LUXATION DE L'EXTRÉMITÉ SCAPULAIRE DE LA CLAVICULE
Cette luxation est moins rare que celle de ^'extrémité sternale.
Comparée à celle du côté opposé , l'épaule est déprimée. Eu effet, elle est privée du soutien que lui fournissait la clavicule. Le sommet de l'épaule est rapproché du sternum, ainsi qu'on peut s'en assurer en mesurant des deux côtés la longueur de l'intervalle compris entre ces deux parties ; mais le procédé le plus simple pour reconnaître cette luxation, consiste à placer le doigt sur l'épine du scapulum et à le diriger en avant jusqu'à son extrémité acromiale.Le doigt est arrêté par la saillie de la clavicule , saillie qui s'efface aussitôt que les épaules sont tirées en arrière, parcequ'alors la clavicule rentre dans sa position normale, mais qui reparait aussitôt que les épaules sont abandonnées à elles-mêmes. L'extrémité luxée de la clavicule, fait effort contre la peau à la partie supérieure de l'épaule , où la pression est très douloureuse.
Dans cette luxation, le ligament capsulaire est nécessairement i"ompu dans toute son étendue , aussi bien que le ligament externe étendu de l'apophyse coracoïde à la clavicu.le. Si la luxation est complète, le ligament interne doit être également déchiré ; mais j'ai vu, daus quelques cas, la clavicule ne faire qu'une légère saillie sur l'acromion, ce qui indiquait que ce dernier ligament avait résisté.
Iln'estguères possible que la clavicule puisse se luxer à son extrémité scapulaire autrement qu'en haut; je n'ai jamais vu cet os glisser
sous l'acromion. Cependant je ne voudrais pas nier la possibilité de ce déplacement.
La cause ordinaire de cette luxation est une chute sur l'épaule. Dans cette chute, l'omoplate estrefoulée en dedans vers les côtes.La violence doit être considérable. On a avancé que la contraction du trapèze pouvait suffire pour amener ce déplacement; mais cette assertion est erronée , car ce muscle n'a aucune influence sur les deux ligamens de l'apophyse coracoïde , qui doivent être déchirés pour que la luxation ait lieu.
Dans le traitement de cette luxation, j'emploie leprocédésuivant: un aide placé derrière le malade pose le genou entre les épaules de celui-ci et les attire en arrière et en haut; par cette traction, l'extrémité de la clavicule reprend ses rapports articulaires, (in place un coussin épais sous chaque aisselle, l°pour tenir l'omoplate éloignée du tronc, 2° pour élever ces os, 3° pour prévenir la contusion de l'aisselle. Du reste, on applique le bandage à clavicule dont les courroies doivent être assez larges pour exercer une compression sur la clavicule, sur le scapulum et sur la partie supérieure de l'humérus. On a pour but, par cette compression, de porter la clavicule en bas , l'omoplate en dedans et en arrière (ce qui est le point piincipal), et le bras en arrière et eu haut. On atteint ce triple but d'une manière encore plus sûre, en plaçant le bras dans une courte échaipe, ce qui maintient le scapulum dans la iituation voulue (1).
(i) L'observation suivante a c'ie puLlie'e par M, Se'dillot, dans la Gazette médicale de Paris, l833, p. dïà ; nous la rapportons comme tomplcraent delà description de sir A. Cooper :
Luxation en haut de l'cxtréinilé scapulaire de la clavicule, — Mallagnery, du l6' de ligne, âgé de 25 ans, d'une cODstitutiou robuste, rentra îi la caserne, le ll\ octobre l832 , dans un e'tat complet d'ivresse j pendant la nuit, il se jeta en Las de son lit, et tomba sur le coude droit et la partie postérieure de l'épaule du même côte'. On ne s'aperçut dans le mornent d'aucun accident ; mais le lendemain, Mallagnery se plaignait de ne pouvoir lever le bras, et J'e'prouver de vives douleurs dans la re'gion acromiala aux moindres tentatives de mouvement.
En l'examinant, on reconnut une luxation de la clavicule aux signes suivans : entre la partie latérale du cou et le côté externe de la tète humérale existait nne saillie anormale très-prononcée; elle correspondait exactement à l'extrémité externe de la clavicule, comme on s'en assura avec un fil donnant la longueur de ]a clavicule mesurée du rôle sain. On pouvait suivre avec les doigts le trajet de l'os depuis le sternum, et l'on arrivait k la saillie indiquée. En déprimant de haut en bas la clavicule, on l'abaissait en dehors niani^ festenicnt, et on rendait également aux parties une conformation !i peu près naturelle en soulevant l'épaule. Enfin, en combinant la pression sur la clavicule avec ce mouvement d'élévation , toute difformité disparais.. tait. L'JutervaUe qui séparo l'extrémité scapulaire de la clavicule , du bord externe de l'acromion , était ))eaucouj) plus {itcndu «jue côlui du c4lp' sain , par suit^ de J'abaissepieat (ji^ «ioignon de ^V^awl» « ^e «JMJ
LUXATIONS. 77 Observation ^i', — Luxation de la clavicule bout de ce temps, on plaça en travers des épauavec fracture de l'acromion. — Un homme âgé les , une large attelle fixée par des bandes, qui de 60 ans, entra à l'hôpital St-Thomas le 19 rendit aux parties leur conformation natuoclobi-e 1814 ; deux ou trois jours auparavant il relie. Mais bientôt, on fut forcé d'y renoncer était tombé du haut d'un arbre. Le chirurgien 'i cause de l'irritabilité extrême du malade. On qu'il avait consulté lui avait assuré qu'il n'y lui prescrivit alors de rester couché sur le dos, avait ni luxation ni fracture, mais le malade, sans aucun appareil ; mais la luxation se repersistant à croix-e qu'il s'étaitbrisé l'épaule, se produisit. Il succomba à une affection de poiprésenta à l'hôpital. L'épaule paraissait dépri- trine le 7 dccembic suivant, méecomme dans un cas de luxation , mais un A. l'autopsie, on trouva la clavicule luxée ù peu d'attention suffit pour faire voir qu'il n'en son extrémité scapulaire, et faisant une saillie était rien. Je ne me rappelle plus quel diagnos- considérable sur l'épine de l'omoplate. L'apoticfutporté; onemployale traitementsuivant : physe acromion était fracturée dans le point On plaça sous chaque aisselle un coussin qui où. la clavicule s'y réunit. Il est probable que fut maintenu par un bandage étoile; une l'attelle située derrière les épaules aurait mainbande placée au-dessus du coude fixa le bi-as tenu les parties en place , si la maladie et l'imcontre le tronc. On ajouta une écharpe à cet patience du su,et n'en avaient pas fait disconappareil qui parut maintenir les parties dans tinuer l'emploi.
leurs rapports naturels ; mais le lendemain II y a dans la collection de l'hôpital St-Tho-
matin , il s'était relâché. On le trouva ainsi re- ruas une pièce anatomique qui offre un exera-
lâclié tous les matins pendant huit jours. Au pie du même cas (1).
donnait auLrasûn pouce de plus eu longueur, en le mesurant de l'extrEtnite' claviculaire à role'cràne. Lo iord postérieur du seapulum soulevait fortement les te'guniens; le bord ante'ricur était pressé contre les côtes j l'angle postérieur était dirigé en arrière, en dedans et en haut; l'angle acromi.jl ou glénoïdien s'inclinait en dehors et en bas.
D'après les traces de contusion existant b l'épaule et au coude du côté droit, il était facile de comprendre comment la luxation s'était opérée; le malade étant tombé sur la région latérale et un peu postérieure da l'épaule, la clavicule avait supporté tout l'effet de la chute; son extrémité avait glissé sur l'acroraiou en déchirant les ligamens acromioet coraco-claviculaires , et s'était ainsi luxée eu haut.
La luxation fut maintenue réduite en plaçant un coussin conique sous l'aisselle , et en fixant la main droite sur l'épaule gauche, de manière à diriger le coude en haut , en avant et un peu en dedans, et par conséquent, l'omoplate en haut, en arrière et en dehors. Une longue bande dont le point d'entrecroisement répondait Ix la clavicule fut appliquée en 8 de chiffre, et une large écharpe maintint l'appareil. Ce bandage fut réappliqué deux fois, et le 6 novembre l832, le bras avait repris tousses mouvemens, la clavicule paraissait bien fixée sur l'acromion. Le malade fut renvoyé à son corps ; on lui recommanda de ménager encore pendant quelque temps les mouvemens du membre. [Note des trad.)
(l) On lit dans le Journal universel hebdomadaire, t. a , p. l5, un fait qui résuma eu quelque sorte lei luxations dont la clavicule est susceptible quint au siège du déplacement :
Double luxation de la clavicule droite. — Observation recueillie par le docteur Porral. — Le l3 novembre i83o, entra à l'hôpital St-Louis, le nommé Guérangé (Jean), âgé de S/J. ans, charpentier. Ce malade venait de faire une chute d'un troisième étage sur le pavé; en tombant, la partie supérieure et postérieure de l'épaule droits porta fortement ; des excoriations et une assez forte contusion existaient sur ce point. L'épaule malade était rapprochée du tronc; les mouvemens des membres de ce côté étaient très-difficiles j une saillie considérable se voyait en haut et en avant de l'extrémité sternale dj la clavicule droite, et en mrme temps, en portant le doigt le long de la clavicule, on remarqua une autre petite saillie en arrière et en haut de l'extrémité externe de ce même os ; en élevant et eu abaissant alternativement la partie inférieure du bras, on s'assura que les deux extrémités de la clavicule étaient luxées : l'externe en arrière et en haut, l'interne en haut et en avant. Depuis trois semaines environ, le malade toussait un peu. La chute qu'il avait faite augmenta cette toux , et même des crachemens de sang eurent lieu pendant les trois premiers jours : le poumon droit faisait entendre du râle sous-crépitant et muqueux à sa pavtie supérieure et antérieure; quelques douleurs existaient du même côté; la dyspnée était grande , le pouls fréquent. M. Richerand, malgré les accidens qui s'étaient développés, appliqua le bandage de Desault avec quelques compresses graduées sur les extrémités luxées de la clavicule. En même temps , trois fortes saignées furent faites successivement, et produisirent au bout de peu de jours, une guérison complète des accidens du côté de la poitrine. Le bandage fut resserré peadant quinze ou vingt jours environ, et au bout de ce temps, l'extrémité externe delà clavicule ne présentait plus aucun déplacement. Cet elfet avait-il été produit par la compression exercée, soit sur ce point, soit sur l'extrémité interne? Il est probable qu'il en fut ainsi, mais malgré tout ce que l'on put faire pour réduire la luxation interne, rieu ne fut chansé, et il est certain que le malade gardera cette difformité toute sa vie, sans que les mouvemens du membre de ce côté en soient gênés; du moins est-on porté aie penser, puisque le I2 décembre il exécutait déjà sans douleur des mouvemens d'élévation. A cette époque, le malade n'avait qu'une écharpe pour tout bandage , et ne se plaignait d'aucune douleur. Il est bon de remarquer que Guérangé, d'une constitution robuste, présentait tous les os d'une grosseur remarquable; ce qui explique cette double luxation sans fracture, [Note des trad.)
On ne doit point S'attendre à voir les luxa- constance à la négligence ott à rimpérltie du lions de la clavicule se guérir sans difformité ; chirurgien. On peut l'assurer, en mêmetemps, toujours l'os forme une légère saillie. Aussi que les mouvemens du bras n'en subiront audoit-on en averti» le malade dès le début du cune altération, traitement, afin qu'il n'attribue pas cette cir-
LUXATIONS DE L'HUMERUS.
L'articulation de l'épaule est , de toutes les articulations , celle qui jouit des mouvemens les plus étendus et les plus variés ; aussi estelle le siège le plus fréquent des luxations. Celle du coude-pied vient en seconde ligne.
Il y a quatre espèces de luxations de l'humérus, dont trois seulement sont complètes.
1°. Luxation en bas et en-dedans, ou dans faisselle; l'os appuie contre la partie interne du bord axillaire de l'omoplate.
2°. Luxation en avant derrière le muscle grand pectoral ; la tête de l'humérus est placée au-dessous de la partie moyenne de la clavicule, et sur le côté sternal de l'apophyse coraeoïde.
3". Luxation en arrière ; la tète de l'os peut être i-econnue au toucher , et même à la vue , à la partie postérieure et externe du bord axillaire de l'omoplate , et dans la fosse sousépiaeuse où elle forme une tumeur distincte.
4°. La quatrième espèce est incomplète; la partie antérieure du ligament capsulaire est déchirée, la tête de l'huménis repose contre l'apophyse coraeoïde , à la partie externe de cette éminence.
On a supposé qu'une luxation de l'humérus en haut pouvait avoir lieu; mais il est évident que cela est impossible sans une fracture de l'acromiou. Je n'en ai jamais vu d'exemple.
J'ai vu un grand nombre de luxations dans l'aisselle. La luxation eu avant contre le bord interne de l'apophyse coraeoïde est moins commune ; cependant j'en ai vu plusieurs exemples. La luxation en arrière ne s'est présentée à moi que deux fois , dans une pratique de trente-huit années.
Je ne pense pas qu'il survienne aucun changement consécutif dans la position de l'os, après les luxations de l'humérus , une fois que les muscles sont revenus sur eux-mêmes, sauf les légers changemens qu'amène une compression prolongée , dont l'effet est de déterminer une altération dans la configuration des parties. Ainsi , le sens de la luxation demeure invariable , excepté dans les cas où l'accident a été produit par une violence extrême , ou bien quand d'autres violences ont été exercées consécutivement , ce qui est très-rare.