DU COUDE
sent aucun changement Dans un cas que j'ai disséqué, l'olécrâne était séparé du cubitus par un intervalle de deux pouces. Le ligament capsulaire était déchiré de chaque côté de l'olécrâne, et le fragment isolé était réuni au reste de l'os par une longue bande ligamenteuse.
Il résulte de ce qu'on vient de lire qu'aussitôt après la fracture , l'olécrâne est élevé d'un pouce et demi à deux pouces au-dessus du cubitus, par l'action du triceps , et que l'écartement est en raison de la déchirure du ligament capsulaire et du faisceau fibreux qui s'étend de l'apophyse corouoïde à l'olécx-âne.
Afin de me rendre compte du mécanisme de cette fracture, et du procédé de saguérison, j'ai fait les expériences suivantes sur un chien :
Première expérience. — Après avoir tiré latéralement , avec force , la peau qui l'ecouvre l'extrémité de l'olécrâne, je fis une petite incision aux tégumens , et je plaçai un couteau sur le milieu de cette éminence dans une direction transversale ; ensuite, avec le secours d'un maillet, je divisai l'os facilement. Le fragment supérieur fut écarté à l'instant môme par l'action du muscle triceps; il se fit un épanchement de lymphe plastique. Au bout d'un mois, quand j'examinai le membre, je trouvai l'os réuni par un ligament très-foi't.
Deuxième expérience. — J'ai fracturé de la même manière l'olécrâne chez plusieurs lapins. Dans ces expériences, il s'écoula d'abord du sang; puis, de la lymphe plastique combla l'intervalle des fragmens. Cette lymphe se convertit peu à peu en tissu ligamenteux , de plus en plus solide , à mesure que l'examen en était fait à une époque plus reculée.
Troisième expérience. — Je voulus m' assurer si l'olécrâne était susceptible de se consolider par un véritable cal. En conséquence, je produisis des fractures presque longitudinales , de telle sorte que les fragmens restaient en contact, et je trouvai que, dans ces derniers cas; l'union osseuse s'opérait rapidement.
Ainsi, comme pour l'extrémité du calcanéum entraîné par l'action musculaire , le défaut de cal est dû ici au défaut de contact. Mais il existe une autre cause de non réunion dans les fractures intra-capsulaires du col du fémur, de l'apophyse coronolde du cubitus, et de l'extrémité du condyle externe de l'humérus. Dans ces fractures , le défaut d'union est dû à la diminution de nutrition qu'éprouve la partie fracturée, qui ne reçoit plus les matériaux qui lui sont nécessaires , que par l'extrémité des vaisseaux destinés à la nutrition d'un tissu ligamenteux.
J'ai vu des exemples de consolidation osseuse de cette fracture chez des sujets vivans , dans des cas où elle avait son siège très-près du cubitus.
La substance ligamenteuse qui sert de moyen d'union entre les deux fragmens de l'olécrâne, est souvent incomplète ; tantôt; elle Qffre une lacune , tantôt elle en offre plusieurs.
FRACTURES quand sa longueur est considérable. Le bras est d'autant plus affaibli que ce tissu ligamenteux a plus d'étendue; en effet, s'il est trèslong;, le muscle biceps perd de sa force, et l'extension de l'avant-bras en est rendue plus difficile.
Celte lésion reconnaît pour cause : 1° une chute sur le coude, quand l'avant-bras est fléchi ; 2° l'action du muscle triceps , quand il se contracte soudainement et avec énergie, au moment où l'avant-bras est dans la flexion.
Dans le traitement , on doit avoir égard à la nature des accidens. S'il y a beaucoup de gonflement et si la contusion est forte , il est bon de recourir aux lotions évaporantes, et de faire des applications' de sangsues pendant deux ou trois jours ; après que l'inflammation a diminué i il faut appliquer un appareil. Dans les cas , au contraire , où le membre n'a été soumis qu'à une violence peu considérable , on doit recourir tout de suite au bandage. Le traitement repose sur les principes suivans : l'rendre l'écartement aussi court que possible, afiu que la substance intermédiaire ait peu de longueur , et que la foi'ce du bras soit conservée ; 2° rendre à l'articulation ses mouvemens.
Si le gonflement et l'inflammation ne s'y opposent pas , il faut que le chirurgien place le bras dans l'extension et abaisse le fragment supérieur jusqu'à ce qu'il soit en contact avec le cubitus. Dans ce but, on se sert d'un bandage analogue au bandage unissant des plaies en travers. Il faut ensuite appliquer une attelle bien matelassée à la partie antérieure de l'articulation , afin de maintenir l'avant-bras dans l'extension ; cette attelle est maintenue par des tours débande: et enfin, il faut arroser souvent le lieu de la fractui'e avec un mélange d'eau et d'alcool.
La fracture de l'olécrâne est la seule lésion du coude qui réclame l'attitude rectiligne du membre ; celle des condyles de l'humérus et de l'apophyse coronolde, réclament en effet la flexion.
Au bout d'un mois, l'atlelle doit être enlevée, afin de commencer les mouvemens passifs ; si l'on y avait recours avant cette époque, l'olécrâne se séparerait du corps de l'os , et le tissu ligamenteux deviendrait plus long et plus faible.
Toute fracture de l'olécrâne située à un pouce au-dessus de l'extrémité libre de cette apophyse , exige le même traitement que celui qui vient d'être indiqué.
Miss B***, âgée de 30 ans , tomba de son cheval sur le coude , et se fractura le cubitus, à un pouce au-dessous de l'extrémité libre de l'olécrâne. Le membre ayant étémaintenu fléchi pendant li'ois mois , la malade ne pouvait plus alors en opérer l'extension. Je ne triomphai de la résistance qu'avec beaucoup de peine, et je maintins l'extension au moyen d'une attelle.