FRACTURES OBLIQUES DES CONDYLES DU FÉMUR
F|i&CTl}RE SIMPLE.— Ces cas sont rares; mais (juaiid ils surviennent , il est diflicile de prévenir la difformité , et de rendre au malade l'usage complet du membre. Ces fractures se reconnaissent au gonflement considérable qui les accompagne, à la crépitation qui se fait sentir dans les mouvemens lents de l'articulation, et à la difformité qui en est le résultat. La fracture a son siège , tantôt dans le condyle externe , tantôt dans l'interne , et l'os est frai;turé jusque dans l'articulation.
Que le condyle externe ou l'interne soit fracturé, le traitement doit être le même. Il faut placer le membre sur un coussin , dans une position rectiligne, et combattre le gonflement et l'inflammation par les sangsues et les lotions évaporantes. Quand ces pi-emiers symptômes ont été domptés, on place autour du genou une bande et un morceau de carton e'pais, long d'environ seize pouces, assez large pour s'étendre à toute la partie postérieure du genou , et revenir de chaque côté jusqu'aux bords de la rotule. Ce carton, qu'on a dû tremper préalablement dans de l'eau tiède , est fixé par des tours de bande. Quand il est desséché il a pris la forme de l'articulation à laquelle il s'adapte, et la conserve de manière à maintenir les fragmens en contact. On peut placer, de chaque côté de l'articulation , des attelles de bois, ou de fer-blanc; mais elles produisent souvent une pression douloureuse. Au bout de ciaq semaiaes f^oa peut commencer» avec pré«
caution, les mouvemens passifs , afin de prévenir l'ankylose. La position rectiligne du membre me paraît préférable , parce que , dans cette attitude, le tibia presse, suivant la même direction,et sur le condyle fractuf 4at sur>.c«ltttt qui est intact. , iil, noa wpfc
Fractiire compliquée. — Les cas de "fracture compliquée des condyles sont très-rares :
ûàservati&nl^ù, — Michaêl Dixon entra le tï septembre 1816, à l'hôpital Saint-Thomas, dans le Service de M. Travers, pour une fracture de l'extrémi té inférieure du fémur, causéepaï une roue de voiture dans laquelle ses jambes s'é^' taient engagées. Le déplacement des fragmens était considérable; il y avait une petite plaie visà-vis le condyle externe. Il était évident que la fractura s'était étendue presque dans la direûtion de l'axe du fémur, et qu'il y avait une fracture transversale du corps de l'os au-dessus de l'articulation ; le condyle externe , mobile* avait été déplacé au moment deTaccidenl, comme s'il eût été attiré par la jambe qui était comme tordue en dedans. Le membre fut placé dans un appareil à fracture, dans une position demi-fléchie , reposant sur le talon. Les symptômes généraux furent peu graves. Le 3 octobre, le condyle était encore mobile; les tégumens ulcérés avaient mis l'os à nu. La santé restait . bonne.Le 5 novembre, l'os fracturé faisait sail- Ue «t paraissait nécrosé; il était entouré d»
FRACTURES DU GENOU
bourgeons fongueux ; la suppuration était peu abondaïite. Le 18, la portion d'os saillaule ayant été enlevée, on reconnut qu'elle était constituée par le condyle externe du fémur avec sa surface articulaire. Une petite portion osseuse faisait encore saillie, mais la cicatrisation s'étendit promptement de manière à la recouvrir. Alors , on plaça le membre dans l'extension , l'ankylose étant regardée comme inévitable.
Le 1" décembre , le malade avait recouvré l'usage presque entier de son membre, et pouvait le fléchir et l'étendre sans douleur. Le 6 décembre , il fut renvoyé de l'hôpital. La plaie était cicatrisée ; il marchait assez bien en s'appuyant sur lin bâton. Dans le mois de février suivant, il se présenta à l'hôpital, marchant sans appui, et jouissant de toute la liberté de ses naouvemens.
Chez les sujets âgés , ces accidens sont quelquefois mortels, comme on le voit dans l'observation suivante ; j'ai même vu une fracture simple des çondyles entraîner aussi la mort.
Observation 157'. — Fracture compliquée des çondyles du fémur. — Le 1" janvier 1822, Blukwick, âgé de 76 ans , glissa de dessus un trottoir, et tomba , de tout le poids de son corps , sur le genou. La rotule semblait avoir été poussée , à la manière d'un coin, entre les çondyles du fémur qui étaient séparés l'un de l'autre par une fracture s'étendant obliquement le long du corps de l'os, dont l'extrémité venait se faire jour à travers une plaie des tégumens. La rotule était restée dans sa position et n'était pas fracturée. Le malade était, lors de l'accident, dans un état d'ivresse. M. Rowe, à qui je dois les particularités de ce fait , le vit, trois heures environ après l'accident ; il le fit porter dans son lit , et rétablit , sans beaucoup de difficultés, les parties dans leur position. Les fragmens furent maintenus réduits, par des attelles et des bandes, et le membre fut placé dans une direction rectiligne. L'acétate de plomb fut appliqué sur l'articulation , et l'on
prescrivit pour le soir une potion opiacée. Le malade passa la nuit dans un état satisfaisant , et le matin la douleur avait disparu en grande partie. Un purgatif qui fut administré , produisit d'abondantes évacuations.
Le soir de ce jour, ayant été appelé auprès du malade, je fis attacher, avec des courroies, sur la partie fracturée, une genouillère en cuir, et je recommandai de maintenir le membre dans une position rectiligne. Le malade fui soumis à un légime sévère; on lui donna des purgatifs salins et des opiacés , de temps eu temps.
Ce traitement fut continué jusqu'au vingtunième jour après l'accident; il ne survint aucun symptôme fâcheux ; toutefois dans la soirée de ce jour, il se développa beaucoup de chaleur; la fréquence du pouls devint extrême; la langue se dessécha , et il se manifesta de la tendance au délire. Il paraît que ces symptômes alarmans furent exaspérés par un verre d'eau et d'eau-de-vie donné contrairement aux prescriptions. M. Rowe , prescrivit un purgatif; mais le danger allait croissant rapidement. Le lendemain matin, il y avait beaucoup de fièvre, le pouls était à 130 ; le visage exprimait l'abattement. Le malade mourut le 2Zi.
Autopsie. — Une quantité considérable de pus fut trouvée entre les muscles de la cuisse ; une partie de ce pus fut évacuée par la plaie extérieure. Le corps du fémur était fracturé très-obliquement, dans une étendue de sept pouces environ au-dessus de l'articulation. La fracturé s'étendait en bas , jusque dans l'articulation ; elle occupait presque la ligne centrale de l'os, entre les deux çondyles, mais elle se rapprochait un peu plus de l'externe , qui était complètement détaché de l'autre. Il y avait aussi un fragment de trois pouces de long , qui s'était détaché du corps de l'os , au-dessus du condyle externe, mais qui s'était engagé dans le tissu réticulaire , où il était resté logé.