‹ Œuvres choisiesChapitre 17 sur 124 · INTRODUCTION \\I · texte numérisé non relu

INTRODUCTION \\I

marlhip. en l'honneur des Girondins (18 juillet)1. Devant une foule immense accourue de tous les points du département, en présence, pour la première fois de sa vie, il'' ce (m hlhpopulaire ému, vibrant, impressionnable, qu'il avait toujours souhaité, au milieu d'un violent orage, de tonnerre et d'éclairs bibliques, Lamartine osa développer toute sa pensée, et peutêtre ne la vit clairement qu'à ce moment-là. Ce qu'il de mande, dans ce célèbre discours de Màcon, ce n'est plus un élarg ment timide du droit de suffrage, c'est, au .pied de la lettre^ « la souveraineté exercée par l'universalité des citoyens ». en un mut le suffrage universel ; il fait, avec des paroles de prophète, L'apologie de la révolution, de cette « folie de la révolution », qu'il n'hésite pas à comparer à la « folie de la croix, qui sapa le vieux monde » : il attaque, non pour la première Coi-, mais avec plus d'énergie que jamais, l'espril de mercantilisme, de fau-.se paix bourgeoise, du gouvernement actuel ; il nomme, il appelle, il évoque « la république, la vraie république, la république des intelligences • : et les paroles modérées et conciliatrices par lesquelles il achève ne suffisent pas à calmer le trouble profond que cette harangue enflammée a jeté dans les esprits8.

Colmar, Reim-. Soissons, Rouen, Lille. Marseille, une cinquantaine d'autres villes eurent, après Maçon, leurs banquets et leurs discours. De plus en plus, les a radicaux » s'y mêlaient et donnaient à la campagne un caractère nettement révolutionnaire : Ledru-Rollin a\ ail pu- a la tête du mouvement la place d'Odilon Barrot. Le conflit avec le gouvernement ne

i. Le banquet de Màcon ne fait pas, à proprement parler, partie de la campagne. Alors que les autres ont pour but et pour programme 1 examen de la réforme électorale, celui-ci est simplement un hommage rendu à Lamartine par ses compatriotes. Mais Lamartine, naturellement. saisit l'occasion pour parler politique.

2. On ne manque jamais de rappeler les paroles par lesquelles Lamartine semble avoir prédit ce jour-là, dans une inspiration fatidique, le second Empire, la guerre et l'invasion : <- Les temps sont-ils surs ? Cette paix estelle la paix ? Cet ordre est-il l'ordre ? Peut-on jouir avec sécurité entre deux orages ?. .. Ne sommes-nous pas une énigme pour nous-mêmes et pour les nations ? Et quel sera le mot de cette énigme ? Sera-ce un complet retour aux ténèbres, sous les fourches caudines de toutes les idées surannées ? Serace une révolution nouvelle ..., un débordement de démagogie irritée submergeant toutes les bases de la société : État, famille, propriété ? Sera-ce pluti't une de ces décadences douces, une espèce de Capouede la révolution, dans laquelle une nation glisse comme une prostituée des bras d'un pouvoir corrupteur aux bras d'un pouvoir despotique, et s'endort dans un bien-être matériel pour se réveiller dans 1 invasion ? »

naquil toutefois qu'en janvier 1848, à propos «lu banquet projeté dans le XII» arrondissement de Paris. Le caractère particulièremenl démocratique de cet arrondissement effraya le ministère. Le banquet était fixé au 19 janvier: l'autorisation fut refusée. Les organisateurs, décidés à résister, attendirent d'abord la lin de la discussion de l'Adresse à la Chambre, puis choisirent la date du 22 février. Le gouvernement maintint sa défense, et, devant l'intention qu'annonçait l'opposition dépasser outre, il appela des troupes dans Paris.

11 faudrait ici laisser la parole à Lamartine, qui, malgré quelques inexactitudes de détail, a bien rendu dans les récits qu'il en fait la physionomie de ces journées d'hésitation, d'où la révolution allait sortir1. Les représentants de l'opposition s'étaient réunis dans un restaurant de la place de la Madeleine pour délibérer sur l'attitude à prendre. Sans fléchir sur la question de principe, celle du droit de réunion, — dont la Charte, du reste, ne faisait pas mention, — des députés «les nuances les plus différentes, tels qu'Odilon Barrot et Berryer, répugnaient à conseiller une résistance ouverte, dont ils prévoyaient trop bien les suites. Lamartine se prononça pour la résistance à outrance : il déclara que céder serait une honte, non seulement pour les députés trop conciliants, mais pour le pays tout entier, et que, pour lui, dût-il y être seul, il se rendrait au banquet. Emporté une fois de plus par la fougue de sa logique et de son éloquence, il subordonnait tout au principe, sans vouloir tenir compte des conséquences inévitables2. Sur le moment, l'effet de ces paroles ardentes fut immense : on décida d'enthousiasme que le banquet aurait lieu. Mais de nouvelles difficultés survinrent, et finalement le banquet ne se fit pas. Est-ce à dire que cette intervention de Lamartine n'eut aucune influence sur le mouvement insurrectionnel qui, quelques jours plus tard, allait précipiter le trône ? Non plus que pour les Girondins, non plus que pour le banquet de Màcon, il ne paraît possible de déterminer sa part exacte d'action et de responsabilité : tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il allait hardiment dans le sens des événements, et les eût devancés au besoin3.

i . V. Trois mois au pouvoir (i848), Y Histoire de la Révolution de i848 (18/49), la Critique de l'Histoire des Girondins (18G1), les Mémoires politiques (186$).

2. 11 s'en est accusé ensuite comme d'une faute grave (par exemple, Mémoires politiques, VII, iv et XXXV, v-vu).

3. Consulter, sur toute cette période, Thureau-Dangin, Histoire de la Monarchie de Juillet, t. VII, et E. Dcschanel, Lamartine, t. II.

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