peut concourir à en i| est probable que dans les cas où la memaugmentei la puissance entre dès ïors en jeu. brane du tympan est détruite , elle est suppléée Aussi, chez la personne qui fait le sujet de celle dans ses fonctions par celles de la fenêtre observation, le pavillon de l'oreille avait-il ac- ovale et delà fenêtre ronde itympanura sequis un mouvement très-distinct en haut et en cundarium). Car, ces dernières étant appliarrière, mouvement que l'on observait toutes quées sur leliquide du labyrinthe, lorsqu'elles les fois que M. P. . prêtait l'attention à quel- sont ébranlées par l'influence des sons , elles que chose qu'il n'entendait pas distinctement, peuvent transmettre comme auparavant leurs L'influence de la volonté sur ces muscles était vibrations à ce liquide, bien qu'à un moindi'c si marquée, que, lorsqu'on lui demandait d'é- degré que ne l'eussent fait la membrane du lever son oreille, ou de la tirer en arrière, il tympan et les petits os qui y sont attachés, pouvait lui imprimer l'un ou l'autre de ces Ainsi, dans l'organe de l'ouïe, chaque parmouvemens. tie est admirablement disposée, non seulement

Le cas précédent n'est pas le seul de ce genre pour remplir la fonction qui lui est directeque j'aie observé. ment assignée, mais encore pour suppléer aux

lésions que peuvent entraîner dans d'autres Observatlon^ld'. — M. A. me consulta pour parties de l'oig^ne les accidens ou les malaune perforation de la membrane du tympan, dies. De telle sorte que, toutes les fois qu'une peiforalion qui n'existait que d'un seul côté et portion en particulier est détruite , une autre provenait d'unesuppurationderoreille. Lesef- lui est substituée, et l'organe, par suite de fets précédemment di'crits existaient comme celle privation, u'( prouve que peu d'atl'aiblisdans le cas suivant. M. A. pouvait également sèment dans l'accomplissement de ses foncfaire passer l'air à travers son oreille malade ; il lions.

souffrait également du bain, s'il n'avait le soin II semble que la fonction principale delà de se boucher préalablement l'oreille; il éprou- membrane du tympan soit de modilier les vait même une douleur très-vive, sous l'in- impressions produites par les sons, el de les fluence d'un courant d'air froid. proportionner h la puissance et au degré d'at-

La .«seule différence que je remarquai dans le tention de l'organe. M. P... avait perdu celte cas de M. A. comparé à celui de M. P., c'est que faculté pendant un très-long espace de temps, l'imperfection de l'audition dans l'organe ma- après la destruction de la membrane. Mais, ladeétait un peu plus considérable chez le pre- par la suite , et à mesure que l'oreille externe mier. En etfet, bien qu'en bouchant son oreille jouissait de mouvemens plus prononcés, il saine, M. A. pouvait entendre ce qui se disait pouvait rendre à volonté les sons plus forts ou sur le ton ordinaire de la conversation ; mais plus faibles, par le mo>en~de ces mouvemens. placé à une distance égale, il ne pouvait distin- Aussi, lorsqu'on lui parlait à voix basse, on guéries notes d'un piano. Celte différence pou- voyait aussitôt l'oreille se mouvoir; tandis que vait provenir en partie du bruit confus qui se quand on parlait à haute voix, elle lestait produit toujours quand on bouche l'oreille complètement immobile, saine ; ou bien , de ce que, comme il entendait

bien d'un côté, il avait peu fait servir l'oreille Remorques d'Everard Home. — Après avoir altérée qui, conséquemment, s'était aflaiblie couunuhi((ué à la société royale, les faits cupar l'inaction. rieux de M. A. Cooper, qui prouvent que l'or-

11 semble qu'on peut évidemment conclure gane auditif peut continuer à percevoir loules de c<s observations, que la destruction de la les impressions des sons quand la membrane membrane du tympan dans les deux oreilles, du tympan a été détruite , il n'est pas hors de loin d entraîner une surdité complète , ne dé- propos d'examiner de quelle manière a lieu ce termine qu'une diminution peu considérable résultat.

de la faculté d'entendre. J'ai établi dans un mémoire sur ce sujet que

Les anatomisles qui ont détruit cette mem- toutes les vibrations qui sont communiquées

MALADIES DE l.'oKKILLli. ^^^

direcletnent aux os du eràne, prûtliiisent leur ayant détonniiic l'enclavement de l'étricr, ca effel sur l'organe de l'ouïe , aussi bien que par jcndail les vibrations imparfaites

ronlreinise de la membrane du tympan. L'of fice de cette meinbiane est donc de présenter une laige surface, capable de recevoir l'impression pr'oduitc par l'air extérieur , et de la communiquer aux ossel»;ts de l'ouïe; c'est ce

Que les sons puissent ftre transmis avec netteté aux organes inteines de l'oreille par les os du crâne, quand les vibrations sont connnuniquces à ces derniers par des corps liquides ou solides, c'est une chose admise depuis long-

qu'une membrane ne pourrait faire, si elle temps, n'avait la faculté de s'élever à des degrés va- Que la membrane du tympan soit incapable riables de tension, aûn de s'approprier aux de remplir parfaitement le même usage sous vibrations diverses. l'empire du même genre de cause, quand les Dans les cas menlionnés ci-dessus , où l'on sons se transmettent par l'air, c'est l'opinion voit que cette membrane, le marteau et l'en- généralement reeue; je l'ai refutée dans le clume avaient été détruits, il parait que l'air mémoire que j'ai fait connaître, reçu dans la cavité du tympan, agissait sur Que dans les cas où la membrane du tympan l'étriei- qui communiquait immédiatement les est détruite, l'air soit capable d'agir sur l'etner impressions à l'oreille inlerne. Si ce phéno- avec une force suffisante pour lui commummené n'eut pas lieu dans les premiers mois quer des vibrations et pour produire sur les qui suivirent la destruction de la membrane parties internes, l'effet nécessaire pour la perdu tympan, cela vient probablement de ce fection dts sons, c'est ce qu'ont mis hors de que l'inflammation de la cavité lympanique doute les observations de M. A. Gooper.

SUR

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