LUXATION DANS L'AISSELLE
Les signes ordinaires de cette luxation sont les suivans : il existe au-dessous de l'acroniion une excavation produite par la sortie de la tête de l'humérus hors de la cavité glénoïde ; la rondeur de l'épaule est détruite par suite de l'applatissement du muscle deltoïde que la tête de l'os entraîne en bas avec elle. Le bras luxé .est un peu plus long que l'autre , car la tète de l'humérus, reposant sur le bojrd axillaire du
scapulum, est au-dessons du niveau de la cavité glénoïde. On amène difficilement le coude au contact avec le côté du thorax, à cause de la douleur que détermine la pression de la tête de l'humérus sur les nerfs de l'aisselle ; il arrive même ordinairement que le malade soutient son bras luxé avec la main du côté opposé pour éviter cette pression doulom-euse; on peut sentir la tète de l'humérus dans l'ais-
selle, mais seulemeni quand on écarte forte- Le lendemain j'en fis l'autopsie. Le tissu cellunient le coude du troue. J'ai vu des chirurgiens, laire sous-cutané , celui qui entoure le plexus engageant leurs doigts dans l'aisselle quand le nerveux axillaire, et celui qui remplit les in
bras était rapproché du tronc, affirmer qu'il n'y avait point luxation, tandis qu'en élevant le coude, la luxation de l'humérus devenait facile à reconnaître.
Le bras a perdu en grande partie ses mouvemens, siuiout ceux en haut et en dehoi's; le malade ne peut plus l'élever spontanément; le chirurgien éprouve même ordinairement des difficultés pour le faire mouvoir; aussi a-ton assez généralement l'habitude de demander tout d'abord au malade s'il peutporter la main à sa tête ■■ dans le cas de luxation, la réponse est nécessairement négative. Le mouvement de rotation du bras est également perdu ; mais les mouvemens en arrière peuvent encore s'exécuter , le membre étant pendant parallèlement au tronc. Toutefois, la mobilité du bras est très-variable suivant l'âge; chez les sujets âgés, l'état delaxité des muscles permet des mouvemens ; cette mobilité va môme jusqu'à permettre encore au chirurgien de conduire la main jusqu'au sommet de la tête. Dans les mouvemens qu'on imprime au bras luxé , il arrive quelquefois qu'où perçoit une légère crépitation ; ce bruit est dû à la présence de la lymphe qui s'est épanchée par suite de l'inflammation et de la synovie qui s'est écoulée hors de la capsule; mais il cesse bientôt par la continuation des mouvemens ; et, d'ailleurs, il n'est jamais aussi prononcé que celui qui est produit par une fracture.
L'axe du bras, au lieu d'offrir sa dii-eclion habituelle, se prolonge obliquement dans l'aisselle.
Souvent, dans cette luxation, l'engourdissement des doigts est causé par 1^, pression de la ICle de l'humérus sur un ou plusieurs des nerfs du plexus brachial.
Toutes ces circonstances sont d'un grand intérêt; mais ce qui guide principalement dans le diagnostic de cette luxation , ce sont la dépression de l'épaule , la pi'ésence de la tête de l'humérus daus l'aisselle , et la perle des mouvemens de l'articulation. En quelques heures , l'extravasation sanguine et le gonflement viennent masquer plusieurs de ces symptômes, et ce n'est qu'après la cessation des phénomènes inflammatoires que le diagnostic redevient facile.
Le diagnostic offre d'ailleurs moins de difTicultés chez les sujets maigres et âgés, que chez ceux qui sont chargés de graisse, ou dont les muscles se sont développés considérablement par des travaux continuels.
J'ai eu l'occasion de disséquer deux cadavres après une luxation récente de l'humérus en bas.
Observation 90\ —Un matelot tomba del'ex- Irémité d'une vergue sur le tillac ; il se fit une blessure ù la tête , et se luxa le bras dans l'aisselle. On l'apporta â l'hôpital Saint-Thomas; mais à peine placé dans san lit, il expira, ~
terstiees des muscles , jusqu'au col de l'humérus au-dessous de l'insertion du muscle sousscapulaire, étaient gorgés de sang extravasé. L'artère axillaire et le plexus nerveux étaient écartés de leur direction naturelle par la tête de l'humérus luxé, qui pressait fortement eii arrière contre le muscle prae-scapulaire. Le muscle deltoïde était déprimé avec la tête de l'os. Les muscles sur-épineux et sous-épineux étaient tendus sur la cavité glénoïdc et sur le bord axillaire du scapulum. Les grand et petit ronds avaient éprouvé peu de changemens daus leur position ; mais le dernier baignait h son insertion huméi'ale dans le sang extravasé. Le roraco-brachial était intact. On apercevait la tête de l'humérus, recouverte par son cartilage articulaire et par une couche mince de tissu cellulaire , dans un espace situé entre le plexus axillaire et le coraco-brachial. Le ligament capsulaire était déchiré dans toute la hauteur du bord interne de la cavité glénoïde; la déchirure aurait pu admettre un corps beaucoup plus volumineux que la tête de l'humérus. Le tendon du prae-scapulaire ,^qui recouvre la capsule fibreuse, était aussi déchiré dans une grande étendue. L'orifice inférieur de la coulisse qui loge le tendon de la longue portion du biceps brachial était agrandi par déchirure, mais le tendon lui-môme était intact. La tète de l'humérus reposait sur le bord axillaire du scapulum, entre ce bord et les côtes , et son centre était environ à un pouce et demi au-dessous de celui de la cavité glénoïde.
Observation 100' — Le sujet de cette observation était une femme de 50 ans; la luxation existait depuis cinq semaines ; les plus violents elîorts avaient été faits sans succès pour en opérer la réduction ; tous les signes de la luxation étaient très-marqués ; le muscle deltoïde était déprimé, et l'acromion saillant; la tête de l'humérus pouvait être facilement sentie dans l'aisselle ; la peau avait été excoriée pendant les tentatives de réduction , et la femme parut succomber aux suites de l'extension violente à laquelle elle avait été soumise.
Autopsie. — Le grand pectoral était légèrement déchiré ; il y avait du sang épanché au niveau de la déchirure ; le très-large du dos et legrand rond étaient intacts,; le sur-épineux était déchiré en plusieurs endroits ; le sousépineux et le petit rond l'étaient aussi, mais à un degré moindre que le précédent. Quelques fibres du deltoïde et du coraco-brachial avaient été rompues ; mais de tous ces muscles, le surépineux était le plus gravement intéressé; le biceps était intact. Après avoir ainsi constaté l'état des muscles qui entourent l'articulation, et le degré de résistance qu'ils avaient opposé aux moyens de réduction , je procédai à l'examen de l'articulation. La capsule était rom-