Lettre à M. Martin Doisy, du 10 octobre i
2. « Le but, c'est la restauration de la dignité et de la moralité humaine dans toutes les classes dont la société se compose ; c'est la raison, la justice et la charité appliquées progressivement dans toutes les institutions politiques et sociales, jusqu'à ce que la société politique, qui n'a été trop souvent que l'expression de la tyrannie du fort sur le faible, devienne 1 expression de la pensée divine qui n'est que justice, égalité et providence. » (Lettre à H. Martin Doisy). — Tant qu'il crut voir au fond du saint-simonisme « l'application du christianisme à la société politique, la législation de la fraternité humaine » (Voy. en Or., t. II, p. i5o), Lamartine se déclara saintsimonien ; plus tard, le saint-simonisme mieux connu lui fit horrfeur.
3. « Comme je considère ces attachements séculaires aux souvenirs matériels de la propriété comme un grand bien moral et social, je le veux pour tous. » (Lettre à\irieu, d'octobre 1837.)
4. Discours sur l'émancipation des esclaves, 22 avril i835(La France par' lementaire, t. I, p. 161).
\\l LAMARTINE ŒUVRES CHOISIES
Loue ses actes. Biais, si la doctrine est, à toul prendre, a claire, la difficulté commence précisément aux applications. J)n premier jour, un malentendu, qui durera des an nées j s'élève entre lui h le public. Pour lui, qui ne ->■ juge que sur ses intentions et qui sail leur droiture, il n'\ a danssaconj duite rien de contradictoire ou d'équivoque : il se réserve une entière Liberté de conscience el d'action, approuvant, désapj prouvant sans jamais prendre le mol d'ordre de personne blâmant, du baul de son impartialité, tantôt le gouvernement) tantôt l'opposition. Pour la masse dupublicel pourses amis même, réduits à ne juger que les Faits et impuissants à pénétrerles motifs, les faits sont déconcertants. Il repousse toutes les avances. Il ne <lonne aucun gage. Il attaque aujourd'hui le ministère pour lequel il a voté bier '. Il a l'air d'un hésitant, peut-être d'un habile... Bref, il soulève tout le monde contre lui;
Sa correspondance, document précieux sur ces débuts, rend bien compte tic- difficultés de la situation : « Je suis dans ce moment-ci, et environ pour un an au moins, en proie à toutes les hostilités les plus acerbes des journaux de Ions les partis, écrit-il à ><>n père dès son entrée à la Chambre... \ < n i- oe vous figurerez jamais toutes les absurdités qu'ils (les Légitimistes) débitent dès le premier jour où ils me^supposenl vendu au gouvernement. Dans quelques maines ce seront ceux du gouvernement qui me tomberont sur le corps à leur tour; puis ceux «lu parti républicain, car j'ai à les blesserprofondémenl Loue Les trois, et je dois subir leur triple salve d'injures*. » Il fallait le regard perçant d'un Talleyrand pour entrevoir toul ce qu'une pareille attitude, si périlleuse dans le présent , pouvait promettre de popularité pour l'-avenir8.
Devant La postérité, Lamartine a pleinement retrouvé, si l'on peut s'exprimer ainsi, le bénéfice de son courageux isolement. De/quelque poinl de vue qu'on le considère, il est impossible, à distance, de ne pas être frappé de la noblesse et de la grandeur de sou altitude. Rien n'égale le désintéressement, et bien souvent la clairvoyance de ses jugements.
i. Cf., par exemple, la lettre à Virieu rlu 10 décembre i83i (Corresp.,
t III r 346).
a. Lettre â M de Lamartine père, du 9 janvier i834. — Cf. lettre à Ronot du 16 janvier : « Je dois, pour chercher mon point d'appui hors des [ existants, dans La conscience -du pays, commencer par blesser tous les partie en leur échoppant
o. V. lettre à Viricu du 27 décembre i834.
INTRODUCTION XVIi
Chacune de ses opinions se rattache aux idées générales de sa philosophie, si généreuse et si libre. 11 n'apprécie aucun des faits contemporains sans se demander ce qu'en pensera l'avenir; à chaque instant, avec une souveraine hardiesse d'esprit, il s'élève au-dessus du temps et des circonstances, il a le regard du prophète. Les intuitions et les avertissements dont ses discours sont semés sont admirables de sûreté, et l'on ne peut s'empêcher de trouver l'horizon d'un ïhiers ou d'un Guizot bien borné à côté du sien.
Lamartine, cependant, devait apprendre lui-même la nécessité de descendre des idées aux laits. On suit, dans sa correspondance et dans ses discours, la transformation parallèle de sa pensée et de sa parole, à mesure que se complète sa double éducation de politique et d'orateur : plus la pensée se nourrit, plus la forme oratoire se ramasse et s'accentue. Aux discours trop généraux et trop littéraires du début1, où les faits ne servent que de point de départ à l'expression d'idées souvent belles, mais dont 'le caractère utopique convient peu à l'éloquence parlementaire, succèdent petit à petit des discours d'affaires, étonnamment précis, minutieux, pleins de détails bien ordonnés, et d'où les grandes vues, pourtant, ne sont jamais absentes.
Il serait fastidieux de le suivre pas à pas dans cette période assez pâle de notre histoire, où, sauf les craintes de guerre suscitées par la question d'Orient (18 iO) et les complications dues aux « mariages espagnols » (1846), rien ou presque rien ne rompt la monotonie des travaux parlementaires, lesquels ramènent à chaque session les mêmes discussions sur l'Adresse au roi, sur les insolubles problèmes orientaux, sur les réformes électorales, etc. Mais les discours prononcés par Lamartine, tant à la Chambre que dans les commissions ou devant d'autres assemblées, se répartissent assez aisément entre quelques grands' thèmes, qu'on peut indiquer brièvement.
Ses prédilections vont aux questions qu'on pourrait appeler de morale publique. C'est ainsi qu'il se montre partisan résolu de l'abolition de la peine de mort (15 mai 1834, 18 avril 1836,
i. V. par exemple son premier discours à la tribune de la Chambre, sur l'Orient (!\ janvier i834), d'une rhétorique si maigre et si gauche. — « Il serait cependant si beau, s ecrie-t-il le 3 février à propos de la Vendée, si neuf, si rare, et je dirai si facile, de gouverner un peuple par ses vertus, qu'il faudrait enfin le tenter, ne fût-ce que pour l'honneur de l'espèce humaine ! » Les traits de ce genre ne sont pas rares dans les débuts de se carrière d'orateur, et, à vrai dire, ne disparaîtront jamais tout à fait.
17 avril 1837, 18 mars 1838), comi !<• l'abolition de l'«
vage(22 avril 1833, 13 février!838, 10 février 1840, 10 mars 1843); qu'il prononce bui* les enfanta trouvés deui diso (30 avril 1n:w. 15 juillet 1839) qui Boni parmi les plus humains et les plus Louchants que ce Biijel ail inspirés : el qu'il trouve, pour attaquer le projet d'internement cellulaire «Lui- les pri -un- (7 mai 1844), des arguments el des accents dignes des râbles '.
D'autre part, il ne pcnl pa- une occasion «lo défendre les libelle- publiques quand il les voit menacées, el de les demander plus étendues. Son discours Burlaloi dé la pi
est peut-être le plus caractéristique de tous ceux de cette catégorie : au lendemain de l'attentat • J « ■ Pieschi, le gouvernement veut profiter de l'émotion générale pour arracher à la Chambre une l"i restrictive Bur la près Lamartine ne nie pas que les excès de la presse aient pu avoir leur part dans cette excitation des • ■ - [ n i t - qui vient d'aboutir ■m crime; mais, le principe de la liberté étant excellent soi, "ii n'a pas le droit d'y toucher, quels que paraissent «•:! être les résultats effectifs : c'est à la lib lérir les maux
qu'elle a causi -
l.r- questions économiques, enfin, l'attirent petil à petit. puis le passionnent. Il y apporte, avec une étonnante précision déchiffres el «le formules, une largeur de vues et une générosité «le sentiments qui font «!«' certains «!«■ -«•- discours, en dépit • le l'aridité des Bujets, de véritables chefs-d'œuvre. Il y avait de fort belles idées, développées axer ampleur el même a quelque emphase, dans le discours sur la presse : dans l« cours sur les sucres (36 mai 1837) il y a des chiffres, el chiffres, loin de faire toit à l'éloquence, l'étoffenl et la nourrissent. Et lorsqu 'après avoir exposé toute la difficulté de la question, l'orateur réclame l'abaissement «lu prix «lu sucre afin «1«' ne pas priver les classes pauvres de « ces mietti l'industrie » qui, dit-il, sont leur seul lot dans l'accroissement ,1,., richesses el du luxe, lorsque l'homme d'affaires -«• souvient qu'il est homme «4 qu'il est poète, il a vraiment des accents •l'une puissance incomparable3.
i. V. aussi, entre beaucoup d'autres, le discourt ^ir l'enseignement (5 'i mars i '
a. X aussi les discours sur la loi rontre le- - (»3 mars 1
sur l'adjonction de la liste départementale du jury (t5 l<-\ ri--r 184a), etc.