‹ Œuvres chirurgicales complètesChapitre 3 sur 214 · LUXATION EN HAUT, OU DANS LA FOSSE ILIAQUE · texte numérisé non relu

LUXATION EN HAUT, OU DANS LA FOSSE ILIAQUE

Cette luxation est la plus fréquente de celles pouces et demi plus court que l'autre, ainsi

qui ont lieu à l'articulation de la hanche, qu'on peut s'en assurer en comparant les mal-

Les signes qui en révèlent l'existence sont les léoles internes , le pied étant fléchi à angle

euivaus: droit sur la jambe. Le gros orteil conespond

Le membre est d'un pouce et demi à deux au tarse de l'autre pied. Le genou et le pied

(i) Ainsi que sir A. Cooper le démontrera plus loin, la luxalioa dans l'échancrure sciatique est encore une luxation en haut; car le bord de celte echancrurc est situe' au-dessus du niveau de la cavité cotyloîde, ( I^oie des trad )

sont dans la rotation "en dedans, et le genou est situe sur un plan un peu antérieur à celui du côté sain. On ne peut éloigner la jambe de celle du côté opposé , car le membre est solidement fixé dans sa nouvelle situation, de manière à empêcher les mouvemens d'abduction; mais la cuisse peut être légèrement fléchie de manière à croiser la direcUou de l'autre. Si les parties ne sont pas masquées par l'extravasatiou sanguine , on peut, dans la rotation du genou en dedans, apercevoir les mouvemens de la tête de l'os sur la fosse iliaque ; le grand trochanter s'avance vers l'épine antérieui'e et supérieure de cet os , de manière à être senti beaucoup plus près de cette éminence qu'à l'ordinaire. Le trochanter est moins saillant que celui du côté sain , car il se ti'ouve ainsi que le col du fémur, appliqué contre la surface de la fosse iliaque ; et eu comparant les deux hanches, on trouve que celle qui est le siège de la luxation a perdu sa forme arrondie.

Ainsi, les signes de cette luxation sont : le raccoureissement du membre, >a rotation en dedans, la diminution des mouvemens, et l'absence de saillie du trochanter.

La lésion avec laquelle on peut confondre la luxation en haut , est la fracture du col du fémur au dedans du ligament capsulaire. Cependant les signes distinctifs sont en général assez ti-anchés pour prévenir les erreurs. Dans la fracture du col du fémur , le genou et le pied sont ordinairement tournés en dehors; le trochanter attiré en haut et en arrière , s'appuie sur la fosse iliaque ; la flexion de la cuisse sur l'abdomen, quoique douloureuse, est facile; mais ce qui est surtout caractéristique , c'est que le membre qui, suivant l'ancienneté de l'accident, est raccourci d'un à deux pouces par la contraction musculaire , peut être ramené à la lougueur du membre sain par une légère extension, et, l'extension ayant cessé, se raccourcit de nouveau. Le membre fracturé étant attiré en bas , si on lui fait éprouver un mouvement de rotation, ou peut souvent percevoir une crépitation qui cesse de se faire entendre quand le raccourcissement s'est reproduit.

La fraetiQ-e du col du fémur, au dedans du ligament capsulaire^ se présente rarement, excepté dans un âge avancé , époque où elle est produite par l'accident le plus léger, à cause de l'absorption interstitielle dont celte partie de l'os devient le siège ?i cet ftge^ Les fractures eu dehors du ligament capsulaire ont lieu à

tout âge, et on les reconnaît facilement à la crépitation qui les accompagne, si l'on fait subir au membre un mouvement de lotation en appuyant la main sur le grand trochauter. La situation du membre est la môme que dans les fractures inirà-eapsulaires. Les fractures dui col du fémur sont des accidens très-ft'équens comparativement aux luxations.

Rarement les maladies de l'articulation coxofémorale peuvent être confondues avec les déplacemens qui dépendent d'une violence extérieure : cette erreur ne peut être commise que par ceux qui manquent de connaissances anatomiques ou qui se contentent d'un examen superficiel. La marche progressive des symptômes , la douleur dans le genou , coïncidant avec un alongemént manifeste du membre au début , et plus tard son raccourcissement , la possibilité des mouvemens accompagnés toutefois de douleur, qui a lieu dans les mouvemens de rotation poussés très-loin , aussi bien que dans ceux de flexion et d'extension , sont des caractères différentiels qui suffisent pour frapper l'observateur le moins attentif. Cette maladie, quand elle existe depuis très long-temps, a pour résultat la destruction des ligamens, de la cavité cotyloïde et de la tête de l'os , qui permet quelquefois , il est vrai , les mêmes changemens de situation des parties que dans les luxations; mais les antécédens sufflsent pour éclairer sur sa nature.

La luxation dans la fosse iliaque peut être occasionnée par une chute, ou par un coup, lorsque le genou et le pied sont dans la rotation en dedans : la tête de l'os est ainsi déplacée en haut et tournée en arrière.

Pour la réduction de cette luxation, on doit recourir aux moyens suivans: Tirer de 12 à 20 onces de sang, et même davantage si le malade est robuste; ensuite placer celui-ci dans un bain à la température de 100°, qu'on élève graduellement à 110° Farenheit (41,3 centigrade, 342/3 Réaumur) , jusqu'à ce qu'il tombe en syncope; tandis qu'il est dans le bain , lui donner de dix en dix minutes ungrain de tartre stibié, jusqu'à ce qu'il éprouve quelques nausées, puis le 1-e tirer du bain et l'envelopper dans une couverture (1). Il faut ensuite le placer entre deux poteaux éloignés l'un de l'autre de dix pieds, et auxquels sont fixés des anneaux. On peut aussi fixer des anneaux dans le plancher, sur lequel, dans ce cas , on étendra le malade.

Leprocédéquej'emploie,consiste à placer le

(l) ElaliHs en règle générale et sans acception de cas particuliers, les moyens de de'Lilitation couseillc's par sir A. Cooper, seraient condamnables en ce que plusieurs d'enire eux, notamment réniélique et le Lain trcs-cliaud , ue sont pas exempts de tout danger, et que souvent il serait inulile de déployer une yarcillc puissance pour triompher de la résistance musculaire qui, daus certains cas, est très-faible. Nous avons vu dernièrement réduire par les plus légers efforts une liixatiou de la caisse chez un jeune homme placé dnns le service de M. Iloux. On s'était contenté de lui faire une saignée qui n'avait pas amené «le défaillance. On a rarement recours en Fiance à l'ensemble des moyens conseillés par sir A. Cooper ; et, tout eu avouant qu'où a tort de négliger de pareils auxiliaires dans les cas difficiles, on doit cependant reconnaître que les réductions s'opèrent , dans la plupart des cas, sans réclamer nécessairement des préliaiinaircs aussi sérieux, {Note des trad..)

LLXATI0N8. 1 1

malade sur une table rccouverlo d'une cou- lâchant l'appareil , et en comparant la lon-

verture épaisse, couché sur le dos ; ou passe gucur des deux membres,

ensuite iiuc forte ceinture entre les parties Souvent l'appareil se relùche avant que l'ex-

genitales et la cuisse, on la fixe à l'un des tension soit complète; on ne saurait trop

anneaux; une bande mouillée (0 est étroite- s'attacher à prévenir cet inconvénient, en

ment appliquée immédiatement au-dessus du ayant soin de le fixer d'une manière solide ;

genou , et sur celle-ci est bouclé un bracelet mais si l'on est obligé de le réappliquer, il faut

de cuir muni de deux lanières qui portent des y procéder avec promptitude, afin de ne pas

anneaux et croisent à angle droit la partie donner aux muscles le temps de recouvrer leur

circulaire. Le genou doit être légèrement lié- tonicité.

chi, mais non à angle droit , et dirigé de ma- Il est quelquefois nécessaire de soulever l'os nière ?i croiser l'autre cuisse un peu au-dessus en passant le bras au-dessous , près de l'articudu genou. Les poulies sont fixées d'ime part, au lation , quand on éprouve de la difficulté à le second des deux anneaux , d'autre part , aux porter sur le rebord de la cavité cotyloïde. On lanières du bracelet qui entoure le genou, peut , dans cette circonstance, passer une ser- Le malade étant ainsi disposé, le chirurgien viette au-dessous de l'os, aussi près que possible tire légèrement le cordon du moulle ; et de sa tête , et en confier l'élévation à un aide, quand il voit que chaque partie de l'appa- Après la réduction, à raison de l'état de rereil commence à se tendre et le malade à se lâchement des muscles , le malade doit être plaindre, il s'arrête un peu pour donner aux reporté dans son lit avec les plus grandes prémuscles le temps de se fatiguer ; puis il recom- cautions.

mencesestractions, pour les suspendre de nou- J'ai vu la réduction s'opérer lors même

veau quand les soullran ces du malade sont très- que l'extension n'était pas faite dans une

\ives, jusqu'à ce que les muscles se soient relâ- bonne direction ; car , lorsque les muscles

Chés. Il procède ainsi graduellement jusqu'à ce n'ont pas eu le temps de se reposer, ils per-

quelatêtedel'ossoit arrivéeauniveaudelaca- mettent à l'os de rentrer dans la cavité arti-

vité cotyloïde; quand cette tête atteint le re- culaire, lors même que l'extension ne serait

borddela cavité, il confie la poulie à un aide, pas faite dans la direction la plus favorable

en le chargeant de maintenir le même état pour la réduction.

d'extension; puis il fait éprouver au pied et au Je ne saurais admettre la méthode adoptée

genou une légère rotation, en ayant soin d'évi- par le docteur Iley. La direction qu'il donnait

ter tout mouvement brusque qui pourrait pro - au membre, dans le cas qu'il a représenté, était

Toquer la résistance des muscles. Par ce mou- malcalculée pour le succès, si les moyens n'é-

vement, l'os glisse dans sa position normale. ; talent pas employés immédiatement après l'ac-

Engénéral, l'osncrentrepointdanssacavité cldent (2). articulaire avec bruit, quand on se sert des La méthode que je viens de décrire est le poulies, parce que les muscles sont amenés à résultat d'une longue expérience; ellei été un tel état de relâchement qu'il ne leur reste suivie de succès dans un grand nombre de cas, plus assez de fermeté pour réagir avec énergie, et n'a que rarement échoué , même sous lin- La réduction ne peut donc se constater qu'en fluence des circoiistances les plus défavo^

(1) L'usage de mouiller les lacs peut, nous le croyons, offrir beaucoup a utilité tlaas les cas où ils ont âe la tendance à glisser sur les parties aux(juelles on les applique. Pour obtenir de ce moyen tout le fruit qu'où peut en attendre, ii conviendrait de mouiller les lacs après les avoir mis en place et après les avoir serres. C'est surtout dans le cas d'application des lacs sur des parties tendant à en éluder l'action qu'on pourrait recourir îi ce moyen. Dernièrement nous avons vu à la clinique de M. Dupuytren, un malade qui avait une luxation de l'astragale. Dans les efforts d'extension, le lac passe en arrière du calcancum et sur le dos du pied, glissait après quelques efforts, et on fut obligé de le réappliquer à plusieurs reprises. (JVote des tracl.)

(2) Dans le cas rapporté par M, Hey , voici en quoi consista le système de réduction:

Le malade étant couché sur le ventre et de manière à enfourcher une des colonnes du lit entre ses deux cuisses, avait le membre luxé situé eu dehors du lit. La jambe fut ployée îi angle droit sur la cuisse et maintenue dans cette position par un aide; deux serviettes longues lurent placées immédiatement audessus des condyles, passant toutes deux sur la face externe de la cuisse et agissant sur elle comme sur un levier dans lequel la résistance était placée à la tête du fémur, le point d'appui k la colonne du lit et la puissance !i l'extrémité des lacs. Trois personnes pratiquèrent l'extension au moyen de ces serviettes. Pendant ce temps , on produisit un mouvement de rotation delà cuisse en bas et en dehors. Ce qu'il y a surtout de remarquable dans le procédé de M. Hey, qui est décrit d'une manière presque inintelligible dans Samuel Cooper, et que sir A. Cooper paraît n'avoir pas bien saisi, ainsi qu'il le dit lui-même, c'est que tous les efforts concouraient îi produire le mouvement de rotation de la cuisse en dehors , savoir :

1°. Les efforts d'un chirurgien qui tenait le pied et qui le portait eu dedans de manière h imprimer au genou un mouvement de rotation en dehors; 2°. les efforts d'un deuxième chirurgien, qui était placé en face du genou et qui lui imprimait des mouvemcns directs de rotation en dehors; 3° la traction de» lacs; 4° enfin, les efforts de M. Hey lui-même, qui, placé en dehors du malade, poussait, ainsi qu'il le dit, la tête du fémur en bas et en dehors pendant qu'on pratiquait l'extension, (Voy. Hey , practica/ observations , p. 3i2, ) {Noie des trad.)

rables. Elle est susceptible de quelques modifications , de quelques légères dlfléiences dans la position; mais ce ne sont que des exceptions à la règle générale , et cela ne se présente que très-rarement.

Les obsex'vations suivantes répandront une vive lumière sur l'histoire des luxations en baut. La première de ces observations démontre d'une manière frappante les inconvéniens qui résultent de la non-réduction d'une luxation de la hanche , et les fâcheuses conséquences de l'omission des poulies dans les tentatives de réduction. Elle fait voir aussi que cette luxation peut arriver chez un homme robuste et sain, même après l'âge de 60 ans (1),

Observation 9'. — • Luxation dans la fosse iliaque, — James Ivory, âgé de 62 ans, travaillait le 7 février 1810 dans une fosse à argile , à vingt-cinq pieds au-dessous du sol , lorsqu'une quantité considérable d'argile s'éboula sur lui au moment où il était incliné en avant, le genou gauche légèrement fléchi derrière l'autre. Il fut comme enseveli dans cette attitude. Peu de temps après, ayant été transporté chez lui, on envoya chercher un chirurgien. Celui-ci reconnut une luxation de la cuisse , et employa immédiatement quelques hommes à opérer l'extension du membre , tandis que de son côté , il s'efforçait de faire rentrer la tête de l'os dans la cavité cotyloïde; mais ses efforts, n'étant pas secondés par l'emploi du moufle, furent infructueux. Aujourd'hui, c'est-à-dire, neuf ans après l'accident, voici quel est l'état du membre: Il est plus court que l'autre de trois pouces et demi, et le sujet est obligé déporter du côté malade un soulier muni d'une semelle épaisse de trois pouces, au moyen de laquelle il diminue la claudication. Dans la station , le pied du côté malade se porte au-dessus de l'autre ; les orleils sont tournés en dedans, ainsi que le genou, qui est plus saillant que celui du côté sain et correspond à la partie latérale de la rotule opposée et au muscle vaste interne ; de plus, la jambe est fléchie, ctn'estpas susceptible d'une extension complète. Par l'inactivité prolongée de plusieurs de ses muscles , la cuisse est atrophiée; mais les muscles demi-tendineux, demimembraneux et biceps, à cause de l'état de raccourcissement du membre , forment une saillie volumineuse et arrondie à la pflrtie postérieure de la cuisse. Le grand trochanter est d'un pouce environ plus rapproché de l'épine iliaque, du côté malade. En regardant par la partie postérieui'c, on voit le grand trochanter faire une saillie beaucoup plus considérable du même côté. Il est facile de sentir la léle du fémur dans la fosse iliaque externe ; et dausles

mouvemens de rotation du membre en dedans sa présence y est encore plus manifeste. Les épines iliaques de chaqufe côté sont à la même hauteur. Dans l'attitude assise, le pied est fortement tourné en dedans, et le genou placé en arrière de l'autre , tandis que les orteils effleurent à peine le sol. Après la fatigue , cet homme épi'ouve de la douleur dans la hanche du côté sain, et dans la cuisse du côté malade. Ne pouvant se courber qu'avec les plus grandes difficultés , il est réduit à chercher les travaux qui exigent le moins cette attitude. Quand il essaie de ramasser quelque chose à terre, il fléchit le genou du côté malade à angle droit avec la cuisse, et le rejette fortement en arrière. Il peut s'appuyer pendant quelques secondes sur ce membre ; mais ce n'est qu'après un an qu'il put y parvenir. Dans le lit , il ne peut reposer sans douleur sur le côté malade ; sa hanche est , sans cause apparente, beaucoup plus faible à certaines époques. Quand il s'accroupit pour la défécation, il est obligé de se soutenir en appuyant le genou du côté malade contre le tendon d'Achille de l'autre jambe, et en plaçant sa main droite sur le sol. Il marche maintenant avec deux bâtons. Quand il monte des degrés, il élève le membre malade de deux marches , et ensuite tourne sur le membre sain; ce qui même ne peut avoir lieu si les degrés sont très-distans. Lorsqu'il se couche sur le ventre, la hanche luxée fait une saillie considérable. Il tombe quelquefois en marchant, et cet accident lui arriverait fréquemment, s'il ne prenait les plus grandes précautions , carie plus léger obstacle à ses mouvemens suffit pour le renverser. Le genou est fléchi et le raccourcissement du membre dépend en partie de cette cause.

Les observations suivantes viennent très-bien à l'appui de la méthode ci-dessus décrite , et montrent les avantages que l'on a droit d'attendre du traitement général et de l'emploi des poulies.

Observation 10* , communiquée par M. S. B, Bennett. — John Forster , âgé de 22 ans , fut admis à l'hôpital de Chester le 10 juillet 1818 , ayant une luxation de la cuisse dans la fosse iliaque , causée par une charrette qui lui avait passé sur le bassin. On trouva la jambe de ce côté plus courte que l'autre, le genou et le pied tournés en dedans. Le malade étant solidement fixé sur une table, on fit l'extension du membre à l'aide des poulies, pendant cinquante minutes, sans succès, et le malade fut replacé dans son lit pendant trois heures. Au bout de cetemps, onlc plaça dans unbain chaud pendant;vingt minutes, etl'extension fut tentée de nouveau pendant quinze minutes inutile-

{0 Ce fait est citiênicment curieux, parce que les luxations , celles surtout de la lêle du fenmr , sont rares dnns un âge avaiue. A cette epociue, en effet, les exlie'niilcs des os sont friaLksj elles offrent des cellules tiès-v.nstes, b pniois minces cl coutenanl do la graisse. Leur rc'sislauce, considéraLlenient diminuée par celle ilispusilign, IcsTiit 50 briser par tel ciFurttiui, il une aulroet>o(iuedolïvie, auraitdeteriuine luluxaliou. {Note des frad.)

nùent. Saignée de 24 onces , hO gouttes de teinture devait ôtrc dans sa catît

d'opium. Ayant repris l'exleiision , mais ne pouvant réussir à dclennLner la syncope , le docteur Bennett proscrivit de petites doses de solution de tartre stibic, qui au bout d'un quart d'heure déterminèrent des nausées. Dix minutes après, la réduction fut obtenue, etea moins de quinze jours le malade quitta l'hôpital , parfaitement bien. Malheureusement il reprit aussitôt ses travaux pénibles et fut atteint d'une inflammation dé la hanche doat il ne s'est pas guéri.

Observation 11% communiquée par M» S, Nott. — «John Lee, âgé de 33 ans, d'une constitution vigoureuse, passant sur une chaussée le 9 octobre 1819, tomba de la hauteur d'environ quatre pieds sur une grosse pierre et ee luxa la cuisse gauche. Je ne le vis que le A décembre. Le membre luxé était raccourci de trois pouces, le genou tourné en dedans, le pied dirigé sur le tarse du côté opposé, et le grand trochauter l'approché de l'épine iliaque. En couchant le malade sur le ventre , on pouvait voir distinctement la tète du fémur et le trochanter dans la fosse iliaque externe , de manière à ce qu'il n'y eût pas le plus léger doute sur la nature de la lésion. Avecl'aide d'un médecin des environs je me mis aussitôt en devoir de tenter la réduction. On appliqua une ceinture entre les cuisses etune bande au-dessus du genou, pour fixer les poulies d'à près la méthode ordinaire. Je fis alors l'extension en bas et en dedans, en croisant la cuisse du côté sain au dessous de ses deux tiers supérieurs.Dès que l'extension fut commencée, je fis prendre au malade deux grains de tartre stibié en solution: cette dose fut répétée cinq fois à des intervalles de dix minutes , mais ne produisit que très-peu de nausées. Peu de temps après, je lui tirai jusqu'à soixante onces de sang, sans amener la syncope. Après une extension progressive d'environ deux heures, exercée avec toute la force qu'un homme pouvait employer en se servant des poulies , nous trouvâmes que le membre était redevenu aussi long que l'autre. Nous essayâmes alors d'élever la tèto de l'os sur la cavité cotyloïde au moyen d'une serviette passée sous la cuisse et qu'un de nous soulevait avec sa tète, en même temps que nous imprimions au membre un mouvement de rotation en dehors avec toute la force dont nous étions capables. A la longue , le pied prit une direction plus prononcée en dehors ; la tête du fémur devint moins saillante, et au bout d'une demi-heure environ , nous entendîmes un craquement de la tète de l'os , et le malade s'écria en cet instant que le membre était replacé. [Dans les luxations qui sont restées non réduites pendant long -temps, il arrive ordinairement que l'os ne fait aucun bruit en rentrant dans sa cavité. A. C.) Alors trouvant le pied tourné en dehors, le membre de sa longueur naturelle, et aucun vestige de la tète du fémur dans la fosse iliaque externe, nous eu conclûmes qu'elle

Nous cessâmes tout effort ultérieur : nous fimes placer le malade dans son lit et attacher ses jambes ensemble. Au môme instant, son pied recouvra sa sensibilité pour la première fois depuis l'accident, et il éprouva un mieux-ètre général. On appliqua un large vésicatoire sur le trochanter. La nuit fut bonne : le malade se plaignit de douleur seulement dans le périnée et immédiatement au-dessus du genou là où les lacs avaient été appliqués. Aucun mouvement fébrile, aucun symptôme fâcheux, ne succédèrent à cetta opération. En peu de jours le malade pouvait supporter de légers mouvemeus de flexion et d'extension sans douleur, et, au bout d'une semaine, un mouvement peu étendu de rotalion. Le membre devint de plus en plus agile, et la faculté de le mouvoir revint à tel point que le douzième jour le malade pouvait fléchir la cuisse à angle droit sur le tronc. On lui permit alors de se lever : des bandages furent appliqués autour de la cuisse et du bassin; il put se tenir parfaitement droit et marcher à l'aide de béquilles, en appuyant le talon sur le sol. L'exercice détermina si rapidement le retour de ses forces, que le vingt-deuxième jour il abandsnna une de ses béquilles, et l'autre le vingt-cinquième. Au bout d'un mois, il pouvait marcher sans appui ; et , cinq semaines après l'accident, appelé par une affaire particulière, il fit près de vingt milles à pied, parfaitement droit et sans la moindre claudication. »

Observation 12". — Je fus appelé auprès d'un homme âgé de 28 ans, qui, ayant versé avec une voiture, s'était luxé la cuisse gauche plu» de cinq semaines auparavant, et chez lequel on avait déclaré qu'il n'existait pas de luxation , quoique le cas fût extrêmement évident. Le membre était raccourci de deux pouces; le genou et le pied étaient tournés en dedans , la partie interne du pied se portait sur le métatarse du côté opposé. La cuisse était légèrement fléchie sur l'abdomen, et le genou s'avançait sur l'autre cuisse. La tète du fémur se reconnaissait distinctement dans la fosse iliaque externe; la rondeur naturelle de la hanche avait disparu. Je ne fis usage que des moyens mécaniques dans mes tentatives de réduction, et, quoique j'eusse employé les poulies et que j'eusse répété l'extension dans des directions variées , je ne pus parvenir à replacer l'os. Le malade conserva sa luxation.

Observation 13% communiquée par M. Norwood, chirurgien à Hertfort. — William Newman . sujet fortement musclé , âgé de près de 30 ans, fut admis à l'hôpital de Guy le mercredi h décembre 1812 , dans le service de M. A. Cooper, pour une luxation de la hanche. En sautant de dessus le brancard de sa'voiture, le jeudi 7 novembre , son pied avait glissé et sa hanche avait poi-té fortement contre la roue : il était tombé à l'instant même, et était resté dans l'impossibilité de marcher. Ce ne fut que le A décembre qu'on l'apporta à

14 LUXAT

l'hôpital de Guy. La tête du fémur était logée dans la fosse iliaque extei'ne; le trochanter était porté en avant vers l'épine iliaque antérieure et supérieure; le genou et le pied étaient tournés eu dedans , et le membre raccourci d'un pouce et demi; le gros orteil chevauchait sur le métatarse de l'autre pied ; le membi'e n'était susceptible que de peu de mouvement. Le samedi 7 décembre , ti-ente jours après l'accident, l'extension fut pratiquée. Avant l'application de l'appareil, on fit une saignée de bras, de 30 onces; dix minutes après, le malade fut plongé dans un bain chaud, où il resta jusqu'à la syncope , qui arriva au bout de quinze minutes ; on lui administra alors un grain de tartre stibié , qui fut renouvelé au bout de seize minutes, et qui alors seulement, fut suivi de nausées extrêmement pénibles sans vomissement, et d'un état d'affaiblissement extrême ; il fut transporté à l'amphithéâtre. Après l'avoir placé sur une table et couché sur le côté gauche , on fixa le bassin à la manière ordinaire, et les poulies furent attacliées h la courroie circulaire du genou; la cuisse fut alors tirée obliquement , en croisant l'autre à peu près au-dessous de ses deux tiers supérieurs ; l'extension durait depuis dix minutes, lorsque l'os glissa dans sa cavité. Cet homme sortit de l'hôpital au bout de trois semaines ; l'agilité et la force du membre se rétablissaient avec rapidité.

Observation 14* , recueillie par M. Thomas. — William Cbapman, âgé de 50 ans , fut admis à l'hôpital St.-Thomas, le jeudi 10 septembre 1812 , pour une luxation du fémur gauche dans la fosse iliaque externe. L'accident avait été causé sixsemainesauparavantpar la chute d'un mât qui l'avait terrassé. La réduction fut faite , le vendredi 11 septembre , de la manière suivante : le malade fut saigné des deux bras: on lui tira trente-quatre onces de sang. Alors il fut plongé dans un bain chaud, et on lui donna un grain de tartre stibié de dix en dix minutes : ces moyens produisirent la défaillance et les nausées. Le malade fut alors placé sur une table, et couché sur le côté droit; uneceinture fut fixée entre ses cuisses et sur le bassin, de manière à maintenir celui-ci solidement; une bande mouillée fut appliquée au dessus du genou, et sur celle-ci un bracelet de cuir muni d'anneaux pom* les poulies. L'extension fut pratiquée dans une direction telle que le membre malade croisait l'a uli'e audessous de la partie moyenne ; en une demiheure la réduction fut faite.

Les cas suivans montreiU qu'il ne faut pas désespérer du succès, même lorsqu'un temps considérable s'est écoulé depuis l'accident.

Observation 15". ■— M. Mayo a cité le cas de William Iloney, qui entra Ji l'hôpital dans le mois d'août 1812; sa luxation datait de sept semaines, et fut réduile h; lendemain de son entrée : il fut renvoyé guéri le 18 novembre. C'était une luxation dans la fosse iliaque externe.

Page 1