INTRODUCTION XXI
apportait, autrefois, à se rendre maître du rythme et du son. On suit dans sa correspondance l'histoire de ses conquètesd'orateur : il veut « acquérir l'improvisation », « conquérir la parole », ce sont ses expressions, il s'aguerrit aux clameurs, il note ses progrès avec une satisfaction un peu naïve, où l'on a hien tort de voir de la vanité.
On l'écoute ; il ne persuade guère. Ses idées pourtant font peu à peu leur chemin, moins dans la Chambre que dans le pays. C'est au pays qu'il prend, insensiblement, l'habitude de s'adresser, au nom du pays qu'ilcroit pouvoir parler. En janvier 4839, sous le ministère Mole, il fait en ces termes le procès de la monarchie de Juillet: « Il n'y a pas de majorité ici (à la Chambre) paire qu'il n'y en a pas dans les électeurs; il n'y a pas de majorité ici parce qu'il n'y a ni action grande, ni idée directrice grande dans le gouvernement depuis l'origine de 1830. » Il montre qu'à ce gouvernement nouveau, il aurait fallu « une idée nouvelle », un principe nouveau d'« action » propre à entraîner la masse du pays, et il conclut que « la France est une nation qui s'ennuie », mot fameux, qu'il n'était pas seul à prononcer.
A la chute du cabinet Thiers (20 octobre 1840), Guizot lui offre un ministère. Lamartine ne veut accepter que les affaires étrangères ou l'intérieur. Pour l'intérieur, il rêve « un programme d'idées nouvelles et libérales qui auraient plu au pays ' a. Mais les doctrinaires tiennent à conserver pour eux ce portefeuille. On lui propose en compensation l'ambassade de Londres ou de Vienne. Il refuse encore : « J'y perdrais, écrit-il avec beaucoup de sens, la force de mon désintéressement dans le pays2. »
11 rentre dans le rang. .Mais la patience lui échappe devant les timidités, les hésitations, les habiletés misérables des politiques : « Jeine moque de la politique, écrit-il, elle est absurde... Carné, Dufaure, Thiers, Guizot, Girardin, Mole même, mettez tout cela dans le même sac et vous ne noierez pas une idée3. » Peut-être la mort de son ami Virieu (avril 1841) rompt-elle sa dernière attache avec le parti légitimiste. La gauche lui fait de sensibles avances. Il sait maintenant ce qu'il faut penser des conservateurs gouvernementaux : « Ils per-