‹ Œuvres choisiesChapitre 117 sur 124 · A MONSIEUR LE COMTE DE V1RIEU · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE COMTE DE V1RIEU

ou l'anarchie ; les abandonnerons-nous parce que la fortune ou la Providence les ont placés dans des rangs qui ne sont pas les nôtres ? Laisserons-nous piller et brûler et égorger le pays et l'Europe parce que nous aurions préféré un autre gardien sur le seuil ? Il n'y a pas deux réponses. La mienne est faite. J'ajoute, pour bien te montrer que je ne suis pas dans l'illusion, que notre intervention actuelle dans les grandes batailles sociales n'aura pas un effet bien apparent, que nous ne sauverons peut-être rien, pas même nous-mêmes, que nous aurons la colère d'un parti et le mépris affecté de l'autre. Peu importe ; si le devoir est là, et, selon moi, il y est écrit en caractères éternels, faisons ce qui est du devoir. Je ci'ois aux lois morales, et, d'après les lois morales, il est de ma foi qu'un devoir accompli, bien qu'on n'en voie pas le résultat immédiat, bien que ce résultat même soit peut-être d'abord opposé à ce qu'on veut produire, amène cependant tôt ou tard un grand bien et une souveraine utilité. Je ne sais pas comment, non ; mais Dieu le sait, et la force des choses le sait aussi. Et, par exemple, dès à présent, ne pouvons-nous pas entrevoir que la neutralité nous enlèvera toute force dans l'avenir à nous et aux nôtres ? ne pouvons-nous pas pressentir que la grande partie saine et active de la nation concevra mésestime, aigreur et juste rancune, contre des citoyens riches, capables et bons, qui la regarderont lutter en se désintéressant du combat et en anathématisant les deux drapeaux ? Penses-tu qu'une fois la lutte terminée, ils viendront nous offrir les fruits et le maniement de la victoire ou la direction des destinées? Cela ne peut être. Nous nous serions faits ilotes, et ilotes nous resterions.

Basta cosi! J'écrirais cent volumes in-folio contre la neutralité politique dans les temps de révolutions. Il y a toujours un parti meilleur ou moins mauvais que l'autre, et l'homme social, intéressé et obligé de soutenir l'ordre social, est dans l'obligation de faire son choix, ou il manque à la société et à lui-même. Tu me répondras peut-être : Mais mon choix est fait ! Là commencerait entre nous la question de fait. Non, ce n'est pas choisir que de choisir l'impossible ; et d'ailleurs la part utile, désintéressée, que tu prendrais aujourd'hui dans le combat, ne compromettrait en rien la

CORRESPONDAl

liberté de ton choix futur si les événement* imprévoyables le

rendaient possible enc Etre neutre, c'est abdiquer, c'eal

répudier tout le monde; mais choisir entre deux partis le moins rnauvais, ce n'est pas s'interdire de revenir plus tard au meilleur.

Envoilà-t-il ! J'ai répondu aussi à \ ignet ' qui me regarde comme un pestiféré pour ne pas vouloir notre salut de la lance iln Cosaque, ou du Babredu carabinier royal. Il me prêche tout cela, il fulmine contre toute possibilité de pouvoir ou de liberté modérée <'n France ; il veut de l'absolutisme pui el cru ; et devine comment il conclut on conséquence : en nous suppliant de revenir aux États de Bourgogne et de constituer une trentaine d'anarchies de plus ! 0 1 ion sens, que deviens-tu dans la fureur !

J'irai te voir à Lyon bientôt, * 1 < * s que j'aurai vendu ou non -. Je vis seul ici et tue des chevreuils encore quinze jours, je crois.

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