‹ Œuvres choisiesChapitre 115 sur 124 · A MADAME DE LAMARTINE · texte numérisé non relu

A MADAME DE LAMARTINE

d'un ambassadeur pour arriver à quoi, dans dix ans ? à être nommé ministre en Allemagne où je ne puis pas aller par raison de santé. Or il n'y a pas d'autres ministères pour nous autres commençants. Que répondrai-je à la fin de ma carrière, si ma conscience me demande à quoi j'ai employé les plus fortes années de ma vie ? A gagner quelques mille francs de plus, dont je n'avais pas besoin, pour satisfaire quelques vanités autour de moi ! — vanités même mal entendues, car certainement un bon ouvrage de moi les satisferait plus sûrement qu'une place quelconque. Permettez-moi de vous dire que je suis étonné qu'une femme de votre mérite paraisse abonder dans un pareil sens, j'en dis autant à ma femme.

Quant à Florence, c'est différent. Nous sommes tout établis, tout connus, tout estimés ; nous y connaissons le climat, le pays, les mœurs, la cour et la ville. Nos santés et nos fortunes se trouvent bien d'un pareil séjour. C'est une espèce de capitale de tout ce que l'Europe possède de distingué. C'est à une distance très commode de Màcon et de nos terres. Je persiste dans l'intention d'y chercher à fixer nos hivers. et, pour cela, je veux acheter, si je puis, une maison et lin jardin, pas davantage. C'est, pour des gens résolus à passer leurs hivers presque tous au Midi, une convenance, une nécessité, et même une bonne spéculation. J'aurai une jolie maison pour dix mille écus, et mon loyer à moi fixé ici et connaissant bien le pavé me coûte huit mille francs par an. Que serait-ce en y revenant au hasard comme étranger ? Jusqu'à présent pourtant je n'ai rien conclu.

J'attends la réponse à la dernière lettre que je vous ai écrite sur mes affaires de finances à Màcon. Vous nous croyez trop pauvres. Nous ne sommes pas riches, mais j'ai assez cependant à moi tout seul pour mener la vie que je mène, faire des voyages, et mettre tous les ans 8 ou toooo francs de côté en économies ou en emploi de fantaisies. Je n'aurais pas tout cela à Paris, dont nos santés, du reste, ne peuvent plus s'accommoder l'hiver. Quant à Màcon même, pour l'hiver c'est trop froid pour ma femme et pour moi ; d'ailleurs voici Julia * dont l'éducation commencera bientôt. Nous avons ici

i. La fille de Lamartine. Elle avait oina ans.

les premiers maîtres de l'Européen loul genre. Mon projet est donc en définitive de me laisser mettre en disponibilité pendant quatre on cinq ans, Nie passer huil mois avec voua ions et quatre mois ici, etd'y acheter, si je puis, une maison. Lisez tout ceci à mon père. Je suis1 sûr qu'il pense comme moi, à Mai on près.

A MONSIEUR LE COMTE DE VIRIEU A Lyon.

Montculot, - février 1 83 r .

Non liquct: disait M. Wrintz1. C'est que je dis en lisant ta lettre. Tu penses que le monde social (je me borne là ) est à une de ces époques critiques où tout se renouvelle pour s'améliorer : je suis précisément et de longtemps dans cette idée. Tu ajoutes que la société tend évidemment à îa diffusion du pouvoir ou des institutions libres: je pense encore de même. Tu dis qu'il faut que la France et l'Europe acquiescent à ce mouvement de la fatalité ou de la Providence, sans quoi elles se briseraient cent fois en nouveaux débris: c'est encore mon opinion.

Mais à cela tu ajoutes que cependant toute révolution est infernale, diabolique, hideuse, et te fait horreur, et te persuade de pins en plus que rien ne peut s'opérer par elle : ici je trouve le défaut de la cuirasse, et je commence à ne plus comprendre. Si le renouvellement de la forme sociale est nécessaire ou inévitable, s'il est flan- la raison des choses ou même seulement dans la nécessité des faits, comment ce renouvellement ne peut-il pas s'opérer ? comment toute révolution est-elle nécessairement mauvaise, fatale, diabolique ? comment tout ce qui a découlé de son principe depuis quarante années ou depuis mille et mille ans (car tout siècle est

i. Le Père Wrintz (ou Wrindts), professeur au collège de Belley, où Lamartine- et Virieu avaient été ses élèves.

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