FRACTURES DE L'OS INNOMIINE
Ces fractures peuvent être prises pour des luxations; et, si on agit en conséquence de cette erreur jtout effort d'extension ajoute infiniment aux souffrances du malade , et pourrait avoir des suites funestes , dans des cas où il aurait existé des chances de guérison. Lorsqu'une fracture de l'os innominé traverse la cavité cotyloïde, la tète du fémur est attirée en haut et le trochanter un peu en avant, de sorte que la jambe est raccourcie , et le genou ainsi que le pied sont tournés en dedans. Un cas de ce genre peut être facilement pris pour une luxation dans l'échancrure sciatique.
Si l'os innominé est luxé sur le sacrum, et si le pubis et l'ischion sont fracturés, le membre est un peu raccourci ; mais, dans ce cas, le genou et le pied sont tournés en dehors et non en dedans. J'ai vu deux exemples du premier cas et un seul du second.
Sa général, ou reconnaît ces fractures à une
crépitatioamanifeste, perçue, d ans les mouvemens de la cuisse, par la main du chirurgien placée sur la crête iliaque ; ces fractures sont d'ailleurs accompagnées d'une mobilité plus grande que celle qui a lieu dans les luxations.
Observation 128'— On apporta, en janvier 1791, à l'hôpital Saint-Thomas, un homme sur lequel était tombée une barrique de sucre. La jambe droite était d'environ trois pouces plus courte que la gauche , le genou et le pied étaient tournés en dedans. Ces circonstances conduisirent le chirurgien dans le service duquel il fut placé, à penser qu'il avait à f^ire à un cas de luxation, bien que, d'après sa propre observation, le membre parût beaucoup plus mobile qu'il ne l'est habituellement dans les cas semblables, et qu'il y eût en cet endroit une énorme contusion et un épancWement sanguin considérable. Le chirurgien fit une exleusioa
très-légère, avec les plus grandes précautions, dans le but de restituer au membre sa longueur naturelle, mais il ne put y parvenir ; et pendant qu'il pratiquait cette extension, on reconnut de la crépitation dans l'os innominé. Le malade était dans une prostration extrême, son visage était très-pâle, et il semblait expirant. Il mourut dans la soirée.
Autopsie. — La partie postérieure de la cavité cotyloïde était fracturée , el la lète de l'os avait glissé hors de sa cavité. Le tendon du muscle obturateur interne et les muscles jumeaux embrassaient étroitement la tête du fémur ; la fracture s'étendait depuis la cavité cotyloïde . à travers l'os innominé, jusqu'au pubis. Les os pubis étaient séparés au niveau de la symphjse et distans l'un de l'autre de près d'un pouce ; une portion du cartilage était arrachée du pubis droit, et adhérait à celui du côté gauche. La portion iliaque était séparée de chaque côté, et, du côté gauche , le pubis, l'ischiutn et l'ilium étaient fracturés. L'abdomen renfermait environ une pinte de sang,. et le rein gauche était fortement contus. Les tégumeus étaient enlevés de dessus la rotule, et la capsule articulaire était mise à nu.
Observation 129* — Dans un autre cas de ce genre qui s'est présenté à l'hôpital St-Thomas, et qui offrait les apparences d'une luxation en arrière , le malade a vécu quatre jours. A l'autopsie, on trouva que la fracture traversait la cavité colyloïde, divisant l'os en trois parties ; la tête du fémur était profondément enfoncée dans la cavité du bassin.
Observation 130* communiquée par M. Sanclfort. — Fracture et luxation des os du bassin. — Mary Griffiths, âgée de 30 ans, fut admise à l'hôpital de Guy, le 8 août 1817, à 5 heures aprèsmidi. Son corps avait été pressé par la roue d'une voitui'e contre un poteau de réverbère , et le bassin avait supporté toute la violence de cette compression. Une saignée de bras peu forte avait été faite avant son entrée, et, comme elle était très-pâle , que son pouls était très-faible , et qu'elle rendait des matières fécales involontairement , on ne revint pas aux émissions sanguines.
En la faisant coucher sur le ventre, et en appliquant une main sur la partie postérieure de l'ilium du côté droit et l'autre sur le pubis du même côté , on sentait une mobilité et une crépitation distinctes; l'épine postérieure de l'ilium se projetait en haut , au-dessus du niveau ordinaire de sa jonction avec le sacrum , et l'on crut que l'os iliaque était luxé sur le sacrum avec fracture de l'un ou l'^iutrc de ces deux os. La malade ayant ensuite été couchée sur le dos, on trouva en pratiquant le toucher, que le pubis faisait une saillie anormale dans la cavité du bassin. Un épanchement sanguin s'étendait depuis la dernière côte jusqu'à la partie supérieure de la cuisse du côté droit.
Alors 8'élcva la question de savoir si l'on
donnerait issue à ce sang extravasé, en pratiquant ui:e ouverture aux tégumens, carie sang paraissaii; liquide; mais en y réfléchissant, on pensa que les vaisseaux donneraient encore , que la malade dans son état d'affaiblissement ne pourrait supporter cette hémorrhagie , tandis que le rang une fois coagulé serait la meilleure garantie contre une hémorrhagie ultérieure; OR se borna donc à appliquer solidement une large bande autour du bassin , à évacuer la vessie qui contenait environ une pinte d'urine. ( Teinture d'opium, gouttes XXX ). Le soir, l'extravasation sanguine avait un peu augmenté; la malade éprouvait dans la cuisse et dans la jambe du côté droit, une sensation de picotement qui l'avait portée à desserrer son baildage ; elle avait vomi , les pieds étaient froids, la douleur et la soif très- vives. Le pouls était à 90 et petit.
Le 9, elle se plaignit d'éprouver une sensation de diduction des deux moitiés de son corps ; et, en examinant les membres inférieurs, on reconnut que celui du côté droit était plus court que l'autre ; ce membre était engourdi ; la langue était sale, mais la douleur et la soif étaient diminuées, et les pieds n'étaient pas aussi froids que le soir précédent. Comme elle n'avait eu depuis son entrée aucune selle , on lui administra un purgatif ; on évacua de nouveau la vessie qui était paralysée. L'ecchymose avait une étendue considérable, et il était douteux qu'elle pût être résorbée. On plaça un coussin sous le côté droit pour soutenir le bassin , et un autre sous le genou pour maintenir le membre dans une position commode. Le soir, le pouls était à 112 , la malade accusait de vives douleurs dans l'aine et dans le côté droit du corps. On fut obligé de recourir de nouveau au calhétérisme et aux purgatifs.
Le 10, au matin, la malade accusait la sensation d'une mobilité des os du bassin les uns sur les autres , plus manifeste qu'elle ne l'avait été jusque-là ; ses douleurs avalent été considérables , la langue était chaigée , le pouls plus plein , mais elle avait été à la selle et elle avait uriné naturellement. A une heure , le pouls étant plus développé, donnant 120 pulsations, et la chaleur de la peau étant très-élevée , une saignée de 10 onces fut pratiquée; cette évacuation n'amena aucune amélioration apparente. Le soir, la douleur et la fièvre avaient augmenté, et comme la malade se plaignait d'être trop seiTée par le bandage qui entourait encore le bassin, ce bandage fut enlevé. On recourut de nouveau au cathélérisme , et on administra un purgatif avec de l'opium.
Le 11, elle avait passé une bonne nuit ; le pouls était à 120, mais moins dur; la langue était chargée; on continua l'usage des purgatifs.
Le 12, on prescrivit une lotion stimulante dans le but de provoquer la résorption du sang extravasé. On voyait quelques points d'une couleur très-foncée dans les endroits où l'ecchymose avait été le plus forte; au niveau de ces taches , l'cpiderme s'était détaché.
Le 15, il y avait du mieux, la malade avait eu de l'ischion du même côté ; l'os innominé du plusieurs selles et avait uriné; cependant elle côté droit était séparé dusacrumà la symphyse éprouvait encore une vive douleur dans la sacro-Iliaque, et une partie des apophysiïslranshanche. verses du sacrum étaient brisées et séparées de
Le lii, la gangrène dos parties excoriées pa- cet os avec les ligamens. Le cartilage et les liraissant imminente, on pratiqua une ponction gamens de la symphyse pubienne étaient déaux tégumens , presque vis-à-vis le grand tro- chirés, et la symphyse sacro-iliaque gauche chanter; il s'en écoula une pinte de sérosité était disjointe. Le ligament qui la revêt était mêlée à du sang et à une matière qui paraissait déchiré , et les os assez distans pour admettre adipeuse. entre eux le manche d'un scalpel. On trouva
Le 15, l'urine et les matières fécales s'étant ré- du sang épanché dans le bassin, derrière le'pépandues dans sou lit, elle demanda à être trans- ritoine.
portée sur un autre, le pouls était à 112; la J'ai vu trois cas de guérison de fracture» plaie faite la veille ne semblait pas marcher simples de l'os innominé. Deux de ces fractuvers la cicatiùsation, et l'on y appliqua un ca- res avaient leur siège à l'ilium, et la maladie taplasme. fut facilement diagnostiquée par la crépitation
Le 16 , elle parut se trouver bien du change- que l'on produisait en imprimant des mouvement de lit; ses douleurs étaient moins vio- mens à la crête de cet os. Dans le troisième cas lentes; le poiilsétait à 108; on luifitpiendre la fracture avait lieu à la réunion delà bi'anche quelque nourriture pour soutenir ses forces, de l'ischion avec la branche descendante du et on lui accorda une petite quantité de por- pubis. Dans les deux premiers cas , une bande ter. Mais le 17, la quantité de cette boisson fut fut appliquée circulaii'ement autour du bassin, diminuée îi cause d'un léger délire qui eut lieu et les malades furent largement saignés ; mais dans la nuit. dans le dernier on n'employa aucun ban-
Le 18, l'escharre de la partie qui avait été le dage. plus contuse s'était considérablement étendue; J'ai vu aussi une fracture compliquée de l'os cependant la langue était plus nette et la peau innominé, suivie de guérison. M. Hulbert m'a avalisa chaleurnaturelle. Le lendemain la ma- envoyé un cas de fracture compliquée de l'ilade parut mieux , elle avait passé une bonne lium , qui s'était terminé par la mort, nuit. On appliqua surla hanche un cataplasme J'ai rencontré aussi plusieurs cas de fracde vieille lie de bierre;et, sur ses vives-instan- tures du pubis près de la symphyse , accompaces , on la coucha sur le côté gauche , parce gnées de déchirure de la vessie ; tous ont été qu'elle croyait que cela diminuerait la douleur suivis de la mort. Mais lorsque les os ont été qu'elle ('prouvait dans le côté droit. ' fracturés sans lésion de la vessie, les malades
Le 20, l'escharre de la partie supérieure et se sont guéris, postérieure de la cuisse avait fait des progrès. En ce moment (septembre 1823) , à l'hôpital On prescrivit la décoction et la teinture de de Guy, existe un cas semblable, dans lequel quinquina avec un purgatif, dans le cas où la on croit que la vessie est déchirée au-dessous soif augmenterait, et un régime plus nourris- de la réflexion du péritoine entre cette mem- ^^"'•- brane et le pubis. Le malade semble marcher
Le 21, la langue était chargée, le pouls à 120. vers la guérison , grâce à l'usage d'une sonde. Le 23 , rostomac ne pouvait rien garder, la Mais dans les cas où la lésion est au-dessus de malade avait un profond presseutimei't de sa la réflexion du péritoine, l'urine s'épanche mort prochaine. L'escharre avait encore fait dans l'abdomen et détermine une inflammades progrès; la mort survint dans la soirée tion de la totalité du péritoine. *^^^ 2^' Dans les cas de ce genre, suivant que la ves-
sie est vide ou distendue au moment de l'acci- Autopsie. — On trouva une fracture divisant dent, elle peut rester intacte ou se déchirer (1). le corps du pubis du côté gauche, et la branche
(i) Bien que les fractures comminutive^ flu bassin soient des accidens assez souvent mortels, ces fractures, raeme lorsqu'elles sont accompagnées de graves desordres, peuvent néanmoins être suivies de guérison.
Fracture comminntive de l'isc/iion et -lu pubis, compliquée d'une déchirure énorme du périnée et de fr.tcture du bras; guérison. Par Geo-.s ilankin. [Gaz. méd. , i833, p. 53.) - Un fermier du Haut- Canada , traversant en voiture un pont s,',ns parapets, se trouva à la rencontre d'une voilure pesamment chargée , dont il acc.ocha la roue. En reculaut pour se dégager, il perdit 1 équiULre et tomba d* sa voilure en Las Jupoot, !» une profondeur detreutc- pieds. Le cheval continua à reculer, tomba lui-même avec le char et fut lue du coup; le char aileignit encore le mallieureui fermier. Delà, des désordres variés, occupant spécialement le périnée et le bassin ; plus une fracture comminulive au bras droit. Au premier aspect, on aijereevait à nu une partie du sphincter ami; tout le périnée et le scrolum déchirés , de manière que la plaie figurait un triangle dont le sommet était à l'anus, dont la base occupait le pénis et l'hypugastre ; les testicules éiaieut. complètement dénudés et suspendus comme deux œufs; on a peine à concevoir comment ils n'avaient point élé arrachés ou délruits. En eiamiuant les choses de plus près, je trouvai les par. tic. molles sous-jaceutes dans un élat de Ircération effroyable ; une portioa de h branche de n»cLioa en-
DE