INTRODUCTION XIX
Ajoutons que les discours de toute espèce que lui inspirent, au fur et à mesure des circonstances, les événements politiques, sont tous animés du même esprit. S'agit-il du retour des cendres de l'Empereur, il est presque seul à pressentir ce que peut avoir de dangereux pour l'avenir le réveil de l'enthousiasme napoléonien (discours du 26 mai 4840). S'agit-il du projet de fortifier Paris, la crainte de la démagogie lui suggère des vues prophétiques (21 janvier 1841). Dans la question de la régence (18 août 4842), il n'admet pas que la difficulté des circonstances particulières puisse prévaloir contre le droit de la mère, si ancien "dans la loi française, si imprescriptible dans l'ordre de la nature.
Toutefois, sur plusieurs points, et des points importants, Lamartine n'est pas arrivé du premier coup à se mettre d'accord avec lui-même, à trouver le « principe » auquel tout ensuite se subordonne. Sur la question d'Orient, par exemple, la volte-face a été complète. Son premier discours (4 janvier 4834) est une peinture extrêmement sombre de la situation du monde musulman et un conseil à peine déguisé, donné aux États d'Europe, de se le partager. Lorsqu'il revient au même sujet cinq ousix années plus tard (discours des 4er juillet 4839, 44 janvier et 1er décembre 1840, brochure du 24 septembre 4840), il parle, tout au contraire, en faveur de l'autonomie de la Turquie : le principe des nationalités, mieux compris, commande sa conviction. Il s'est trompé, il le reconnaît, et fait amende honorable.
Lui qui se pique d'être un homme moderne, un homme de progrès, il a d'abord horreur de l'industrie : elle lui parait avilissante1. Il faut que son contact avec la société contemporaine lui montre jusqu'à l'évidence le rôle qu'y joue et qu'y va jouer le mouvement industriel pour qu'il se résigne à l'admettre au nombre des grands facteurs du progrès humain. Mais une fois qu'il a compris, qu'il s'est converti, il va aussi loin que personne dans les conséquences : les chemins de fer font peur à Déranger, mais Lamartine les soutient.
Ce qu'il y a de plus caractéristique à cet égard, c'est la
i. Ct lettre à Yirieu du 12 juin 1828 : « Un homme comme toi ne doit' faire que de l'agriculture. ^ oilà le lot du grand seigneur qui est un homme ; mais de l'industrie, jamais ! L'industrie n'est ni noble, ni religieuse, ni morale, ni politique ; elle est bourgeoise, avide, avare, et voilàtout. » V. aussi ci-dessous, p. 2.
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lenteur avec laquelle H découvre, sous les questions poliliq les questions sociales. Pendant des années on dirait que tout éduit pour lui à des questions de suffrage étendu ou restreint, à une exacte balance des droits el des devoirs du citoyen, à l'observance de la Charte ; re le i"i <-i le
peuple. Il faul aller jusqu'en décembre 1 x » 1- pour lui voir aborder, dans un article de journal, lé problème Du Droit <iu \il et de ' Il j a donc là un pro-
blème? toul ne pèul donc pas s'arranger par une b volonté réciproque? il ne suffit donc pas de ■ la charité l'Étal bien ordonnée pour empêcher la richesse d'être oppressive el la misère d'être envieuse el révolutionnaire n'est qu'en se reportanl à cel article que l'on comprend la surprise qu'éprouva Lamartine en lsi* en face des sec lab de l>i'iii> Blanc et de l'agitation ouvrière. Et l'on est bien i de dire que le i etrouve ici : car Lamartine connall
paysans, mais les condition* <lr la ne ouvrière lui échappent en grande partie. Loin de devancer son temps dans cel ordre d'idées, il a bien de la peine à être tout simplement de son temps. N'est-il pas curieux, par exemple, de le voircomba le développement des * - - 1 î — . - -^ d'épargne, auquel il avait d'abord applaudi, dès qu'elles prennent I»- caractère de caisses de retraite el de prévoyance pour les ouvriers (discours du i-2 janvier 1846)? Il craint d'encourager par là l'égolsme et le célibat; el peut-être son erreur vient-elle d'une confusion involontaire entre la prévoyance ouvrière et l'avarice one.
Comment Lamartine en vint-il à sortir <lt; son isolement, ccepter d'entrer dans un parti? comment, presque vernemental en 1834, cherche-t-il à prendre en ls; de l'opposition ? comment passe-fc-il de la droite à la gaa Rien ne s'explique mieux, rien ne parait plus conforme à son caractère el à ses idées, quand on a suivi d'un peu près la terne histoire de la monarchie de Juillet.
Les premières années de sa pr» la Chambre ne lui
donnent guère d'autres satisfactions que les joies toutes | delà parole. Il est vrai qu'elles sonl vives. A se faire écouter d'un public hostile ou indifférent il éprouve un plaisir ai-dent, un plaisir physique de dompteur de chevaux. Aussi met il à apprendre l'éloquence la même fougue persévérante qu'il
i. Lettre k Martin Doht, du 5 octobre i