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PAUL I" 2J

malgré la jalousie inquiète qu'il avait déjà conçue contre ce fils.

La seule mesure de précaution qu'il osa prendre peu de jours après son avènement à l'empire, fui l'incorporation <le> bataillons*exercés par lui à la discipline allemande,' qu'on lui avait laissés comme un joue! de guerre pour amuser son oisiveté dans sa résidence de Gatchirra-1. Cette incorporation soudaine de ses 'soldats et de ses officiers favoris dans les régiments des gardes parut une impardonnable insulte aux soldats et aux officiers de Catherine. Ils s'indignèrenl d'être commandés par des officiers inconnus-, qui n'avaient d'autre titre que leur complaisance aux caprices militaires du grand-duc, des uniformes étrangers, et leur instruction dans une lactique prussienne odieuse aux Elusses. Les casernes de Pétersbourg fermentèrent jusqu'à la sédition, comme à la veille de la révolution qui avait détrôné Pierre III.

Paul, effrayé et repentant de sa témérité, courut lui-même aux casernes, harangua, supplia, s'excusa, et ne ramena les soldats au respect qu'à force d'explications et de promesses. Mais à peine la présepee ei les adjurations du nouvel empereur avaient-elles obtenu l'apaisement des soldais, que ^\>'< ordres d'exil, impitoyablement exécutés par le ministre de la police de Paul, Ara ko f. enlevèrent à leurs régiments, à leurs familles, et à la capitale, un grand nombre de jeunes officiers suspects d'avoir fomenté la résistance, et les dispersèrent en Sibérie ou aux extrémités de l'empire.

Paul assujettit alors la garde et l'armée à la brutalité inintelligente d'une discipline machinale qui faisait des officiers de véritables esclaves, et des soldats des automates en uniformes. Semblable en cela à son père Pierre III, il s'astreignit lui-même à la sévérité des exigences militaires qu'il imposait aux troupes. On le voyait tous les jour-, quelle que fùl l'intempérie de la saison, descendre en uniforme prussien, en bottes et en chapeau, dans la cour du palais, et v passer i\r< heures entières en revues, en exercices ou en parades militaires, qui fatiguaient inutilement la patience et la santé du

i. Aille de Russie, située dans le gouvernement de Pétersbourg, et où s«

trouve un palais impérial.

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soldat. Il mettait gloire à braver, sans pelisse et sans fourrure, la rigueur du climat, exigeant la même impassibilité apparente de ses généraux et de ses officiers, vieillis dans les climats plus tièdes de l'Asie. Entouré de ses fils et de ses aides de camp, la tète nue et chauve, une main derrière le dos, élevant et abaissant de l'autre main une canne de commandement, avec laquelle il frappait l'air et marquait le pas aux troupes, l'expression du visage à la fois emphatique et vide comme celui d'un homme sérieusement occupé de choses futiles, le ridicule et la terreur se partageaient, à son aspect, l'unie des spectateurs.

Mais la terreur ne tarda pas à l'emporter dans Pétersbourg sur la raillerie. Zoubof, Tersky, Markof, Samaïlof, presque tous les dépositaires du pouvoir sous sa mère, amnistiés et caressés les premiers jours, furent tout à coup dépouillés de leurs charges, privés d'une partie de leurs biens, et relégués dans de lointains exils.

Une police ombrageuse et fantasque, dirigée par Arakof, proscrivit, sous les peines les plus rigoureuses, toutes les formes les plus innocentes de costume, de chaussure et de coiffure qui rappelaient le costume français, devenu crime aux veux d'un despote dont les noms de liberté et de révolution troublaient le sommeil. Les soldats eurent ordre de se jeter inopinément sur tous les Russes ou sur tous les étrangers qu'on rencontrait coillés du chapeau rond dans les rues, bien cpie cette coiffure française fût aussi im'mémorialement celle des vieux Busses.

Les mêmes rigueurs s'exercèrent contre tous ceux qui attelaient leurs chevaux à leur voiture, ou qui les enbarnachaient selon l'antique coutume du pays. Des soldats de police, répandus sur les places publiques et sur les routes de la capitale, coupaient à coups de sabre les harnais. L'ordre de couper la barbe, aux cochers, de substituer aux cheveux longs etépars des soldat', une queue semblable à celle qui se déroulait sur les épaules des soldats allemands, n'excita ni moins de sévérités ni moins de murmures. Enfin l'ordre

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