‹ Œuvres chirurgicales complètesChapitre 70 sur 214 · DU POIGNET · texte numérisé non relu

DU POIGNET

chute de dessus une échelle , sur la main et le genou: la main était renversée en arrière; le cubitus faisait saillie à travers les tégiunens h la partie interne du poignet. L'os fut réduit , on appliqua une bande autour du poignet , et la plaie guérit par première intension. Au bout de sept semaines, le malade était trè.sbien, à cela près d'un léger engorgement des tendons , qui persista quelques semaines.

Fracture de liA tète des os du métacarpe. — Quelquefois les os métacarpiens sont fracturés à leur extrémité digitale appelée leur tête; le fragment inférieur s'afl'aisse vers la paume de la main, et donne lieu aux apparences d'une luxation du doigt. Pour opérer la réduction et la consolidation de cette fracture, il faut placer dans la paume de la main, une boule assez volumineuse, et l'y maintenir à l'aide d'une bande.

DE

LA COLONNE VERTEBRALE

ET LESIONS DE LA MOELLE RACHIDIENNE.

Malgré les assertions de plusieurs chirurgiens, les luxations de la colonne vertébrale, si toutefois elles ont lieu , doivent être extrènaernent rares. Pour ma part, dans les nombreux cas de lésion de la colonne vertébrale que j'ai observés, je n'ai jamais vu deux vertèbres séparées l'une de l'autre dans l'articulation du corps de ces vertèbres, sans qu'il y ait en même temps fracture des apophyses ai-ticulaires , ou du corps des vertèbres. Cependant je ne prétends pas nier la possibilité de la luxation des vertèbres cervicales, dont les apophyses articulaii-cs sont dirigées plus obliquement que celles des autres vertèbres. Je ferai remarquer toutefois, que nos hôpitaux, étant très-voisins du port, reçoivent très-souvent des marins qui offrent des lésions de l'épine , causées par une chute des vergues sur le tiilac. Presque toujours , rinspcction cadavérique peut être faite dans ces cas , où je n'ai janinis trouvé un seul CMuipIc de luxation, mais toujours des fractures avec dt'placement des os , ce qui me confirme dans l'opinion que ces laxalious sont cxtrémemeiiL larcs.

Je suis très-bien que des chirurgiens recommandables ont décrit des luxations des vertèbres cervicales , mais ici je me borne à citer les résultats de ma propre expérience.

Les violences extérieures exercées sur la colonne vertébrale , déterminent dans la

moelle épinière des effets qui ressemblent beaucoup à ceux que produisent les mêmes causes sur le cerveau.

Commotion be la moelle épiniière. — Un

coup très-violent sur la colonne vertébrale , ou bien une flexion très-violente et subite de cette partie , détermine ti'ès-fréquemment la paraplégie , à un degré qui est en rapport avec la violence de la lésion; mais, en général , le malade recouvre peu à peu le mouvement et la sensibilité des parties paralysées.

Observai ion 175*. — On apporta à l'hôpital de Guy, dans le service de M. Curry, unhomme quiavaitété terrassé parla chute d'unelourde pièce de bois qui avait porté sur la l'égiou lombaire. Les membres inférieurs avaient perdu en grande partie leur mobilité et leur sensibilité. Étant couché sur le dos, le malade pouvait à peine élever ses jambes , et il se passa beaucoup de temps avant que sa volonté pût exercer aucune influence sur les muscles des membres inférieui's. L'intensité de la contusion et une douleur profonde dans la région lombaire, engagèrent à prescrire des applications fréquentes de ventouses, et le calomel à dose purgative. Lorsque la douleur et la sensibilité à la picssion furent dissipées , on appliqua sur le même point un vésicatoire qu'on

fit suppurer. Les membres inférieurs furent friclloiinés avec un linimeut ammoniacal. Au bout de six semaines', le mouvement et la sensibilité des jambes étaient presque entièrement recouvrés; on compléta le traitement par l'emploi de l'électricité. La guérison était complète au bout de deux mois et demi.

J'ai donné des soins à un malade qui, dans une chute de cabriolet, avait reçu un coup violent dans la région lombaire , et qui , dans les premiers temps qui suivirent l'acoident , éprouva de la difficulté dans l'émission de l'urine et des fèces. II fut guéri par les fomentations et les ventouses.

Épanchement dans le canal rachidien.

— Un coup très-violent sur les vertèbres , peut déterminer un épanchement sanguin entre la moelle et le feuillet de l'arachnoïde , mais plus souvent à l'extérieur de la gaine qui le renferme. Depuis ces dernières années, j'ai continué, dans l'examen des cadavres, d'enlever avec le plus grand soin , les apophyses épineuses, aûn de constater l'état de la moelle, et au moyen de ce procédé , j'ai reconnu plusieurs fois que, dans des cas de violences tiès-fortes , l'épanchement siégeait fréquemment à l'extérieur de la gaîne qui enveloppe la moelle. Dans un cas, l'épanchement existait sur la moelle elle-même, immédiatement au-dessus de la queue de chev al.

Observation 116' , cûmviiuùq liée par Le docteur J. Heaviside. — En juin 181/i , un jeune enfant de 12 ans , étant à se balancer dans une lourde escarpolette de bois , fut atteint au-dessous du menton, dans le mouvement en avant, par une corde qui portfi dans une extension forcée la tête et toutes les vertèbres cervicales ; une fois dégagé, il ne fit aucune attention. à son accident. Pendant plusieurs mois après l'accident , il n'éprouva ni gêne , ni douleui' ; cependant ses camarades remarquèrent qu'il était moins actif qu'à l'ordinaire, et que, au lieu de se réunir à leurs jeux , il restait couché sur un banc , ou appuyé contre une porte. Ses forces, en elïet, commencèrent à s'altérer. Vers le milieu du mois de mai suivant, il vint à Londres. Il accusait alors des douleurs qui se manifestaient par intei-valles dans la tête,, devenaient plus vives vers la nuque où un vésicatoire avait été appliqué sans soulagement, et se prolongeaient le long du dos. Les muscles de la région postérieui'e du dos et du cou étaient raides, durs, et très-douloureux à la pression. Tous les mouvemens de la tète et du cou étaient douloureux; la puissance de la volonté sur les muscles, notamment sur ceux desmiembres, avait beaucoup diminué.

18 mai. Deux sétons fiu-cnt placés à la nuqae, et on prescrivit divers médicamcns ; mais ces moyens n'amenèrent aucim résultat avantageux.

29 mai. La douleur et la paralysie des membres avaient fait des progrès; il éprouvait, en outre, au défaut des côtes, une douleur brû-

lante, à laquelle succéda le lendemain une sensation extrême de fioid dans le même point. Quelque temps après,même douleur, également passagère, dans im point un peu plus élevé du dos. Pouls et chaleur à l'élat normal.

A la suite d'une consultation, pour laquelle se réunirent MM. Baillie, Pemberton, A. Conper et Heaviside, et qui eut lieu le 3 juin, on administra le mercure à l'intérieur ; mais, comme ce médicament agissait trop activement sur les intestins, on l'employa sous forme de frictions. Les rhembrcs devinrent plus faibles de jour en jour , mais les mouvemens du cou furent moins douloureux et plus faciles au malade.

Le 7 juin, la respiration devint laborieuse, la nuit fut mauvaise, et la mort eu lieu le lenmain.

Autopsie. — Toute la masse encéphalique , examinée avec soin, fut trouvée saine. Le canal vertébral, depuis la première vertèbre cervicale jusqu'à la seconde dm-sale inclusivement, était rempli de sang épanché entre la gaîne de la moelle et le canal osseux. Une petite partie du sang était coagulée, et formait une couche adhérente à la gaine ; le reste s'écoula quand on ouvrit le canal rachidien.

Fracturjjs du kachis. — Une fracture du l'achis, lors même que les os conservent leur position, peut produire, par la déviation.qu'elle entraine dans la colonne vertébrale, des symptômes e-"5-traQrdin<iires et même une mort subite. Else, qui était professeur d'anatomie à l'hôpital St-Thomas, avant Cline, rapportait le cas sujvapt dans ses cours :

Observation HT. — Fracture de l'apophyse odontoïde ; mort subite. — Une femme qui était soumise à un traitement mercuriel , dans la salle des vénériens à l'hôpital Si-Thomas, étant assise sur son lit, et prenant sou repas, tomba tôut-à-coup en avant; on courut à elle, et on la trouva morte. A l'examen du cadavre, on reconnut que l'apophyse odontoïde de la deuxième vertèbre était fracturée ; la tète tombant en avant, avait donné lieu à la compressure subitement mortelle de lamoelle épinière par lai-adné de cette apophyse.

Observation 118' , citée d'après M. Cline,— Fracture de l'atlas. — Un enfant de trois ans , ayant fait une chute violente, présenta les symptômes suivans :. H était obligé de marcher avec les mêmes. précautions et la même attitude au'une personne qui porte un fardeau sur le sommet de la tête ; quand il voulait voir un objet aii-dessous do lui , il soutenait son menton avec sa main, et abaissait graduellement la tête, afin de pouvoir diriger ses yeux en bas. Si, au contraire, l'objet était plus élevé que lui, il portait ses deux mainsi derrière sa tête, et élevait celle-ci peu à peu jusqu'à ce que ses yeux eussent rencontre l'objet qu'il désirait voir. Si, dans ses jeux avec d'autres enfans, ceux-ci couraient après lui, cette course

produisait une secousse très-douloureuse ; il était obligé de soutenir son menton avec sa main, et de se rendre immédiatement auprès d'une table, sur laquelle il plaçait ses deux coudes, et appuyait ainsi sa tête pendant trèslong-temps, jusqu'à ce que les efTets de la commotion fussent dissipés. Il mourut environ un an après l'accident. A l'inspection du cadavre, M. CJine trouva une fracture verticale de la première vertèbre ; l'apophyse odontoïde de la deuxième vertèbre avait tellement perdu son soutien, que dans les divers mouvemens d'inclinaison de la tête, il y avait incessamment imminence de compression de la moelle par cette apophyse ; et, comme le jeune malade avait l'instinct de l'insuffisance des muscles de son cou, pour maintenir sa tête et éviter cette compression, il soutenait celle-ci avec ses mains dans ses divers mouvemens et dans ses diverses attitudes.

Quelquefois, desfragmens des apophyses épineuses sont détachés par une fracture ; mais ces lésions n'intéressent pas ordinairement la moelle, à moins qu'elles ne soient accompagnées de commotion. M. Aston Key m'a fait voir une apophyse épineuse, recueillie par lui sur le cadavre d'un sujet livré aux dissections ; celte apophyse, qui appartenait à la troisième vertèbre dorsale, avait été fracturée ; et, dans le lieu de la fracture, il s'était formé une articulation munie d'une synoviale et d'un ligament capsulaire. Les surfaces de la fracture s'étaient recouvertes d'un cartilage mince. La synoviale de nouvelle formation était plus vascul aire que les synoviales des articulations normales. L'humeur, qui lubrifiait cette cavité articulaire , avait une ressemblance parfaite avec la synovie.

Observation 179% — Fracture des apophyses épineuses. — Un jeune garçon, ayant essayé de soulever une roue pesante, en introduisant sa tête entre les raies, et eu recevant le fardeau sur ses épaules, la roue fit bascule sur lui et le renversa plié en double. Quand on l'apporta à l'hôpital de Guy, il se tenait comme une personne qui est atteinte depuis long-temps d'une

I. Dans les cas où la fracture est située audessus de la troisième vertèbre, T'accident est presque toujours immédiatement mortel , à moins que le déplacement ne soit très-borné. Quand, au contraire, la fracture siège au-dessous de cette vertèbre, la mort n'arrive qu'à des époques plus ou moins éloignées. La cause de cette différence doit être attilbuée à ce que l'origine du nerf phrénique est placé auniveau des troisième et quatrième paires cei'vicales. En effet , les parties situées au-dessous de la fracture étant paralysées par suite de la pression exercée sur la moelle, si la fracture a son siège au-dessus de l'origine de ce nerf, le diaphragme cesse ses fonctions, et la mort survient aussitôt. Quand, au contraire, la fracture a lieu plus bas, le nerf continuant à fonctionner , la mort n'a pas lieu immédiatement. Il est vrai qu'un petit rameau du second nerf cervical concourt à la formation du phrénique, mais il est insuffisant pour entretenir la respiration , dans les cas de fracture de la troisième vertèbre. J'ai pourtant vu un su- Jet survivre dix mois à un accident de ce genre.

II. Les effets d'une fracture avec déplacement, au-dessous de l'origine du nerf phrénique, varient suivant que la fracture a lieu à Une plus ou moins grande hauteur.

Si la fracture siège à la région lombaire, les membres inférieurs deviennent complètement insensibles ; on peut les pincer , y appliquer des caustiques, des vésicatoires , sans que le malade en ait la conscience. La volonté n'a plus aucune influence sur les muscles de ces membres. Le sphincter de l'anus n'oppose plus de résistance à l'émission des matières fécales. La vessie ne se contracte plus, et l'urine ne peut s'évacuer que par le cathétérisme. Toutefois, les phénomènes de la vie nutritive persistent dans les membres paralysés; la circulation s'y conserve ; peut-être est-elle moins active, mais elle est suffisante pour entretenir la chaleur, et pour subvenir, sous des influences déterminées, au développement d'une inflammation. Unvésicatoire appliqué à la partie interne de la cuisse ou de la jambe, et qui ne fait éproudéviation de l'épine; cependant les membres ver aumalade aucune sensation, irrite la peau,

et produit la «ésication. Le pénis est ordinal-

iiTférieurs n'étaient point paralysés. Trois ou quatre des apophyses épineuses étaient fracturées ; les muscles n'étaient déchirés que d'un côté, ce quixionnait aux portions osseuses séparées une direction oblique. Le malade guérit sans aucun traitement particulier, et sortit avec le libre usage de son corps et de ses membres ; mais la difformité existait encore.

FR/icTuni: du corps des vertébîjes avec DÉPLACEMENT. — Cette cspècc de fracture n'est pas rare. Tant sous le rapport des symptômes que sous le rapport des accidens consécutifs, on peut admettre deux ordres de fractures avec déplacement: l" colles qui ont lieu au-dessus de la troisième vertèbre cervicale ; 2" celles qui ont leur siège au-dessous de cet os.

remenl en érection. La mort survient avec plus ou moins de promptitude , suivant le degré de déplacement ; mais, en général , c'est dans l'intervalle d'un mois à six semaines ; ordinairement l'urine s'écoule d'une manière involontaire, quelque temps avant la mort, par suite de l'extrême affaiblissement. Je me rappelle un malade de l'hôpital St-Thomas, qui vécut plus de deux ans après un accident de cette nature, et qui succomba a une gangrène des fesses.

Si la fracture et le déplacement siègent à la région dorsale , les symptômes ressemblent beaucoup à ceux qui viennent d'être décrits; mais la paralysie s'étend plus haut, et l'abdomen devient excessivement ballonné. Ce dernier phénomène tient à la diminution de l'ia-

flaence nerveuse sur les intestins, ainsi qu'on l'observe ;\ la fin de presque toutes les maladies graves, dans les derniers instans de la vie. En effet, bien que le mouvement p(''ristaltique du tube intestinal ne soit pas sous l'influence immédiate du cerveau et de la moelle épinière , cependant il est incontestable que les fonctions involontaires, celles des intestins, aussi bien que celles du cœur, peuvent subir quelqu'in^uence de la part du cerveau et de la moelle 'épinière. Ainsi, voyons-nous telles dispositions de l'esprit qui amènent des affections de l'intestin, soit en y diminuant ou en y exaltant l'irritabilité. Ainsi , voyons-nous le cœur palpitant dans les émotions gaies ', et déprimé dans la tristesse. Dans la compression du cerveau, nous voyons encore les intestins très-paresseuxi même sous l'influence des purgatifs les plus énergiques.

Quand la fracture et le déplacement siègent à la région dorsale, la mort arrive plus promptement; elle a lieu d'ordinaire au bout de quinze jours ou trois semaines au plus tard. Cependant, j'ai vu un malade survivre plus de neuf mois à cet accident. Du reste, la mort arrive plus ou moins vite, suivant que la fracture est plus ou moins rapprochée de la région cervicale, suivant que le déplacement est plus ou moins considérable, suivant, enfln, la gravité des lésions qu'a subies la moelle.

Les fractures des vertèbres cervicales, audessous de l'origine du nerf phrénique, déterminent la paralysie des membres supéi'ieurs, ainsi que celle des membres inférieurs ; mais cette paralysie est rarement complète. Si la lésion siège au niveau de la sixième ou de la septième vertèbre, le malade conserve encore un peu de sensibilité et quelques mouvemens ; mais si elle est au niveau de la cinquième, la sensibilité et la motilité sont à peine appréciables , sinon complètement détruites. Quelquefois, l'un des bras est plus paralysé que l'autre; c'est ce qu'on observe quand la fracture est oblique , et que le plexus axillaire d'un des côtés est plus fortement intéressé que celui du côté opposé. La respiration est difficile, et n'est exécutée que par le diaphragme, les muscles intercostaux étant paralysés. L'abdomen se ballonne^ de même que dans la fracture des Tertèbres dorsales. Les autres symptômes, relativement aux membres inférieurs à la vessie, au sphyncter de l'anus, sont, aussi, parfaitement semblables ; la .mort survient du ti-oisième au septième jour, suivant que la lésion occupe la cinquième, la sixième ou la septième vertèbre. Je n'ai presque jamais vu de sujet qui, atteint de celte lésion; ait survécu au-delà d'une semaine; et trèsrarement, ai-je vu la mort arriver le deuxième jour, bien que quelquefois cela ait lieu quand la fracture occupe la cinquième vertèbre.

On trouve à la dissection , les lésions auatomiques suivantes : L'apophyse épineuse de la vertèbre déplacée est déprimée ; les apophyses articulaires sont fracturées ainsi que le corps de la vertèbre ; car il est très-rare que la sépa-

ration et le déplacement aient lieu au niveau delà substance intervertébrale.Ordinairomont le corps delà vertèbre est dévié en avant d'un demi-pouce .1 un pouce; du sang est épanché entre les vei tùbrcs et la gaine de la moelle ; quelquefois cet épanchement a son siège sur la moelle même ; la moelle est comprimée et contuse dans les déplacemens peu considérables ; elle est rompue dans les cas très-graves, mais la dure-mère ne se déchire pas. Au niveau de la rupture, à chacun des bouts de la moelle, il se forme un renflement.La déchirure de cet organe est ordinairement produite par l'arc osseux qui soutient l'apophyse épineuse.

Observation 180% publiée par M. Uarrold. — Un homme, âgé de 28 ans, fut terrassé par une masse considérable de chaux, qui, en tombant sur lui, détermina une fracture du racbis, à la partie inférieure de la région dorsale, ou à la partie supérieure de la région lombaire. M. Harrold tenta d'obtenir la consolidation de la fracture, en tenant la colonne vertébrale dans un repos parfait ; et , dans ce but, le malade fut placé dans un lit à fracture, disposé de manière à ce qu'il pût satisfaire les besoins naturels sans déplacement. L'urine fut évacuée chaque jour par le cathétérisme pendant plusieurs semaines. Après ce laps de temps , le malade pouvait retenir une pinte à une pinte et demie d'urine et la rendre à volonté. II se forma sur le sacrum une plaie , qui se cicatrisa graduellement. Au bout de six mois, le malade était dans l'état suivant : Son dos était droit, souple, et en apparence aussi fort qu'avant l'accident. L'émission de l'urine était soumise à la volonté, mais l'évacuation se faifait probablement plutôt par l'action des muscles abdominaux que par la contraction de la vessie. Il avait une selle tous les trois ou quatre jours. Sa santé générale et sou moral étaient dans un état satisfaisant; mais ses membres inférieurs avaient perdu la sensibilité et les mouvemens volontaires. Il s'habillait lui-même, et descendait l'escalier en se traînant de degré en degré. Il succomba un an après l'accident, par suite d'un ulcère situé sur la tubérosité del'ischlum, et accompagné d'une maladie de l'os.

J'ai examiné avec soin la pièce anatomique, qui est conservée dans la collection du collège l'oyal des chirurgiens. Le coips de la premièi'e vertèbre lombaire [et celui de la seconde oat été fracturés ; la première a été déplacée en avant, et la seconde en arrière. La fracture s'est consolidée par une matière osseuse qui s'est étalée à la partie antérieure des deux vertèbres dans une étendue considérable ; une petite quantité de ce dépôt osseux exi,«te sur les vertèbres dorsales. Le canal rachidien est considérablement diminué par la saillie d'un fragment osseux appartenant à la première vertèbre lombaire: ce fragment avait divisé en deux portions le conduit osseux du rachis, et presque complètement coupé la moelle. On vpyait un renflement bulbeux de la moelle au-

dessusetau-dessôus de cette espèce de cloison; Ibiflammation et ïJLCÉnATiO!V »E L4

ces renflemeus correspondaient aux deuxbouts moelle épimièek. — Le seul cas de cette es-

de la moelle, qui étaient séparés l'un del'autre pèce, dans lequel j'aie eu occasion de consta-

par un intervalle de près d'un pouce. ter les caractères anatomiques de la lésion, est

M. Brookes possède, dans sa collection ana- le suivant: tomique, un exemple de fracture qui intéressait la septième et la huitième vertèbre dor- 06seln*flf«o)il81=.— Un individu reçut dans une sale. Le sujet avait vécu assez long-temps pour chute, un coup très-violent sur le rachis ; mais qu'il se formât un dépôt abondant de matière comme il n'en résulta immédiatement aucun osseuse à la partie antérieure et latérale des effet fâcheux, il n'y donna aucune attention, vertèbres fracturées : la moelle avait été près- Quelque temps après, s'étant exposé au mauque entièrement déchirée, mais sa gaîne était vais temps en allant à la campagne, il fut pris restée entière. M. Erookes n'a pu savoir com- tout-à-coup de douleur dans le dos, de paràbien de temps le sujet avait survécu à la lé- lysie des extrémités inférieures, de rétention sion. d'urine et d'évacuations alvines involontaires.

Quant au traitement, il est à présumer que. Ayant été appelé auprès de lui, à cause de sa

dans la inajoriîé des cas, il doit être sans résul- rétention d'urine, je le vis chaque jour pour lé

tat, quelque chose qu'on fasse. sonder. Pendant plusieurs semaines» les symp-

Reudre au rachis sa forme naturelle par tomes n'éprouvèrent aucun changement, sauf l'extension serait une chose impossible ; et, en des excoriations qui se formaient de temps en supposant qu'on pût atteindre ce but, il ne temps sur la peau du sacrum, ce qui exigeait serait guère possible de maintenir la réduc- des précautions minutieuses pour prévenir tion, car le moindre mouvement déterminerait une ulcération fâcheuse dans cette région, un déplacement nouveau. Le repos est indis- Dans les derniers temps de sa vie, il accusait pensable pour la formation du cal , mais la une sensation de malaise et de distension à la consolidation de la fracture ne sauvera pas le partie supérieure de l'abdomen. Il perdit l'apmalade,si la compression de la moelle per- petit, et vomit tous les alimens. La fièvre désiste, vint très-forte, le pouls fréquent ; la transpira-

Honi'iCline estle seul qui ait envisagé cet oh- tion était abondante. Le malade succomba

jet sous un point de vue vraiment scientifique, après un affaissement graduel.

11 considéra cette fracture comme analogue à la i;- .. . :

fracture des os du crâne avec enfoncement, et Autopsie. — Dans la gaîne. raflhjdieiineî (Cxis-

comme présentant la môme indication à retti^ tait un liquide laiteux, immédiatement, an.-

plir, c'est-à-dire, de faire cesser la compression, dessus de la queue de cheval ; au-dessus deoe

Voyant tous les cas se terminer parla mort, il point, dans une étendue de trois pouces, la

se ci-uten droit de s'écarter de la route com- moelle présentait une ulcération profonde, et

mune. Le malade étant couché sur la poitrine, un état de ramollissement semblable à celui

il fit une incision sur l'os déprimé, enleva la du cerveau quand il est rendu à demi-fluide

couche musculaire qui recouvrait l'arc verte- par là putréfaction. Toutes les autres parties

bral, appliqua une petite couronne de trépan à du corps étaient saines, excepté la vessie qui

chaque extrémité de cet arc, de manière à en- était enflammée et extrêmement dilatée par

lever et l'apophyse épineuse et l'arc qui com- suite de la longue l'étention d'urine. La moelle

primait la moéile. Dans le seul cas où il ait fait épinière est conservée dans la collection de

cette tentative, elle ne fut pas couronnée de l'hôpital St-Thomas.

succès, et malheureusement ce chirurgien n'a Dans les cas semblables au précédent,- il faut

pas vécu assez pour soumettre cette opération faire tous ses efforts pour prévenir l'inflamma-

à l'épreuve de nouvelles expériences. Ou l'a tion, et employer dans ce but les ventouses ou

blâmé d'avoir fait cet essai. Je suis loin de pré- les sangsues, et plus tard les vésicatoires. Si la

tendre qu'il aurait fini par voir ses efforts cou- fièvre persiste, il faut placer un séton ou éta-

ronnés de succès ; mais, dans un cas sans es- blir des cautèi'es, afin de faire cesser l'inflam-

poir, je pense qu'une telle tentative ne saurait mation de la moelle , par l'efTet révulsif d'une

être improuvée. irritation extérieure.

(i) L'importante question des luxations et clés fractures de la Coloune vertc'Lrale , e'tant exposée d'une m;inière extrcniement aLrcge'e dms le texte de Sir A. Couper, nous examinerons dans cette note , fin certain nonilire d'observations , ayant pour oljjet des luxations et des fractures de la colonne vertébrale. La plus grande partie des détails dans lesquels nous allons entrer, sont lextuelleraenl extraits d'un très-Iion niiMnoire publie par 1\I. Lawrence, dans les jLnndoii mc/lico-ch!riirgical transactions , t. i3, 2' partie, p. .'87, d'un travail publie' par M. Dupuytreu , dans le louje 3 de la Bihliotlùiciui; médicale , p. 8i , et du savant rVinpilre ([ue Hust a Consacre dnm son artlirocncologlc, aux de'j)lacemens spontane's des vertèbres , [/îrtlirohaluilo'^ù; odi'v ilber dlc Kcrrcnkungcn durcli innerc Bedlnqung uiid iihcr die Hell/iraft, TVirkiings itnd a'nn'i'iulaugsnrl drs GUihclsens hcy dicsen Kiiinlfltsformcn , von Ncpomuk Jiiist, doctur dcr m^ifcin und chirurgie, etc., JVlcn , l*}l7.)

A. LuxATtoNS DES vEnriîBnE.s fcw géNÉkai,. — Boyer, sans nier precisdment les luxations des vertèbres, parait ne pas croire 'a IcurpossiLililJ (t. 4» chap,4, ail. 40« —H établit que, dans tous lescas, il y a fraci

ture des lames postérieures des vertèbres; <jue, dans plusieurs circousiances , on a eu affaire à des fractures comminutives ; et déplus, que, dans le cas où le corps des vertèbres a subi un de'placemeat quelconque , la déchirure du fibro-carlilage s'est coastammentaccompagnc'o de la séparation d'un fragment de la substance osseuse. DelpecL regarde comme de'montre' par l'oJjsorvation, que lo corps des vertèbres ne peut être luxe'. — ( Précis élémçnlaire des maladies cliiiitrgicules , t. 3 , p. 4^ )• Rust {Arlhrocacologic, p. 71. ) rapporte des exemples du luxation, cites par divers écrivains ; il mentionne lo fait suivant comme un cas de luxation de la re'gioQ cervicale, réduite avec succès.

Observation A. — L'accident ftit produit par une chute violente sur la tête. Le cou ét:iit coraple'tement fléchi h droite j les extrémités supérieures étaient déjà paralysées , et il se manifestait des convulsioTis et du hoquet. La réduction fut immédiatement tentée etcoiironnée de succès. Le malade s'étant assis par terre, un aide vigoureux pratiqua l'extension de la tête directement en haut. On eut, dans ce cas, beaucoup use louer de l'emploi des applications froides {M.fdicinisch clùrurgische Zeitiing , i8i3, 1. 3,p. I27.)

Bell rapporte un cas de luxation complète entre la dernière dorsale et la première lombaire, avec division complète de la moelle épiniére j une petite port^or^ osseuse était séparée du corps de l'os. Bell a donné deux figures sur ce sujet iniportant. {On injuries pf the spine and tldgh-hone , p. 25 , pi. 2, fig. 2 et 3.)

B, Luxations des VEliTCBr.is cervicales. — Quoique les luxatious primitives de l'atlas et de Taxis soient généralement mortelles, il ejjiste une o])servation rapportée par Ehrlich {chirur-gisclie heobachtungen,v. 2, n, 25.) qui, si elle a réellement pour objet uue luxation de l'atlas, prouverait que celte lésion n'est pa^ i)ié<jessaiijen^enit ïo^ortelle, et que même elle est susceptible d'une guérison.conjpLète.

•w-!.,i::j ï ,/<,;>,. .-. •,}•> i' ■■ i.;>)f ;.;f"> ■ '^.lr..^^,i'

Observation B. — Un jeune homme de 16 ans , portant un sac de farine , dans un escalier, fit une chute dans laquelle sa tète fut violemment fléchie par le fardeau. On le trouva sans connaissance , la (ace livide, les yeux proéminens, la langue pendante au 4*? '"^''s ^^ la bouche , la respiration lente et interrompue, le pouls à peine sensible, les membres sans niouvemçus et comme paralysés. Les selles et lesurines étaient involontaires; la tète était inclinée sur l'épaule droite, et retombait par sou propre poids de côté et d'autre , quand elle n'était pas soutenue. Les apophyses articulaires de la seconde yenèbre faisaient saillie du côté gauche. Ehrlich regarda ce cas comme une luxation avec compression de la moelle épiniére, et fît pratiquer une extension sU^ la tète, pendant qu'il s'efforçait de pousser l'atlas en arrière, et d'amener la deuxième vertèbre en avant. Après quelques tentatives, la réduction s'opéra avec bruit ; la tète recouvra sa fixité, les bras leurs inouvemens j mais le malade resta dans un état d'insensibilité ; lias pupilles étaient dilatées ; la respiration et le pouls s'étaient améliorés. Le jour suivant, le malade reprit connaissance ; il survint un gonflement considérable d'u cou par suite d'ecchymo'se ^ mais ce gonflement ue tarda pas à se dissiper. Au bout de huit jours, le rétablissemeut avait fait des progrès rapides, et peu de temps après , il s'effectua complètement. ' "- ' ' -

Observation C^. .^ D'esault rapporté l'ô'E'iérv'iffo'nd'Ua avocat qui, en tournant brusquement la têle, se' luxa une vertèbre cervicale'. ' !ti"

Observation J). -~ Chopart rapporte l'observation d'un J£une homme de 24 ans , che? lequel une luxalion de l'apophyse articulaire inférieure, d'une vertèbre cervicale, qui avait passé au devant de l'apophvse articulaire supérieure de la vertèbre située au dessous , donnait lieu à une inclinaison permanente de la tête sur l'épaule gauche. [Boyer, t. 4> p- n4')

Ob&ervation E. — Desault citait dans ses, leç^j\^^ i'q^jsfirvation d'un enfant de 8 à 9 3ai , qui, en élevant ses talons auidessiis 4'e sa tçte sur, nu \^i^, sp IfiJ^a l'apophysç artieulaira inférieure droite d'une vertèbre cervicale. La tète était tournée vers l'épaule gauche, et si solidement fixée , qu'il était impossible de la ramener dans ki pp^ilioin. çp^^jf,plj,ej lj).eSjj(ilt refusa formellemeqt dej-faiEe des tentatives de réduction. (Boye^, t. 4, p. ijly,) , ,: »;iU,:k ■•.',•■•;, „• . «rZ'^\\,,. . ;:.

Observation F. — La même luxation, chez un autre enfapt, fut suivie de la mort, pendant les tenta-' tives de réduction. A l'autopsie, on trouva une des apophyses articulaires inférieures d'une vertèbre cervicale luxée tn avant. (Boyer, t. 4 > P- nS.)

Observation G. — 11 existe dans le musée anatomique de l'hôpital St-Barthélemy, plusieurs exemples de luxation des vertèbres cervicales. Sur une de ces pièces , l'apophyse articulaire inférieure droite est luxée en avant , la portion de la colonne vertébrale , située au-dessus 4e la luxation, a subi une torsion à gauche, et le corps de la cinquième vertèbre , luxé incomplètement, déborde le corps de la sixième. Ce déplacement n'a pu être effectué sans une déchirure ou un désordre considérable dans le fibro-cartilage. La partie supérieure et antérieure du corps dt s sixième et septième verlèbres a été légèrement fracturée ;i gauche , sans désunion des fragmens; il semble qu'un (letit fragment du rebord de ces verlèbres ait élé brisé par la torsion de l'épine k gauche. La préparation n'étant pas très-complète, on u'a pas pu constater s'il y a ou non fracture des apophyses; le n|èrae motif met dans l'impossibilité de préciser le degré et l'espèce de lésions qu'avajt subies le ligainçnt intervertébral.

Observation H. — Sur une autre pièce , les apophyses articulaires inférieures de la cinquième vertèbre cervicale sont séparées en partie de celles de la sixième, et ont été déplacées en haut, mais non en avant.

192 FR/VCTDRES DE LA. COLONNE VERTÉBRAtE.

Les corps île ces vertclires sont en partie se'pare's l'un de 1 autre en arrière ; mais ils conservent en avant leur position et leurs rapports. Les moyens d'union des deux verleljres doivent avoir c'ie' de'cliire's par une force appliquée en arrière, et tendant a flecliir puissamment le cou en avant. Les os ont pu ensuite reprendre leur position naturelle sans qu'il y ait eu compression de la moelle e'pinière, cette espèce de luxation a e'ié de'signe'e par Bell, sous le nom de diasliise oa subluxation, [OÙscrv. on injuries oflhe spine àndthighbonp, p. g , fig. 3 , pi. 3.)Bell, entend par diastnse , une se'paration violenté des vertèbres avec retour \ leurs rapports normaux. En parlant de la subluxation , il dit : (t Cet accident arrive chez de jeunes sujets. 11 est de'termine' par l'effet d'une force qui , dans un âge plus avance' causerait la fracture du corps des verlèLres. Si un poids place' sur la tète et sur les épaules, est assez lourd pour les fle'chir en double, les apophyses articulaires des vertèbres lombaires supe'rieures sont violemment c'ioigne'es de leurs rapports, si elles reprennent leur position naturelle, il y a diastase , mais quelquefois leurs bords se rencontrent, c'est alors une subluxation. Elles ne reprennent point, dans ce cas, leur position naturelle, (p. il) » , , ,

Bell rapporte, à la page 9 , un exemple de diastase entre la dernière cervicale et la première dorsale.

Observation J. — Sur une troisième pièce , ou trouve un exemple de luxation de la sixième vertèbre sur la septième. Les apophyses articulaires infe'rieures de la sixième vertèbre sont comple'tement de'place'os en avant, et son corps de'borde en avant de celui delà septième. Les apophyses e'pineuses ayant e'te' scie'es sur celte pre'paration, on ne peut sav ir si elles e'taient le sie'ge de quelque fracture ; ce cas peut être conside're' comme un exemple de luxation complète. Toutefois, il existe , près de la base de l'apophyse articulaire , un vestige de fracture , dont on ne peut appre'cier au juste la forme et l'e'tendue, dans l'état où se trouve la préparation. M. Stanley croit que cette fente a e'té faite par la scie , lorsqu'on a ecleve les apophyses e'pineuses. ••

Le fait suivant, qui s'est présente' a l'hôpital St-Barthelemy, dans le service de M. Lawrence, prouve qu'une lusalion complète des apophyses articulaires et du corps , peut avoir lieu dans la re'gion cervicale, sans être accompagnée d'aucune fracture.

Observation K. — Charles Butcher, âge' de 22 ans, sujet sain et robuste, fut apporte' â l'hôpital St-Barthe'lemy. Il cinq heures après-midi , le 8 janvier. Au moment où il portait un baril très-lourd sur la partie poste'rieure de la tête et du cou , il glissa en descendant les degre's d'un escalier, et tomba sur les fesses , le, fardeau restant toujours sur la tète et le cou. Butcher fut, à l'instant même, privé de sensibilité dans, le tronc et dans les membres , et de tout mouvement volontaire dans les mêmes parties. Ce fut dans cet état qu'on l'apporta k l'hôpital ; les fonctions du cerveau n'annonçaient aucun trouble; le diaphragme semblait seul servir ^ la respiration. Son abaissement augmentait la capacité de la poitriue, tandis que l'élasticité des parois thoraciques et abdominales ramenant les viscères ù la position qu'ils avaient avant l'action du diaphragme , semblait être le seul agent de l'expiration. La poitrine était sans mouvement , excepté vers son bord inférieur et les muscles abdominaux étaient dans un relâchement conjplet ; le pouls était faible et lent, et le corps froid. Le pénis était dans un état d'érection permanente. Un examen attentif ne put faire découvrir aucune déviation dans la ligne des apophyses épineuses. Le malade fut placé dans un lit sur le dos, la tète soutenue avec soin ; au bout de quatre ou cinq heures , le pouls devint plein et fort, la chaleur du corps plus élevée qu'à l'état normal et la respiration un peu accélérée, [Saignée de i6 onces ; calomel et jalnp; cathèlérisme qui amené /j onces d'urine.)

9 janvier, assoupissement , mais peint de sommeil pendant la nuit; douleur à la partie inférieure du cou ; légers mouvemens volontaires des bras ; un peu Je sensibilité Si la partie antérieure et supérieure de la poitrine. Le malin, le cathèlérisme ne donne qu'une cuillerée d'urine. Le soir, 6 onces d'urine fortement colorée. Respiration plus lente ; pouls plein; chaleur naturelle. [Potion purgative saline, toutes les six heures.)

Le lO, au matin, amélioration ; il y a eu du sommeil \ trois ou quatre reprises dans la nuit , une heure' chaque fois ; sensation de fourmillement dans les mains ; retour de la sensibilité k la partie supérieure des bras et des cuisses; selles involontaires ; sensation de distension de la vessie ; évacuation par le cathèlérisme de huit onces d'une urine Jortement colorée , qui laisse déposer un sédiment brun foncé ; persistance de l'érection ; le soir, nouveau cathèlérisme qui amène quatre onces d'urine.

Le n, point de sommeil pendant la nuit ; aggravation des symptômes le matin ; la respiratisn devient difficile, et la parole exige de grands efforts ; la face a une expression pénible et anxieuse j enduit brunâtre de la langue qui est sèche au milieu; selles involontaires ; cathèlérisme qui amène six onces d'une urine moins colorée que la veille. Le soir, respiration de plus en plus laborieuse ; le faciès exprime une profonde anxiété; pouls faible et déprimé ; refroidissement général. La respiration devenant de plus en plus embarrassée ; le malade expire ù une heure du malin.

Autopsie. — Il n'y avait k l'extérieur aucun déplacement , ni aucune irrégularité appréciables. Après avoir divisé les muscles spinaux postérieurs, on aperçut les surfaces cartilagineuses des apophyses articulaires supérieures delà cinquième vertèbre cervicale. Elles étaient Ji découvert par suite de la luxation complète en avant des apophyses articulaires inférieures de la quatrième vertèbre cervicale , qui étaient maintenues fixes dans leur position anormale. Les ligamens jaunes étaient rompus et le sommet bifurque de la quatrième apophyse épineuse était étroitement appliqué contre la base de la cinquième. Au-devant delà colonne vertébrale, existait une saillie anormale; cependant le ligament vertébral antérieur n'était pas rompu. Le corps delà quatrième vertèbre était complètement séparé de celui de la cinquième; le fibro-carlilage était rompu

FâACTURES DE LA COLONNE VERTÉBRALE, 193

et le corps de la quatrième vertèbre débordait en avant , do toute son épaisseur, le corps de la cinfjuième. Par suite de ce deplncemcnt, le diamètre antf-'ro-postc'ricui- du conduit rachidien était diminue' d'environ un tiers. L'examen des os n'ayant cte' fait que quelques jours après la mort, on ne put apprécier rigoureusement quel avait e'te' l'e'tat de la moelle.

Il est évident que , dans ce cas, la tête et les quatre premières vertèbres furent cbasse'es en avant , tandis que la chute sur les fesses refoula violemment la partie inférieure de la colonne vertébrale dans un sens oppose'.

Comme il n'existait aucun autre desordre que la compression do la moelle, ce fait a fourni l'occasion d'observer que dans cette compression , la mort survient par suite de la paralysie d'une partie considérable de l'appareil musculaire, affectée à la respiration. Eu effet, les muscles intercostaux et abdominaux , et presque tous ceux des muscles de la poitrine qui peuvent concourir aux mouvemens de la respivatioa étaient paralysés. Le diaphragme seul continuait a agir, la compression de la moelle existant au-dessous de l'origine du nerf phrénique. Il avait pu d'abord subvenir à la respiration, mais plus tard son action e'tait devenue insuffisante. (Voyei, h ce sujet, la savante monographie de M. Ollivier, d'Angers, de la moelle èpinière et de ses maladies, etc.)

Pendant l'hiver de 1837, M. Lawrence avait, dans son service, à l'hôpital St-Barthélemy, un cas de fracture avec déplacement de la septième vertèbre cervicale ; le malade vécut dix jours.

Nous rapprochons des observations précédentes, cinq cas de luxation de vertèbre avec ou sans fracture. Les trois premiers sont extraits du mémoire déjà cité de Dupuytren j le troisième, qui est un exemple de luxation sans fracture, est extrêmement important, en ce qu'à lui seul, il suffit pour e'tablir la possibilité des luxations pures de la colonne vertébrale.

Observation L. > consignée par Dupuytren dans le t. 8 de la Bibliothèque médicale. — Déchirure des ligamens du corps des <vertèbres sans déplacement, — Un homme âgé d'une cinquantaine d'années, attendait au pied d'une voiture, le corps affermi, la tête et le cou inclinés eu avant, qu'on lui chargeât sur le dos un quartier de bœuf, lorsque le fardeau échappant des mains de celui qui le tendait, retomba avec force sur le cou du boucher et le renversa par terre.

Il fut aussitôt transporté 'a l'Hôtel-Dieu , où nous le vîmes le lendemain , privé du mouvement et du sentiment de toutes les parties inférieures du corps.

La partie postérieure et inférieure du cou douloureuse au toucher et à la moindre agitation , offrait une large ecchymose sans tumeur, et on sentait h cet endroit une crépitation manifeste lorsqu'on tournailla tête du malade ou bien lorsqu'on la soulevait.

Le mouvement et le seulimeut étaient éteints dans les bras, dans les parois du thorax, dans celles de labdome'net dans les membres inférieurs; il y avait paralysie de la vessie et rétention de l'urine. Le dia-phragme , les muscles du cou et ceux de la face étaient seuls susceptibles de contraction 5 la respiration s'exécutait difficilement et cependant la voix était à peine altérée.

Le malade resta pendant deux ou trois jours daus cetétït; au boàt de ce temps, la respiration devin tout Ji coup extrêmement difficile , laborieuse et embarrassée ; le pouls devint irrégulier , les yeux saillans, la peau rouge et livide ; enfin le malade périt avec tous les symptômes d'une véritable suffocation.

A.utopsie. — A l'ouverture de son cadavre, on trouva une ecchymose très-large autour des dernières vertèbres cervicales.La substance intervertébrale qui unit la cinquième et la sixième vertèbre de cette région, «'tait complètement déchirée, et le corps de ces vertèbres était parfaitement intact. Les apophyses épineuses transverses et articulaires des cinquième,' sixième et septième vertèbres cervicales étaient brisées, et l'on pouvait opérer un déplacement d'avant en arrière de la partie supérieure de la colonne vertébrale sur l'infe'-rieurd.

La moelle de l'épine semblait d'abord intacte malgré le désordre des parties environnantes, seulement elle était un peu plus volumineuse que de coutume 5 mais a peine l'eut-on fendue suivant sa longueur, qu'on en trouva le centre réduit en une sorte de putrilage et-mêlé à du sang décomposé»

Observation M. — [T. 8 , S-ibl. mèd.) — Déchirure des ligamens du corps des vertèbres avec déplaccment\ — Un homme âgé de 40 h 45 ans, ouvrier employé aux carrières, reçut, ayant le corps incliné en avant, une masse de terre sur les lombes, et succomba sous le poids de l'e'boulemeïit après quelques efforts pour se retenir et se redresser. Le malade fut d'abord porté chez lui ou il demeura trois jours privé du mouvement et du sentiment des parties inférieures du corps , et il fut transporté \ l'Hôtel-Dieu le troisième ou le quatrième jour seulement. La partie supérieure des lombes offirait alors une tumeur lar*e , molle \ la circonférence, dure et élevée dans le centre où l'on sentait une crépitation manifeste j du côté de l'abdomen on sentait une autre tumeur résistante dans tous ses points, alongée dans le sens de la colonne vertébrale, et placée sur le trajet de cette colonne, La hauteur de l'abdomen étsit évidemment diminuée^ et la base de la poitrine touchait presque la crête de l'os des îles. Il y avait en même temps paralysie complète du sentiment et du mouvement dans les membres inférieurs et dans les parois cJe l'abdomen. La vessie distendue et également paralysée, laissait écouler l'urine involontairement et par regorgement. II y avait rétention à.e% matières fécales, et le ventre était gros quoique mou; d'ailleurs, le poiuls était petit et serré la respiration courte et difficile. Le malade se plaignait de douleurs sourdes dans la région dorsale. Les fonctions intellectuelles n'avaient e'prouvé aucune altération. La tumeur des'lombe& et celle de l'abdomen la crépitatioa que i'oa eat«adaU en arrière , Is rapprocbenient de la poitrine et du bassin , la paraljsie des

membres infe'rieurs et de la vessie, indiquaient assez qu'il existait à la colonne verte'brale une solution de continuité' avec déplacement.

Le cinquième et le sixième jour de l'accident, la paralysie s'e'tendit jusqu'au membre supe'rieur gauche; les mouvemens de celui du côte' droit devinrent lents et incertains. Le septième , la respiration devint plus difficile ne s'exécuta plus que par le diaphragme , et le malade périt asphyxié par l'interruption successive des phénomènes mécaniques et chimiques de la respiration.

Autopsie. — A l'ouverture de son corps , faite sous nos yeux par le docteur CalaLre , on trouva brisées les apophyses transverses et articulaires de la dernière vertèbre dorsale et des deux vertèbres lombaires suivantes.

Les corps de la dernière vertèbre dorsale et de la première vertèbre lombaire , séparés de leurs apophyses et du corps de la deuxième vertèbre lombaire , avaient passé au devant de cette dernière et faisaient en avant un chevauchement de plus d'un pouce. La moelle épiuiére était lacérée , les piliers du diaphragme déchirés', une large ecchymose enveloppait toute la circonférence de la colonne vertébrale. Un examen attentif des vertèbres qui avaient subi le déplacement fit découvrir, non une fracture de leurs corps, mais une déchirure de leur substance intervertébrale, qui dans un point seulement avait arraché une couche très-mince de la vertèbre lombaire.

Observation N. (T. 8. Bihl. méd.] — Une femme (Jeanne Baboton) , âgée de 56 ans , d'une stature élevée et d'un grand embonpoint, fit, en descendant un escalier le soir, une chute ht la renverse, et tomba violemment sur la partie postérieure et inférieure du cou, qui heurta contre le bord d'une marche.

La malade fut relevée vingt degrés plus bas , privée du mouvement et du sentiment dans presque toutes les parties situées au-dessous du cou. Elle souffrit beaucoup, toute la nuit , de la partie inférieure de cette 'région, et fut tourmentée d'une soif ardente; elle n'eut aucune évacuation.

Le lendemain malin, la malade fut transportée à l'Hôtel- Dieu: elle éprouvait alors de vives douleurs au Las de la région cervicale , qui l augmentaient encore par le plus léger contact et au moindre mouvement qui lui était imprimé. La tête et le cou étaient inclinés en avant et un peu à droite ; la partie postérieure du cou était déprimée, et la partie supérieure du dos saillante. Il y avait perte totale de la sensibilité dans les membres inférieurs : le rectum , la vessie, les parois de l'abdomen , tout semblait frappé de mort jusqu'au diaphragme. Au-dessus de ce point les membres thoraciques étaient encore atteints d'une paralysie incomplète du mouvement et du sentiment. La respiration était fréquente et laborieuse; mais la voix, les sens, les mouvemeus de la face et les facultés intellectuelles n'avaient éprouvé aucune altération et semblaient appartenir 'a un autre individu. D'ailleurs le pouls était développé et mou ; la langue aride et un peu brujiàtre la peau dans l'état naturel sous le rapport de l'exhalation et de la chaleur vitale ; il était facile, d'après ces svmplômes, de juger qu'il y avait une affection très-grave de la meelle de l'épine, causée par une solution de continuité de la colonne vertébrale avec déplacement. Dans cet état, la malade fut saignée du bras et la respiration sembla meilleure, la soif moins vive et la langue moins sèche; cependant il était facile de juger que la malade ne tarderait pas à périr; en effet, dans la nuit suivante la respiration devint stertoreuse» la parole difficile , la face livide et vultueuse, et la malade, dont les fonctions intellectuelles restèrent intactes pendant tout ce temps , péril le matin 34 heures après son accident.

Autopsie. A l'ouverture de son corps , faite sous nos yeux par M. le docteur Pouqueville , on observa

une ecchymose et dessugillations bleuâtres h la partie postérieure du cou ; une saillie en arrière de la partie supérieure de la colonne dorsale et une autre en sens opposé de la colonne cervicale. Le tissu cellulaire et les muscles subjacens étaient baignés de sang. Les parties intermédiaireraent appliquées Ji la colonne cervicale étaient détruites et laissaient voir à nu les apophyses articulaires supérieures de la septième vertèbre cervicale ; tandis que la sixième vertèbre de cette région était repoussée h un demi-pouce au-devant de la dernière.

On voyait dans l'iptervalle de ces deux os, la moelle de l'épine tendue d'arrière en avant et de haut en bas, aplatie et comprimée sur le corps de la septième vertèbre cervicale.

La colonne vertébrale examinée antérieurement , ofi'rait une saillie très-remarquable de toute l'épaisseur du corps de la sixième vertèbre cervicale ; celte saillie était environnée de sang. Les ligamens antérieurs de la colonne vertébrale étaient détruits et le pharynx déchiré.

La colonne cervicale ayant été soigneusement détachée , on trouva déchirés les ligamens jaunes et les surtouts ligamenteux antérieur et postérieur , ainsi que la substance intervertébrale qui unit la sixième et la septième vertèbre cervicale. Cette substance était déchirée de manière que les deux tiers de son épaisseur étaient restés adbérens à la septième vertèbre, tandis que la sixième en avait retenu un tiers seulement.

A l'examen particulier des vertèbres qui avaient souffert le déplacement, on vit que la septième cervicale était entière dans toutes ses parties ; que le sommet de l'apophyse épineuse était légèrement entamé ainsi que le bord de ses apophyses articulaires inférieures.

Toutes les articulations des vertèbres cervicales situées au-dessus de la luxation étaient dans l'état ordinaire; celle de la septième vertèbre cervicale avec la première dorsale présentait une mobilité beaucoup plus grande que de coutume.

On «'observa aucune autre altération organique dans le cadavre de cette femme, qui n'avait pas cessé de jouir d'une bonne santé jusqu'au moment de la chute qui occasionna sa mort.

L'obt«rv<iUoo suivsinte se distingue du la plupart de celles de ce genre , par l'estrême rapidité avec U-

quelle la mort survint aprbs I.» luxation; les tentatives de re'ductioB qui furent pratiquées ne rendraient^ elles pas compte de la circonstance qui vient d'être indique'e?

Observation O. — Luocation d'une vertèbre cervicale, par TV. Gaitskell. — Madame C. ( âgée de 60 ans, ayant monte' quelques degre's d'un escalier, dans l'obscurité', et faisant des efforts pour ouvrir la port» d'une chambre, perdit l'e'quilibre et tomLa ù la renverse. Elle se luxa la septième vertèlire cervicale. Le docteur Gaitskell trouva la malade couche'e sur le dos, ayant une paraple'gie de toutes les parties situe'es audessous de la poitrine , avec une sensation de fre'mis.sement singulier dans les bras , qui devenait douloureuse surtout à l'extrémité' des doigts. Les muscles des deux Lras étaient paralysés incomplètement. Ea examinant lelieu de la lésion , ce qui était très-difficile, b cause de la vive douleur que la malade éprouvait et k cause de la perte des mouveniens volontaires , on trouva une cavité profonde correspondant à la place qu'occupe la septième cervicale, ce qui porta k penser que cette vertèbre était luxée. On essaya, mais en vain , de pratiquer la réduction au moyen de l'extension du cou.

La malade fut saignée largement , on lui fit de fortes applications de sangsues. On lui administra mais sans aucun résultat , les purgatifs. La vessie fut évacuée au moyen du cathéter. L'insensibilité de la peau était telle, que les corps rais en contact avec elle ne produisaient pas la plus légère sensation. Mais au-dessous du diaphragme, l'insensiLilité était moins prononcée. Elle respirait librement; le cœur donnait no pulsations , et l'oesophage remplissait ses fonctions , mais d'une manière imparfaite, La voix, altérée dès 1» commencement, s'éteignit rapidement. Au bout de trois heures, l'ai ticulation des sons était impossible, et la malade devenue insensible, moui'ut après une agonie progressive, au bout de neuf heures.

Autopsie. — La septième vertèbre cervicale était déplacée sans fracture; les muscles de la partie postérieure du cou étaient largement déchirés; les ligamcns étaient complètement rompus, et il y avait un épanchement sanguin considérable. {Lond. repository , t. l5 , p. 282.)

L'observation qu'on va lire serait unique dans son genre, si, comme l'admet le chirurgien qui l'a publiée elle était le résultat de l'action musculaire ; mais, mialgré la vraisemblance que donne le récit du malade à la supposition que l'action musculaire aurait h elle seule produit la luxation dans le cas présent , nous ne regardons pas comme démontrée la possibilité de ce genre de cause; il est possible que la tète ait porté contra terre en même temps que les muscles redressaient fortement le coîi.

Observation P. — Fracture d'une vertèbre cervicale par la' contraction Tnusculaire , par Réveillon chirurgien de l'hôpital de Maubeuge, — Un soldat, bon nageur, se précipite la tête la première, et comme pour plonger, dans la Sambre ; ses camarades , le voyant se débattre quelques minutes , n'en prennent aucune inquiétude, croyant d'abord qu'il plaisante; mais remarquant ensuite qu'il ne fait plus aucun mouvement, ils se hâtent de le retirer, et des secours lui sont prodigués. Rappelé à la vie, on reconnaît qu'il n'a ni fracture , ni luxation d'aucun membre ; mais ceux-ci sont paralysés ; le malade ne peut soutenir sa tète; la peau est insensible ; une douleur aiguè se fait sentir à la partie postérieure et inférieure du cou, mais sans trace de lésion à l'extérieur; le malade est dans un état depriapisme, et a de fréquentes envies d'uriner ; il raconte qu'ayant reconnu, au moment où il plongeait, que la rivière avait peu de profondeur, il avait brusquement porté sa tète en arrière pour éviter qu'elle ne vînt heurter le sol, et que , de ce moment, il avait perdu connaissance. A l'aide de frictions sèches , d'embrocations huileuses chaudes, d'infusions diaphorétiques nitrées chaudes, de bains chauds, on obtint d'abord quelque soulagement ; Id priapisme cesse, l'excrétion urinaire se fait bien, la paralysie des membres semble un peu diminuer: le soir, survient du délire , et le malade meurt dans la nuit. A l'ouverture du corps, on trouve les méninges d'un rouge vif; les vaisseaux du cerveau injectés; une infiltration sanguine autour de la colonne vertébrale ; la canal rachidien, en dehors de la dure-mère , plein de sang ; cette membrane et la moelle épinière sont dans une complète intégrité; enfin, nne fracture du corps de la cinquième vertèbre cervicale en travers, un peu au-dessous du milieu de sa hauteur, de sorte que les deux lames de cette vertèbre sont séparées des masses latérales. La pièce pathologique est jointe à l'observation, [Archives générales de méd., t. i3. p. 449- 1

C. Luxations spohtanées de l'atlas et de l'asis suivies d'amkyloses. — Quoiqu'il soit bien démontré que les maladies désignées à tort sous le nom de luxations spontanées, sont des affections d'una nature particulière , et qui ne se rattachent aux luxations proprement dites, que par un seul de leurs symptômes, tandis qu'elles en diffèrent essentiellement sous les rapports les plus importans, nous avonc cru pouvoir conserver danscette note quelques fait» curieux rapportés dans le mémoire de M. Lawrence, sous le titre de luxations spontanées de l'atlas et de l'axis suivies danhjloses.

Observation Q. — Le sujet de cette observation avait Je 5 à 7 ans; il fut atteint d'une maladie que Ton considéra comme une hydrocéphale. Cette affection existait depuis quelque temps, quand il se développa sur le noté du cou , une tumeur contenant évidemment un liquide. Elle augmenta peu à peu, et acquit un volume assez considérable j une compression exercée sur cette tumeur- agissait sur le cerveau et déterminait un état comateux , circonstance qui fit supposer que le liquide de lai tumeur communiquait avec celui dont on avait supposé l'existence dans les ventricules. L'enfant remuait lai tète avec précaution et lenteur, la soutenant sur les côtés avec ses mains. Après un long espace de temps, ces symptômes diminuèrent peu à peu, et disparurent enfin complètement en même temps que la tumeur du cou. À aucune période de la maladie , il n'y eut d'int«rruption ou de diminution de la seniibilité ou de J« mobilité volontaire, et le réu»

Llissement de la santd et de l'agilité devint tel que l'enfant put marcher et courir, et se livrer aux jeus de son â^e. Rien dans la position de la tête n'attira l'attention d'une manière particulière. Après un certain laps de temps , les vertèbres dorsales devinrent malades, et il se manifesta une flexion de la colonue verte'irale en avant avec forniatioa d'un abcès volumineux des lombes. L'enfant succomba à cette dernière affection , il ëtait alors dans sa douzième anne'e.

uiutovsie, — La tête fut ezamine'e pendant les plus grandes chaleurs de l'e'te' de 1826. Le cerveau e'tait devenu si mou , qu'il était impossible d'en appre'cier l'e'tat anatomique. La base du crâne pre'seatait une saillie osseuse situe'e au côte' droit et eu avant du trou occipital ; cette saillie e'tait recouverte et égalisée par la dure-mère, et oa ne tarda pas k s'apercevoir que ce devait être l'apophyse odontoïde de la deuxième vertèbre. Lorsque les parties eurent e'te' comple'tement détachées par la macération , on trouva un déplacement considérable de l'occiput, de l'atlas et de l'axis , et une consolidation très-ferme de ces os dans leurs nouveaux rapports par suite de la soudure osseuse complète de plusieurs articulations. Il y avait une luxation incomplète de l'atlas à gauche, et une légère projection delà même vertèbre en avant et en haut. Dételle sorte, que la moitié droite et postérieure de l'anneau osseus interceptait une portion considérable du canal vertébral ; le tubercule antérieur de cette vertèbre correspondait au côté gauche de l'apophyse Lasilaire 5 l'extrémité de l'apophyse transverse du côté gauche débordait, de trois quarts de pouce , celles des deux vertèbres suivantes ; tandis que les apophyses transverses droites de ces vertèbres débordaient d'un quart de pouce l'apophyse correspondante de l'atlas. Une portion considérable de la moitié droite de l'atlas, et comprenant les surfacespar lesquelles elle s'articule avec l'occiput, avait été détruite par résorption. Dne partie de l'apophyse transverse et le canal sur lequel s'applique l'artère vertébrale droite étaient pareillement détruits. L'axis était complètement luxée sur l'atlas , de telle sorte, que sa portion gauche interceptait environ un tiers du canal vertébral , et que l'apophyse odontoïde pénétrait de foute sa longueur dans la cavité du crâne à la partie antérieure du trou occipital, tout près du trou coudylien antérieur droit. Tandis que dans la position normale des parties , le sommet de l'apophyse odontoïde dépasse à peine en haut le niveau de l'articulation àtloïdienne , ici elle se trouvait k un pouce au-dessus du même niveau , et faisait saillie dans la cavité du crâne dans une longueur de cinq h six huitièmes de pouce. Le déplacement latéral n'était pas moins étendu. La distance qui séparait le trou condylien antérieur gauche du milieu de la base de l'apophyse odontoïde , était de sept huitièmes de pouce, tandis que la distance entre les mêmes parties du côté droit ne s'élevait qu'k deux huitièmes de pouce.

Il est bien surprenant que la compression directe de cette saillie osseuse sur la surface antérieure de la moelle alongée n'ait causé aucune paralysie , lors même qu'on a égard k la manière graduelle dont celte saillie s'est formée. Le nerf hypoglosse droit et l'artère vertébrale ont dû aussi avoir été considérablement altére's dans leur trajet.

Les corps de la seconde et de la troisième vertèbre étaient déplacés k droite , de telle sorte, qu'une ligne qui aurait passé parleur centre, et qui aurait été prolongée supérieurement, serait venue tomber sur le Lord droit de l'apophyse Lasilaire^ le tubercule de l'arc antérieur de l'atlas correspondait au côté gauche du corps de ces vertèbx-es.

Le condyle occipital droit, les restes de l'apophyse transverse droite de l'atlas; la surface articulaire inférieure de l'axis, et le côté droit de la hase de l'apophyse odontoïde étaient ankylosées de manière k ne former qu'une seule masse osseuse.

Le condyle occipital gauche était partiellement soudé avec l'atlas; la surface articulaire gauche de l'axis, son apophyse transverse et celle de la troisième vertèbre étaient soudées avec ' la même pièce ; les apo- ■ physes articulaires de l'axis et de la troisième vertèbre étaient également soudées, et leur union s'étendait du côté gauche jusqu'à la base des apophyses épineuses; les corps de ces vertèbres n'étaient pas ai^ylosés.

Toutes ces soudures 'étaient d'une grande perfection et égales en solidité au tissu osseux normal , de telle sorte , qu'on ne pouvait reconnaître la limite de la production nouvelle. Les os n'ofifiaient aucune altération de texture, aucune inégalité k leur surface , aucune diminution de solidité, aucune trace de carie.

Les dimensions du canal verte'bral étaient considérablement diminuées par le déplacement remarquable . e l'atlas et de l'axis; le diamètre antéro-poslérieurdu trou occipital était d'un pouce et demi [mesici-e «regZfli'ie) ; son plus grand diamètre transversal d'un pouce et quart; l'anneau de la troisième vertèbre offrait sept huitièmes de pouce transversalenaent, et six huitièmes d'avant en arrière ; le canal, entre les portions déplacées de l'atlas et de l'axis , offrait: un demi-pouce d'avant en arrière et cinq huitièmes de pouce transversalement.

Réflexions au sujet du cas prêcédc'7it.~'Rust a donné la meilleure description qui existe de cette maladie. Il en publia d'abord une histoire ab régée dans la Gazette médico-chirurgicale de Saltzbourg (l8l3, t. 3, p. 108 et 100), il l'a décrite ensuite plus longuement dans son yirihro-hakologie (181 7, g m - 119), où il dit en avoir observé treize cas, dan, 5 lesquels les symptômes étaient presque semblables.

Le premier symptôme est une douleur qui a son siège dans le cou, qui s'accroît k l'approche de la nuit ou lors de la déglutition d'une bouiihée volumineuse , ou enfin par une profonde inspiration ; cette douleur occupe un côté du cou , surtout dans les mouvemens de la tête vers l'épaule. Elle s'étend du larynx k la nuque, et souvent jusqu'au scapul.um du côté malade. Aucune lésion extérieure n'est appréciable, mais une forte pression sur la première ( it la seconde vertèbre produit une vive souffrance , et dévoile ainsi le siège de la maladie. La gcne de la di îglutition et de la respiration augmentent, en alternant avec la douleur do cou, qui semble se fixer k 1 la région postérieure de la tête, et devient intolérable dans les mouvemen» de cette partie ; la tôte s'abaiss ip vers une des .épaules, et la face s'incline un peu en bas ; car en ge'né-

rai, l:i maladie n'attaque les articulations que d'u'i seul côte' , et, dans sept cas sur neuf, c'était le côte "auche; si les doux côte's sont affectés simultane'menl , la tète s'inclinera directement en avant; les choses restent dans cet c'tat pendant plusieurs semaines ou même plusieurs mois , et souvent , avant l'apparition de symptômes jdus graves, il se manifeste une ame'lioralion apparente, les mouvemeas sont plus libres et la position de la lête plus naturelle ; mais Lientôl l'ailiculation des sons et la de'glutition subissent de nouvelles entraves; la douleur renaît plus cruelle et plus e'tenduc ; la tète se dc'jelte un peu eu arrière et tombe vers le cote' oppose' ; son poids semble trop lourd au malade (jui la soutient avec ses mains, toutes les fois qu'il change d'altitude ; cette dernière circonstance peut être conside're'e comme un symptôme pathognomonique. Un autre symptôme ; qui, à celle e'poque, dc'voile la ve'ritable nature de la maUdie , c'est une expression toute particulière de souffrance dans la physionomie, qui , jointe k la position et à la raideur de la tête, constitue un ensemble de traits tellement caractéristique, qu'il suffit de l'avoir observe une seule fois pour le connaître de prime abord.

Cette physionomie du malade, que Kust a cherché à représenter dans une planche , consiste particuliërement dans l'altération générale des traits; lalaugueur des mbuvemeus des yeux , et l'expression mélancolique et sombre de sensations douloureuses intérieures. L'expression de souffrance augmente dans les monvemens de h tête. Plus tard se manifestent la sensation d'un bruit dans la tête, la surdité , les vertiges , les crampes et les convulsions, une paralysie incomplète surtout aux membres thoraciques , l'aphonèse , l'expectoration purulente et les symptômes de fièvre hectique. On n'observe en général aucun changement extérieur, soit au cou , soit h la nuque , et Rust n'a vu qu'un seul cas dans lequel il se développa, du côté raqlade, une tumeur qui abcéda et laissa un ulcère fistuleux. Mais la pression la plus légère sur les trois premières vertèbres est extrêmement douloureuse, et quelquefois, à une époque avancée de la maladie, le frottement de deux surfaces inégales est manifestement appréciable dans les mouvemens de la tête ; le malade peut rester dans cet état pénible et irrémédiable pendant plusieurs mois, et il meurt soit d'épuisement et de faiblesse, soit, ce qui est plus fréquent, d'une manière soudaine et inattendue.

M. Lawrence regarde cette maladie comme consistant primitivement dans l'ulcération des cartilages, suivie de destruction de ligamens et de carie des os,iet s'étendant, sous des formes et à des degrés variés, aux organes importans situés dans le voisinage. Il ne connaît aucun cas de cette affection décrite pendant qu'ella est bornée aux surfaces articulaires.

Observation JR, — Reil cite, d'une manière abrégée, l'observation d'un jeune homme qui fut pris d'une prétendue angine inflammatoire, et dont la tête était fléchie en avant et a droite } l'angine fut guérie, mais l'affection du cou augmenta ; la fièvre hectique survint et le malade mourut paraplégique le dix-septième jour. Les condyles occipitaux , les corps de toutes les vertèbres cervicales et des quatre dorsales supérieures étaient ramollis, tandis que les surfaces articulaires des condyles et les deux premières vertèbres étaient détruites en partie. [Fieber-Lehre, deuxième édition , t. 2, p. 356.)

Bell rapporte deux cas, dans lesquels les ligamens qui unissent l'occiput à l'atlas, ainsi que ceux qui unissent l'atlas à l'axis, avaient tellement perdu leur résistance sous l'influence d'une lésion organique antétérieure, qu'ils se rompirent dans un mouvement delà tête en avant , qui donna lieu h une luxation soudaine de l'apophyse odontoïde, immédiatement suivie de la mort par compression de la moelle épinière» (L'auteur a donné une planche \ ce sujet , Observations on tlie injuries of the spine, p. ay, pi. Il, fig. i.)

A une époque plus avancée de la maladie, voici quel est d'après Rust, l'aspect des parties : « J'ai toujours trouvé, dit-il, en quantité plus ou moins considérable, entre le pharynx et la colonne vertébrale, du pus tantôt sanieux, tantôt de bonne nature : le pharynx e.st ulcéré dans une étendue plus ou moins corLsidérable ,• le périoste et les ligamens des deux premières vertèbres sont détruits. Le siège primitif de l'affection m'a toujours paru résider dans l'articulation de l'occipital et de l'atlas , et dans celle de l'atlas et de l'axis ; la carie a aussi envahi les condyles occipitaux, plus souvent le gauche que le droit , l'atlas et l'apophyse odontoïde. Dans les cas où la mort est survenue brusquement , tantôt l'apophyse odontoïde malade avait été entièrement séparée, tantôt il s'était fait un épanchement sanguin par suite d'ulcération de l'artère vertébrale, ou bien un épanchement purulent s'était formé dans les plèvres. Les organes importans situés dans le voisinage , peuvent participer d'une manière plus ou moins grave aux lésions qui viennent d'être décrites. On trouve quelquefois beaucoup de sérosité entre la dure-mère et l'arachnoïde, ainsi que dans les ventricules. Près dw trou occipital , l'espace qui loge la moelle épinière est quelquefois très-rélréci. La dure-mère a été trouvée parfois livide, ulcérée et même gangrenée, et les portions du cerveau et de la moelle voisines de la lésion étaient plus ou moins altérées. J'ai déposé dans le muséum pathologique de l'hôpital général de Vienne , plusieurs pièces anatomiques propres à faire connaître cette affection. » {Arthro-kakologie, g Iiy.)

Dans quelques cas, la maladie paraît limitée aux surfaces articulaires. Alors , après avoir détruit les cartilages et les ligamens , et déterminé un déplacement plus ou moins considérable de l'occipital et des deux premières vertèbres, elle s'arrête et fait place à un travail de guérison , qui détermine une ankylose,par suite de laquelle lès parties déplacées restent solidement fixées dans leur situation anormale. Toutefois, même dans ces cas plus favorables, il existe une vive douleur pendant la période inflammatoire ; en outre, tandis que d'un côté la propagation des désordres à la dure-mère ainsi qu'aux parties voisines contenues dans le crâne et dans le canal vertébral, peut déterminer ûes symptômes aiarmans , d'un autre côté, des abcès chroniques peuvent se former i l'extérieur ainsi qu'on en a vu un exemple dans le cas qui a été rapporté .

Il est à remarquer que les dimensions du trou occipital et du canal vertébral à la région du cou , sont

beaucoup plus considérables qu'il ne serait nécessaire pour loger la moelle e'pinifere , de sorte que les mouvemens delà tète et de l'atlas peuvent s'exe'cuter sans aucun danger de compression pour cet organe important. De là, la possibilité' d'un de'placement spontané dans une e'tendue conside'rable, sans lésion des fonctions de la moelle. Cette circonstance ressort surtout du fait cité plus haut. [Observ. O.) Il n'y eut aucun symptôme de paralysie, et la moelle épinière qui conservait encore sa situation , quand le docteur Lawrence examina les os , était libre de toute compression , quoique les dimensions du canal fussent diminuées de moitié. Cette particularité' n'a pas été remarquée autant qu'elle aurait dû l'être par ceux qui ont décrit cette affection; aussi , observant la diminution du canal vertébral, ils semblent en avoir conclu que la moelle avait dû être comprimée } et, en conséquence, ils citent la compression de la moelle parmi les effets ordinaires de cette maladie. (Boyer, t. 4» p. io5, deuxième édition.)

Rust attribue l'innocuité de la compression exercée sur la moelle dans les luxations de l'occipital sur l'atlas, à ce que cette compression s'établit graduellement. Il cite une pièce qui existe dans le cabinet anatomique du Jardin des Plantes, et dans laquelle la diminution de capacité du canal est telle, qu'il ne peut admettre une plume ordinaire (loco citato). Comme il ne dit pas qu'il ait lui-même constaté ce fait, il est probable qu'il parle d'après les renseignemens d'autrui, ds la pièce citée par Buffon, et dans laquelle le diamètre transversal de l'ouverture est de trois lignes.

En résumé , dans la plupart des cas où il n'y a pas de symptômes de paralysie , on peut conclure avec sûreté que cela tient à ce qu'il n'y a pas eu de compression ; tandis que dans les cas de déplacement soudain de l'apopbyse odontoïde, soit par accident , soit par suite de maladies organiques , la pression de la moelle épinière a été immédiatement mortelle. C'est k une compression légère de la moelle ou de ies membranes , ou aux suites de l'inflammation que peut déterminer cette compression , ou enfin ^ la maladie des os ellemême, qu'on doit, selon toute apparence, attribuer la paraplégie et les paralysies partielles qui surviennent quelquefois pendant le cours de cette maladie.

Dans ses premières considérations sur ce sujet, Rust émettait une opinion très-défavorable sur la termi- Aaîson probable de la maladie; il disait qu'elle avait été funeste dans tous les cas soumis à son observation, et il se demandait si elle est susceptible de guérison ; mais plus tard, dans son Traité sur les maladies des articulations , il rapporte quelques exemples de guérisons spontanées. Il cite le cas d'un malade placé dans son service irtôpital-général de Vienne , et qui, bien qu'ayant une raideur du cou et de la tête, avec obliquité de cette dernière , jouissait sous tous les rapports d'une bonne santé. Il y avait dans ce cas une diminution de mobilité de la troisième vertèbre cervicale/ avec une saillie formée par une déposition osseuse ; l'histoire de ce cas ne permet pas de douter qu'il n'y ait eu une luxation spontanée de la tête,

Reil a vu trois cas dans lesquels les vertèbres supérieures du cou éprouvèrent une tuméfaction subite accompagnée de douleur et de fièvre; la tête était fléchie en arrière, la déglutition difficile et douloureuse. Au bout de quatorze jours le gonflement et la fièvre diminuèrent ; mais la tête conserva une obliquité latérale et une diminution de mobilité que Reil considère comme une conséquence de l'ankylose {Fieber-Lehre, t. 2, p. 356.)

Les cas d'ankylose complète prouvent que l'affection est susceptible de guérison, elle nombre considérable des cas de cette espèce , porte à penser que le pronostic ne doit pas être extrêmement défavorable.

Observation S- — On voit dans le muséum de l'hôpital Saint-Barlhelemy , une tête qui a été extraite d'un cimetière, et avec laquelle l'atlas est solidement réunie par ankylose. Ce dernier os a été déplacé incomplètement en avant et à gauche , et en même temps un peu porté dans un mouvement de torsion , de manière îi être placé obliquement dans sa position nouvelle. Son côté droit intercepte environ un tiers du canal vertébral. Les deux condyles occipitaux sont complètement ankylosés avec l'atlas, et cette union se prolonge un peu en avant. La soudure, qui semble très-ancienne , est tellement intime qu'on ne peut aperce- Toir aucune ligne de démarcation. L'arc intérieur de l'atlas , situé plus bas que dans l'état normal, est sépare du trou occipital par un intervalle d'un demi-pouce.

Sandifort donne la description de six pièces anatomiques consistant dans des ankylosés entre l'occipital et l'atlas et appartenant ^ la collection anatomique de Leyde ; dans quelques-uns de ces cas, l'atlas présentait un déplacement partiel, l'ankylose comprenait tantôt les deux condyles , tantôt un seul , et même dans quelques cas une partie seulement de l'arc antérieur et de l'arc postérieur de l'atlas , et enfin, dans d'autres cas , l'une des apophyses transverses ou toutes les deux. Dans deux cas il y avait un dépôt considérable de matière osseuse autour des parties ankylosées.

Wynpersse a vu six exemples d'ankylose d'un seul condyle'ou des deux \ la fois, entre l'occipital et l'atlas ; il en a fait représenter un cas. ( Dissertatio medica de ancylosi g 3i , tab. i fig. l.) Boyer a rencontré un cas semblable à la Charité. ( Traité des nalad. thirurg. t. 4- P- lo5, )

Dans d'autres cas , il n'y a pas seulement luxation de l'occipital sur l'atlas, mais encore de l'atlas sur l'axis avec ankylose.

Obsejvation T. — Daubenton cite un cas remarquable qui a pour objet une pièce du muséum du Jardin des Plantes : «La seconde vertèbre du cou a été déplacée et poussée si loin en arrière, qu'il ne reste qu un intervalle de trois lignes entre l'apophyse odontoïde et l'arc postérieur de l'atlas. Cette vertèbre est en même temps inclinée à droite. On conçoit facilement le mécanisme d'une telle luxation ; mais quand le canal vertébral t été tellement rétréci etla moelle épinière si fortement comprimée, il est surprenant que le ma-

lade ait pu vivre asseï long-temps pour permettre à l'ankylose de s'établir, n ( Histoiiv naturelle générale et particijiere , avec lit description du cabinet du Roi, t. 3, p. gg. )

Observation U. — Sandifort a de'crit et figure' une pièce dans laquelle l'atlas et l'axis ont été de'placées, la première i droite, la seconde à gauche; elles sont soudc'es entre elles et avec l'occipital. Le changement de position de ces os a diminue' le canal vertébral, qui n'offre qu'un demi-pouce transversalement au lieu d'un pouce. ( Mus œ uni anatomicum ,-p, n^8, tal). l5, fig. 4- )

Observation V. — Le cas d'ankylose la plus étendue se remarque dans une autre pièce où l'occipital, toutes les vertèbres cervicales et les deux premières dorsales sont solidement souJe'es ; dans ce cas, la tête est fortement contourne'e à droite, de telle sorte que le côté gauche du rebord alvéolaire de la mâchoire correspond à la partie moyenne des corps des vertèbres. Les parties soudées avec l'atlas sont les condylcs occipitaux et la partie ante'rieure du trou occipital, La première vertèbre elle-même est soudée avec l'apophyse odontoïde , et celle-ci avec l'occipital ; il en est ainsi des apophyses articulaires et des lames de toutes les vertèbres indiquées. Les corps des vertèbres étaient encore séparés par leurs fibro-cartilages. ( loc. cit. , n" 1^7 tab, i5,

Wynpersse rapporte succinctement un cas dans lequel l'occipital et les six vertèbres cervicales étaient soudées ensemble. \De ancylosi, p. ai. )

Le même auteur mentionne un exemple de luxation de l'atlas sur l'ans avec soudure de ces os entre eux et avec l'occipital. [Ibid., p. 19, tab. i, fig. 2 et 3. )-

Une pièce anatomique, de la collection de l'hôpital Saint-Barthélémy , offre un exemple de soudure entre les condyles occipitaux et l'atlas, entre l'apophyse transverse gauche de cette vertèbre et l'occipital, et entre les apophyses articulaires de la seconde et de la troisième vertèbre. La soudure de l'apophyse odontoïde avec l'atlas n'a pas lieu aussi fréquemment que celle des condyles avec la même vertèbre. Dans la collection qui vient d'être indiquée , on trouve un exemple de soudure osseuse complète entre l'arc antérieur de l'atlas et l'apophyse odontoïde.Dans ce cas, les condyles occipitaux sont presque aplatis, de telle sorte qu'ils pouvaient probablement exécuter quelques mouvemens sur l'atlas.

Un exemple curieux de cette espèce d'ankylose est décrit et figuré par Wynpersse.

Observation X. — L'apophyse odontoïde est soudée avec l'atlas , les apophyses articulaires et le corps de deux vertèbres sont également soudées : une balle de plomb s'était logée dans l'apophyse transverse gauche de l'atlas , laquelle s'est transformée en un kyste osseux, arrondi, qui emprisonne solidenxent le corps étranger, et constitue une saillie anormale au devant de la vertèbre.

Les principes d'après lesquels on doit établir le traitement qui convient a ces cas, sont les mêmes que ceux qui nous guident quand la maladie est située dans toute autre région de la colonne vertébrale, La grande proximité d'organes si importaus fait une loi de diminuer l'intensité et l'étendue de l'inflammation et de limiter par là de bonne heure le désordre aux parties primitivement aifectées. On devra recourir aux saignées locales. Il tout ce qui constitue le traitement antiphlogistique, et prescrire le repos absolu des parties malades jusqu'à la disparition de tout symptôme d'acuité de la maladie, La révulsion sous ses formes variées et plus particulièrement au moyen du moxa , du seton, du cautère, favorisera beaucoup le travail de la guérison.

Avant de terminer cette note , qui renferme déjà beaucoup de matériaux pour l'étude des lésions de la colonne vertébrale, nous croyons utile d'y ajouter une indication bibliographique dont nous puisons une partiedans Y Artlirocacologie de Rust, M. Lawrence n'ayant point, dans son mémoire, reproduit les citations de Rust, citations précieuses pour ceux qui voudraient approfondir les questions relatives aux divers sujcti dont nous venons de nous occuper,

Boyer, Ti-aité des maladies chirurgicales , t. 3.

Bertrand, Lehre von den Knochenkrankeiten, Dresden und Leipzig, I793, p. \'^'j.

Heister , Institut, chirurg., lib. 3, cap. 5, p. I.

Duverney, Traité des maladies des os, t. 2. p. io4-IIO.

Riediger -Schmuckers, vermischte schriften, B. 1, p. 322.

Sommering, vom Bruch und der Yerrenkung des Ruckgraths.

Murray, De spina dorsi luxât.

Horn, in Mursinna's Journal fur die chirurgie, 1 B., l st., p. 78, 80, 85.

Ephem. nat, cur. Dec. I. Ann, l\&\5, observ. 77. — Cent. sept. obs. 81.

Cuenotte, Dissert, sistens casum subluxationis vertebrae dorsi, etc.; Argentor, , 1761.'

Collomb, Medicin. chirurg, ; Werke, obs. 49>

Saviard, Observations.

Bonet, Anat. pract. , t. 3, lib. 5 , pars t\. Cap. 3i

Hildanus, Observât, cent. V, p. 458.

Yan-Swieten, Comment., t. i, 353, t. 2, 704.

Scharschraidt, Wochentliche nachrichten , t. 7, p. 33q.

Mursinna, Journal fiir die chirurgie, Berlin, i8o3. II, Bandes, s Stuck, i beobacht, §, i/jj),

Acta Soc. med. Ilafn., t. 3,

Petit, Traité des maladies des os, t. i, p. 64-loQ.

Morenheim, beobachtungen, 2. B. i36.

Schmuckers, Verm. schriften , i. B. s. aSi^-Sig.

Platner, Instit. chir. rat., p. 761, s. llaB.

Salzb., Medicin. cbirurg.,Zeitung. 3 B. l8l3. s. i^^.

Erfalicb chirurgische beobachtungen, Leipzig, i8i5, s, igg,

Voigtel, Handbuch der patbologisclien anatomie. i. B. s. 3l6.

Morgagni, De sedibus et causis roorborum, 4 ^rt. epist. 4» 10, ^o, 48; aït. i3, opist.'lo; art. 3, epist. 38; art, 17, episl. 48; art- 34-35. epist. 55; art. 10, epist. 57; art. 2, epist. 62 ; art, 11 qui observatioues continet , nec noa epist» 37, art. 3 1-34, ubi à citatis exemplis ad morbura coucludit.

Scbiaidt, Dissertatio cbirurg. de luxat. nuch.} Tubing, 1747» 2. l8.

Académie des Sciences, Mémoires, an I73i,p.724.

Thahidor. Theat, Esercit, 33, p. 63.

Scblicting, Traumatolog,, p. 12.

Stolte, Dissertât, de morte suspensorum, Groning, J766, p. i6.

Bonn, Descriptio thés. oss. morb,, Hov. 1783, p. g, 10, ii.

Ludwig, De lusat. vert, collispont. Lips. 1767.

Pet. Frank, Delect. opusc., t. 5, p. 3û6 ; Discursus de racbitide cutis et adultorum, etc. *

Reil, Fieber-Lehre, t. 2, §. 103.

J. Cloquet, Anchylosis of the second cer\'ical vertebra with the occiput, the Lond. médical Repository, t. i ( New Séries ), p. aSg.

Journal de Corrisard, etc.. Fracture d'un des ligameps jaunes, t, i3, p. 343, et fracture d'une Tertfbre cervicale, ibid,, p. 345.

Ibid. Observation d'une luxation des yertèb. cerv. t. 34, p. 362.

The Lond. med. and phjrs, joum., Injury of the spine, t. 5g, p. 26", 546.

"W. B. Newman, An account of a dislocation of the cervical vertebrœ, The Lond. med. Reposit,, t. 3, p. 107.

J. Eing, Case of injury of the spine, the London, med. and surg. joum., Août i834, p. gi.

W. GaitskeU, Case of luxated cerv. vert, the Lond. med. reposit. t. i5, p. 382.

Journal de Corvisard, etc., Me'm. sur les luxations des vertèbres cervicales, t. i, p. 474- Ibid, Observation sur les luxations du corps des vert. t. g, p. 27g.

The Lond, med. and phys. Joum. Dislocations of the vertebrœ, t. .5g, p» 74.

A. Bérard , Luxation spontane'e de l'occipital sur l'atlas et de l'atlas sur l'axis, thèse.

Gaz. méd, de Paris, Luxation de l'occipital sur l'atlas, etc. l834, P' ^^^•

W. Thomson , Spontaneous luxation of the vertebra dentata, the Edin. Med, and Surg. Journ.,

Gaz, méd. de Paris, Le'sion de la colonne vertébrale avec dilaceration de la moelle, etc., i834, p. 187. (Nous avons rapporté ce fait p. i3o.)

Journal de Corvisard^ etc.^ Histoire de quelques affections de la colonne vertébrale, etc., t. 26, p. 78.

Bulletini de l'Ecole de méd.. Luxation de la colonuo vertébrale, bulletin n° 7, p. 86.

Luxation complète du rachis, dans Précis anal, des trav, de la soc. méd. de Dijon, pohr l'année i832, par N. A. Pingeon.

Fracture of the spine , the Lond. med. and phys. joum. , t, 62, p. 5i4.

Journal des Progrès , t. 12, p. 260.

Fracture of the vertebrae , with curious symptoms, the Lond. med. andphys. joum., t. 61, p. 4i7' ; Fracture of cervical verlebrœ, the Lond. med, andphys. journ. , t, 61, p. 49*^' 232.

Fracture of the dorsal vcrtebrœ,«AeZon</, med. andphys, journ. , t. 61, p. 23o.

Page 1